Édition du
26 March 2017

KIOSQUE ARABE : NOUS AVONS GRANDI, LE LEURRE AUSSI

Le Soir d’Algérie
Par Ahmed Halli
halliahmed@hotmail.com

L’écrivaine saoudienne, Wajiha Al-Howeidar, a publié le 7 juin dernier dans le magazine électronique Middle East Transparency, la première partie d’un pamphlet intitulé Ils nous ont trompés alors que nous étions petits. La seconde partie tardant à venir, je me suis demandé si cette femme de défis n’avait pas eu maille à partir avec les autorités saoudiennes.

Comme un email que je lui avais envoyé est resté sans réponse, je m’étais résigné à me contenter de la première partie. Finalement, Wajiha a mis fin à mes appréhensions, de la manière que voici : «Ils nous ont trompés alors que nous étions petits en nous enseignant qu’il était permis à l’homme musulman d’épouser quatre femmes, sans aucune restriction ou condition ; que la permission s’étendait à tout homme qui embrassait l’Islam. Puis nous avons appris que ce genre de mariage se pratiquait, à l’origine, chez certaines tribus arabes avant l’Islam. Que le Prophète n’avait pas pris d’autre femme du vivant de sa première épouse bien-aimée, la compagne de sa jeunesse Khadidja, fille de Khouaïlid. Ceci, en dépit de la différence d’âge entre eux et en dépit du fait qu’ils n’avaient pas eu de fils. On a appris aussi que le Prophète avait formulé une sévère interdiction, assortie de menaces, lorsque son beau-fils Ali, le mari de la fille adorée Fatma-Zohra, avait projeté de se remarier. Ce qui montre que le Prophète savait pertinemment que la polygamie était un avilissement pour la femme, qu’elle portait atteinte à sa dignité et blessait ses sentiments. C’est pour ça qu’il n’a pas permis que sa fille subisse un tel sort. Il est apparu, encore, par la suite que la majorité des épouses du Prophète l’étaient devenues pour des raisons particulières, afin qu’il étende son influence, impose son autorité et protège la nouvelle religion contre les Koreïchites en s’alliant avec les champions et les notables de leur coalition. C’est-à-dire que ces mariages obéissaient à des raisons tactiques et politiques et ils étaient monnaie courante parmi les chefs de tribus et les émirs arabes de l’époque. C’est ainsi qu’aujourd’hui des Etats islamiques, comme la Turquie et la Tunisie, sont arrivés aux mêmes conclusions et ont émis une interdiction légale et absolue contre la polygamie. D’autres Etats islamiques se sont engagés dans la même voie, comme le Maroc, l’Egypte et la Jordanie (1). «Ils nous ont trompés alors que nous étions petits en nous apprenant que la lapidation du couple adultère était le châtiment décrété et maintenu par la religion. Puis, il nous est apparu que la lapidation existait chez les peuples de la région avant même les religions monothéistes. Que la peine de la lapidation n’existait pas dans le Coran où il est question de la flagellation dans la Sourate de «La Lumière», «Frappez la débauchée et le débauché de cent coups de fouet chacun». Plus important encore que la sanction, il faut prouver l’acte d’adultère qui doit être constaté sur la base de quatre témoignages de visu, lesquels témoins doivent certifier avoir vu comme on voit entrer le bâton de khôl dans le flacon. Ce qui montre que le châtiment de la flagellation est difficile à appliquer et qu’il touche à l’impossible, en réalité. «Ils nous ont trompés alors que nous étions petits en nous enseignant que l’Islam est valable en tous temps et en tous lieux avec son organisation sociale, politique et économique. Or, nous avons découvert que cette expression était dénuée de tout fondement et qu’elle n’avait été utilisée ni par Dieu ni par son Noble Prophète. La religion est seulement un lien entre l’Homme et son Dieu, elle n’a aucune relation avec ce qui se passe dans les ministères, les banques, les compagnies pétrolières ou les lieux de loisirs. La religion vient de Dieu (2) tandis que toutes ces institutions ont été créées par l’homme et n’ont aucun lien avec la foi. C’est pour ça que les opinions des hommes et des femmes de religion doivent rester entre les murs de leurs temples et que celles des hommes et des femmes des institutions sociales doivent rester dans leurs cadres de travail. «Ils nous ont trompés alors que nous étions petits en nous enseignant que des lois telles que «œil pour œil», «La mort pour le meurtrier», «Amputer la main du voleur», «Lapider les coupables d’adultère», et d’autres, venaient de l’Islam. Nous avons ensuite découvert que ces lois existaient aussi, dans la même forme, dans les religions monothéistes, dans la Bible de Moïse et dans l’Evangile de Jésus (Ancien Testament). Que les origines de ces lois remontaient très loin dans l’histoire et qu’elles étaient inspirées du Code Hammourabi, du pays d’entre les deux fleuves (Mésopotamie). Le premier code écrit de l’histoire et qui date de 1780 avant J-C. Il y a, en effet, de nombreuses similitudes entre le Code Hammourabi et les lois bibliques, dans lesquelles ont puisé le Christianisme et l’Islam. «Ils nous ont trompés alors que nous étions petits en nous enseignant qu’il y avait dans l’Islam des questions auxquelles il ne faut pas toucher parce qu’elles font partie de ses constantes importantes. Puis, nous avons acquis la conviction que cela ne correspondait pas à la réalité, qu’il y avait des «constantes» qui ont été annulées par des lois civiles. Parce que ces «constantes», à l’exemple de l’esclavage, de l’impôt de capitation pour les nonmusulmans ou de la guerre contre les infidèles, enfreignaient les règles de l’humanité. Si les Etats, à majorité musulmane et appliquant la Charia n’avaient pas annulé ces «constantes religieuses », ils auraient été mis au ban de l’humanité. «Et puis, il y a d’autres questions, considérées comme des fondements religieux qui doivent être abrogées. Il est temps de rouvrir les portes de l’ijtihad fermées depuis plus de six cents ans, afin de réviser de nombreuses questions et de les moderniser. Il s’agit, en particulier, des statuts personnels injustes, de la ségrégation entre les sexes en matière de droits, de citoyenneté des minorités. La proscription de la liberté individuelle, de la liberté d’expression et de religion. Enfin tout ce qui se rapporte à la Déclaration universelle des droits de l’homme qui proclame en son article 1 : «Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » Bien entendu, à tous les forums et tribunes sur les droits de l’homme, les pays arabes invoquent leurs spécificités religieuses et culturelles pour ne pas se conformer aux normes universelles. Il ne faut pas s’étonner dès lors si un magazine américain a classé Karadhaoui et Amr Khaled comme les «intellectuels» les plus représentatifs du monde arabe. Un théologien décati et un télévangéliste mercantile qui fait pleurer les chaumières, voilà tout ce que nous avons, actuellement, à offrir au monde. Pour reprendre Wajiha, nous avons grandi, et le leurre a grandi aussi.
A. H.

(1) Vous avez remarqué qu’elle ne cite pas l’Algérie puisqu’en bonne Saoudienne elle sait parfaitement que la seule différence entre nous et le royaume wahhabite se calcule en degrés Celsius.
(2) Encore un peu et Wajiha nous aurait sorti le fameux slogan de la Révolution de 1919 en Egypte : «La religion appartient à Dieu et la patrie appartient à tous.» Parions que les Saoudiens y parviendront peut-être avant nous.


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