Édition du
27 July 2017

Les moines de Tibéhirine victimes d'une bavure ?

OUEST-FRANCE
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La mort des moines avait été imputée au GIA. En décembre 2002, un ancien des forces de sécurité algérienne avait déjà impliqué l’armée en l’accusant d’avoir enlevé les religieux : AFP
L’armée algérienne est mise en accusation dans un nouveau témoignage sur la mort des sept moines français, tués en 1996, en Algérie.

« Les sept moines français séquestrés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, à Tibéhirine, par un groupe islamique infiltré par la sécurité militaire, furent tués depuis un hélicoptère de l’armée algérienne. »

Cette révélation, c’est un haut fonctionnaire d’un gouvernement occidental qui vient de la faire au quotidien italien La Stampa, dans son édition de dimanche. Il y a un mois, il avait donné rendez-vous, à Helsinki, à Valerio Pellizzari, plume prestigieuse et réputée du journal italien. Un rendez-vous pour parler de l’affaire de Tibéhirine. Comme pour se soulager d’un secret trop longtemps tenu.

« Faux enlèvement »

Point par point, le haut fonctionnaire revient sur les zones d’ombre qui entourèrent l’enlèvement, puis l’exécution, des sept moines français. Le « faux enlèvement », dit-il, aurait été planifié par des cellules parallèles des services de sécurité, afin de montrer le danger que représentait la déferlante islamique. Dans l’opération, les ravisseurs islamistes n’étaient que des hommes de main.

Plus inédit, le haut fonctionnaire raconte la dynamique de ce qui serait une bavure de l’armée. L’enlèvement aurait dû se terminer par la libération des religieux, mais un soir de mai, un hélicoptère de l’armée repère un campement. Le chef d’escadrille tire sur le bivouac. « Les corps des moines étaient criblés de balles. C’est pour cela qu’au moment des funérailles, il n’y avait que les têtes qui furent déposées dans les cercueils. » Le détail macabre redoubla alors le sentiment d’horreur suscité par les groupes islamistes. Selon cette source, les moines auraient été décapités après leur mort pour camoufler la vérité.

Ce détail horrifiant ne fut d’ailleurs révélé par les autorités algériennes que sous l’insistance du père Armand Veilleux, procureur des Cisterciens, à son arrivée en Algérie. Le père Veilleux s’en souvient parfaitement. « Je leur ai dit que, si besoin était, j’aurais ouvert moi-même les cercueils avec un tournevis, raconte-t-il à Ouest-France. On nous avait menti », ajoute-t-il. Plus troublant encore, c’est un médecin légiste français qui pratiqua l’autopsie. « C’est un élément nouveau qu’apporte cet article très sérieux », affirme le père Veilleux. « J’espère qu’il va permettre de relancer l’enquête ». Et la mort, deux mois après, de Mgr Claverie, l’évêque d’Oran ? « Un prolongement de l’affaire », affirme le haut fonctionnaire. « Il en savait trop », assène Armand Veilleux, « la plupart des témoins ont été tués ».

Ce qui expliquerait l’anonymat demandé par le haut fonctionnaire. Quel poids accorder à son témoignage ? « C’est une personne très solide, pas quelqu’un de l’ombre », précise Valerio Pellizzari. Le Vatican, prudent, exprimait dimanche sa « stupeur ». Le cardinal Martino, patron de Justice et Paix, était, hier, moins prudent en affirmant que cette hypothèse « ne saurait être liquidée comme fantaisiste car ce ne serait pas la première fois que, sur le meurtre de religieux, les vérités d’État seraient démenties ».

Laurent MARCHAND

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Retrospective d’un article d’Armand Veilleux sur la Raison d’Etat
QUI TUE QUI EST UNE VRAIE QUESTION.


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