Édition du
21 July 2017

Retrospective pour comprendre les objectifs de l'UPM

Un article d’octobre 2004, paru dans  »L’œil de l’exilé »
par D.Benchenouf


L’ Externalisation des frontières européennes.

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Le nombre de demandeurs d’asile en Europe et dans les autres pays industrialisés a atteint, au cours du deuxième trimestre 2004, son niveau le plus bas depuis 17 ans. C’est le résultat d’une politique de fermeture des frontières où le devoir de protection du réfugié est inversé : c’est l’Europe qui se sent menacée et qui se protège.
Un dispositif de verrouillage qui ne dit pas son nom est mis en branle. Une tendance à ériger un mur autour de l’Europe se distille peu a peu dans les États européens. Cette idée encore très vague, il y a quelques années de « frontières extérieures de l’Europe », d’ « États tampons », commence à se matérialiser, sans véritable concertation européenne et dans une ambiance de précipitation. Mais surtout d’amalgame total entre immigration clandestine, libre circulation des personnes et protection des réfugiés. Sachant que cette paranoïa, voire cette xénophobie, a entraîné des restrictions drastiques de délivrance de visas d’entrée en Europe. Ce qui, à l’inverse de l’effet escompté, a entraîné tout naturellement une augmentation des candidats à l’émigration clandestine.

La qualification vague et différemment interprétée de « frontières extérieures avait fait intrusion dans la politique européenne dès l’application des dispositions de la Convention de Schengen en 1995.
Une communication de la commission au Conseil européen en décembre 2001 sous le thème « Vers une gestion intégrée des frontières extérieures des États membres de l’Union européenne » propose pour la première fois une définition quasi juridique de cette notion, encore vague, de« frontières extérieures »: Centres de transit hors des frontières de l’Europe Le concept est lâché!
La Grande-Bretagne avait émis, auparavant, des propositions d’ouverture de centres de transit hors des frontières de l’Union européenne. Certains des pays évoqués et pressentis pour servir d’accueil à ces structures étaient la Croatie,la Turquie,le Maroc, l’Ukraine et le Kenya. En son temps, ce projet avait soulevé un tollé. Mais les Britanniques ne désarment pas et affirment aujourd’hui avoir mûri le projet,entrepris des recherches avec des États membres favorables à l’initiative, même hors d’Europe, comme les USA et l’Australie. Comme c’est le cas du Portugal qui expérimente déjà, semble-t-il,sans concertation de ses partenaires européens, des procédures d’examen de demandes d’asile émises en dehors de ses frontières, dans ses représentations diplomatiques. C’est le cas également de l’Italie,qui a pris langue avec la Libye pour endiguer le flot des migrants africains à destination de Malte et de l’Italie. Le chef de l’Etat libyen, qui montre un zèle remarquable dans son rôle de nouvel allié,a déjà déclenché une opération implacable et inhumaine d’expulsion de milliers d’africains.Il semble même que la décision d’engager des unités de l’armée libyenne dans des opérations d’expulsion massive ait été récemment tempérée par l’ « ami italien » qui ne veut pas compromettre un programme de long terme par des mesures intempestives etpar trop scandaleuses.
Le terme barbare d’ « Externalisation » a fait son entrée dans le jargon diplomatique lors de l’initiative récente des ministres de l’Intérieur allemand et italien. Ils envisagent de proposer aux 25 que les postulants à l’asile soient « parqués » dans des camps de « sélection » situés hors d’Europe, dans des « Etats tampons ». Les guillemets : sont de nous. L’Allemagne, qui s’était démarquée résolument de ces projets d’externalisation évoqués quelques années plus tôt par le Royaume-Uni, se montre aujourd’hui un partisan zélé de cette régulation de l’afflux migratoire en amont. Certainement parce qu’elle se trouve aux avants postes de l’immigration en provenance des pays de l’Europe de l’Est et surtout parce que les électeurs allemands sont séduits par le discour xénophobe de l’extrême droite.
L’ « externalisation », puisqu’il convient de l’appeler dorénavant ainsi, semble s’être déjà imposée aux esprits. Les mesures isolées qui ont été prises, par l’Italie entre autres et qui sont inspirées en partie par des considérations électoralistes, feront des émules. A n’en pas douter ! Reste à faire concilier cette politique avec l’adhésion à la Convention de Genève qui fait de la protection des réfugiés un devoir.Il faudra compter aussi avec les effets pervers que ne manqueront pas d’induire les « pays tampons » dans le traitement de ceux qui seront confiés à « leurs bons soins ». Des pays, rappelons-le, où le respect des droits de ’Homme est un concept vidé de toute substance. Le Haut Commissariat aux réfugiés a énergiquement condamné cette vision de la régulation des flux migratoires.
A l’instar de la Fédération internationale des droits de l’Homme et d’Amnesty International.
Mais la réal politique européenne ne l’entend plus de cette oreille. Elle ne tardera pas à mettre en pratique une re-configuration de ses frontières. Les pays maghrébins ne tarderont pas à être enrôlés dans cette opération d’envergure. Ils vont devoir entrer dans une logique qui consistera à sous traiter les flux migratoires en provenance de l’Afrique sub-saharienne. Au profit de l’Europe. Il y a fort à parier que les régimes maghrébins, mercenaires par vocation, vont se bousculer au portillon.
Djameldine BENCHENOUF


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