Édition du
24 March 2017

Pierre Claverie (1938- 1996)

Dominicains
Province de France
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Pierre Claverie est une des figures marquantes de l’Eglise d’Algérie et de l’Ordre dominicain au 20e siècle. Non seulement parce qu’il est mort assassiné, le 1er août 1996, après 18 autres religieux ou religieuses d’Algérie, mais parce que toute sa vie à été marquée par l’aventure du dialogue et de la rencontre avec l’autre.

Enfant de Bab el Oued

Né à Bab el Oued, en 1938, il a vécu toute son enfance et sa jeunesse dans ce qu’il appellera « la bulle coloniale », ignorant complètement le monde musulman qui l’entourait. De son propre aveu, même son éducation chrétienne ne lui avait pas fait comprendre que « l’Arabe était aussi (son) prochain ». La guerre d’Indépendance de l’Algérie l’aidera à ouvrir les yeux, ainsi que son entrée dans un Ordre religieux international, ouvert au débat, les Dominicains. Il relatera ce parcours, quelques semaines avant sa mort, dans une homélie prononcée à Prouilhe, berceau de l’Ordre dominicain.

Un algérien par alliance

Jeune prêtre, il revient en Algérie en 1967 et se met au service d’une Eglise qui a fortement changé depuis l’Indépendance : dépourvue de fidèles locaux, l’Eglise d’Algérie, sous la conduite éclairée du cardinal Duval, est mise au service du pays, oeuvrant dans l’éducation, la santé, le développement. Ayant appris l’arabe et surtout l’Algérie, par de nombreuses amitiés, Pierre Claverie y apporte sa contribution au comme directeur du Centre diocésain des Glycines. A ce poste, il s’attelle avec Mgr Teissier à une réflexion théologique sur « le sens de nos rencontres » : que signifie la présence d’une Eglise qui ne cherche pas à convertir les autres à soi mais à rendre un témoignage gratuit d’amour fraternel.

Evêque d’Oran

Evêque d’Oran en 1981, il apporte une note originale au débat sur le dialogue islamo-chrétien : partisan du parler vrai, il se méfie de l’enthousiasme de surface des colloques et rencontres officielles et préfère souligner « l’abîme qui nous sépare » : le poids du passé, de la violence et des polémiques réciproques, les préjugés mutuels rendent difficile une véritable mise en présence et la rencontre de l’autre. Il y a beaucoup à faire pour guérir la mémoire. Pragmatique, Pierre Claverie privilégie alors les « plate-formes de rencontre et de service », lieux où l’on travaille ensemble pour affronter les défis communs du monde. Il fait alors du dialogue le cœur de sa démarche, comme il l’exprime dans le texte « La foi est un dialogue ».

Une voix dans la tourmente

Quand la violence s’empare du pays au début des années 1990, cet homme est conduit tout naturellement à prendre des positions publiques : ses analyses sont claires et courageuses, enracinées dans de réelles solidarités avec des Algériens et des Algériennes qui luttent pour une Algérie plurielle et fraternelle. L’assassinat de l’élite intellectuelle de l’Algérie mais aussi de milliers d’innocents le touche au plus profond, au point de faire de lui une sorte de « résistant » que rien et personne n’arrête. Ses textes vigoureux et chargées de foi sont publiés au printemps 1996 sous le titre Lettres et messages d’Algérie. A quelques semaines de sa mort, il résume son message dans un texte lumineux, Humanité plurielle : « On ne possède pas la vérité; j’ai besoin de la vérité des autres ».

Aux conseils de prudence, il répond que la mission de l’Eglise est de se tenir sur « les lignes de fracture qui crucifient l’humanité » : Islam/Occident, Nord/Sud, riches/ pauvres. A ses yeux, l’Eglise est là à sa place, « car c’est en ce lieu seulement que peut s’entrevoir la Résurrection et avec elle, l’espérance d’un renouvellement de notre monde ». Pierre Claverie est assassiné au cours de l’été 1996, en compagnie d’un jeune ami musulman. A ses funérailles, les amis musulmans constituent la majorité de l’assistance, pleurant comme leurs amis chrétiens celui que certains considéraient alors un peu comme « leur évêque ». Son témoignage est resté vivant dans le cœur de beaucoup, attachés à une Algérie plurielle et fraternelle, comme l’a montré le vibrant hommage qui lui a été rendu à Oran en juin 2006, dix ans après sa mort.
Pour en savoir plus, lire :
De Pierre Claverie :

1. Lettres et messages d’Algérie
2. Le Livre de la foi, Révélation et parole de Dieu
3. Donner sa vie, six jours de retraite sur l’Eucharistie
4. Il est tout de même permis d’être heureux, Lettres familiales 1967-1969
5. Petit traité de la rencontre et du dialogue
6. Cette contradiction continuellement vécue. Lettres

Sur Pierre Claverie :

1. Jean-Jacques Pérennès,Pierre Claverie, un Algérien par alliance , Cerf, 2000, 391p


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