Édition du
21 July 2017

Bouteflika veut placer l'Algérie sous protectorat français

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par Saad Lounes

Mohamed Benchicou a eu finalement raison d’écrire son livre «Bouteflika, une imposture algérienne» juste avant le deuxième mandat en 2004. A l’époque, nous étions plusieurs à hocher la tête en se disant «il exagère».

Abdelaziz Bouteflika, «Si Abdelkader» était quand même un moudjahid, commandant de l’ALN, négociateur attitré du FLN avec le général De Gaulle, membre de l’Etat-major Général (EMG), membre du Conseil de la Révolution, porte-drapeau de la diplomatie algérienne, porte-étendard de la lutte pour l’émancipation des peuples contre le colonialisme… Il était aussi le fidèle lieutenant du Houari Boumediene, un président révolutionnaire farouche et rebelle qui porta très haut la voix de l’Algérie combattante et conquérante, qui savait remettre la France à sa place lorsqu’il disait «la page de la colonisation est tournée, mais elle n’est pas déchirée».

Que reste-t-il de cette prestigieuse carte de visite? Bouteflika, l’ancien « fellaga » du FLN vient de se faire ridiculiser par le «petit» Sarkozy, l’impoli qui a outragé les jeunes maghrébins des banlieues en les traitant de «voyous» et de «racaille» à «nettoyer au Karcher». Bouteflika s’est montré mielleux et doucereux comme un gamin qui attendait sa récompense «après s’être fait tirer l’oreille pendant des mois…», selon les termes insultants de la dépêche AFP contre un chef d’Etat algérien.

Bouteflika a dit oui à l’UPM dans le secret du huis-clos en échange du soutien de Sarkozy à son troisième mandat. Le président français a dans ses gènes l’art de la négociation du marchand de tapis. Il ne s’est pas gêné pour dévoiler immédiatement le deal en annonçant «la venue d’Abdelaziz Bouteflika en visite d’Etat à Paris en 2009». Un message clair lancé directement à l’intention des décideurs algériens encore réticents. Ce n’est certainement pas un hasard si le jour même de l’annonce faite par Sarkozy, le journal italien La Stampa publiait un article : «Les moines de Tibhirine ont été tués par les militaires», selon le témoignage d’un haut fonctionnaire français. A prendre comme un sérieux avertissement sous peine d’autres révélations et le TPI à l’horizon.

C’était donc ça le motif de la longue attente de l’annonce de la révision constitutionnelle. Bouteflika n’attendait ni le feu vert des généraux, ni l’aval de la classe politique, et encore moins un soutien populaire. Il attendait l’onction de la puissance coloniale. Cela fait bientôt dix ans que le brave peuple innocent et naïf est suspendu au destin personnel de cet autocrate dont la maladie a aggravé la sénilité de la vieillesse.

Bouteflika avait déjà dévoilé le vrai fond de sa pensée lors d’une interview donnée, lors de son premier mandat, à une télé libanaise. Il avait déclamé sur un ton méprisant: «l’indépendance de l’Algérie n’a pas été gagnée par le peuple. C’est une élite qui l’a arrachée et la lui a offerte.» Il veut faire payer à l’Etat, la Nation et au peuple ses vingt années d’exil et de pénitence. Pour cela, il vient encore de prouver qu’il est prêt à replacer tout le pays sous protectorat français.

Il faut vraiment être un ignorant en politique pour ne pas comprendre l’objectif réel de l’UPM comme de toutes les initiatives occidentales. Angela Merkel vient encore de le définir en ces termes: «Nous européens resterons unis quoique nous fassions. Et vous arabes et africains, resterez divisés et dispersés quoique vous fassiez.» Le 13 juillet seront annoncés la naissance de l’UPM… et l’enterrement de l’UMA, l’Union Africaine et la Ligue Arabe, comme l’a prédit Maâmar El Guedafi.

Avec ce dernier épisode de bouffonnerie à la tête de l’Etat, la situation politique algérienne s’est considérablement clarifiée et décantée. Une poignée de généraux tient l’Algérie dans sa main et Sarkozy tient ces généraux dans sa main. La solution de rétablissement immédiat de la souveraineté de décision de l’Etat algérien est évidente. Réorganiser et rajeunir un commandement républicain de l’ANP en écartant la vieille garde des généraux compromis, et redonner à la classe politique et la société civile la liberté de s’organiser et d’agir.

Si les élites militaires et civiles n’ont pas encore pris conscience que ces généraux scotchés à leurs postes depuis tant d’années vont entraîner tout le pays dans leur chute, il y a une autre solution plus comique. Retrouver le dernier descendant de l’Emir Abdelkader et l’introniser Roi d’Algérie en instaurant une monarchie constitutionnelle. Comme ça, on sortira enfin de ce sempiternel cycle de mandature présidentielle qui fait tourner le pays en rond et en bourrique depuis 30 ans.

Saâd Lounès

www.saadlounes.com


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