Édition du
23 March 2017

A la recherche de la cité de Platon…

John Perkins John Perkins l’ex assassin financier repenti

Le Quotidien d’Oran

par Mohand Cherif Aissat

Pendant que les victimes pleurent en subissant la trique, les bourreaux sont à la «une» des honneurs. Par un argument noble, l’amour qu’il porte à sa fille qui l’a supplié de le faire pour elle et les petits-enfants qu’elle espère lui donner, et à Paula, la femme qui est «arrivée au bon moment»; un amour montré par sa face la plus pitoyable, John Perkins a réussi un livre d’affreux aveux qui donnent des sueurs froides; à glacer le sang de plus d’un.
Qui est John Perkins ? Un diplômé de l’université américaine qui a mal vécu ses frustrations physiologiques et privations de jeunesse. Il s’est rattrapé en rencontrant Claudine qui l’a initié aux plaisirs de la chair. Dans la collusion d’une entreprise privée MAIN et de l’agence gouvernementale pour la sécurité américaine, la NSA, qui a exploité son profil psychologique marqué par un double désir: la jouissance et la puissance, Claudine a été cette femme qui a mis en branle le processus de fabrication d’un «EHM» qui servira une «corporatocratie» dont l’unique et seul objectif est la mise du monde en coupe réglée. «EHM» c’est pour «Economic Hit Man»: un assassin financier. Le livre «confession d’un assassin financier» est la courageuse autobiographie de John Perkins. Le courage étant neutre.

Fabrication d’une arme de destruction massive en col blanc. Les hasards de la vie sont pleins d’agréables surprises: le père de sa première épouse travaille pour MAIN, une fabrique de software du crime économique et le fils d’un général iranien noceur qui aimait bomber le torse dans les boîtes de nuit. Après une formation spécifique dans cette secte, John Perkins a exercé ses talents de consultant, prouvé par un C.V. lance-flammes, au sein d’un commando à QI appréciable dans la luxure et l’exotisme des îles Vierges et de Java.

Un software déroutant par la simplicité de sa logique. Le noyau de ce cataclysmique software est d’une banale composition: le taux de croissance et le produit national brut. Deux indices, «grâce aux sciences biaisées de la prévision, de l’économétrie et de la statistique», utilisés pour tauper des nations, qui transforment certains pays en «déchets» (sic) de la planète et d’autres, au moyen de prêts accordés par le FMI, BIRD, les grandes banques, en «raisins» (resic) à consommer avec boulimie, une fois mûrs, c’est-à-dire en état de banqueroute, de «vaches à traire».

Eva Joly se posant la question sur la qualité du monde «dans lequel nous voulons vivre» a crié tout son saoul pour exprimer son impuissance face à une telle machine d’horreur qui installe des hommes «qui ont perdu l’habitude d’être contredits» dans des centres de décision. John Perkins, en voulant probablement joindre sa voie à la sienne, a fourni le détail sur les instruments utilisés – les plus hautes institutions internationales: ONU, FMI, BIRD, GATT, et comment – manipulations des élections, c’est-à-dire la volonté des peuples, appuis à des dictateurs et chantages entre autres.

Joseph E. Stiglitz a intégré sa «grande désillusion» de ce «capitalisme qui a perdu la tête», a fait de «l’information asymétrique» et de «la déréglementation» deux chevaux de bataille pour exprimer son désenchantement. John Perkins a fourni les preuves matérielles, dont s’est nourri justement Stiglitz du temps où il était dans les hautes sphères de la gestion du monde, sur le processus qui a engendré un tel désordre mondial. Le FMI, l’OMC et le GATT, chantres d’un sabrage qui a mis bien de pays dans une situation de vulnérabilité extrême. Les réactions anaphylactiques sont les guerres civiles et les émeutes populaires permanentes, corollaires infâmes de l’oppression et de la torture.
Les exemples horribles de manipulations: John Perkins a étayé sa participation dans la construction de cette sinistre théorie des chocs des civilisations. Il a expliqué comment se fait le blanchiment de l’argent des peuples à travers l’exemple de l’Arabie Saoudite. Une opération de dépendance à vie de ce royaume sur la base d’un simple constat visuel: «le ramassage des ordures par des chèvres» dans les rues de Ryad et des penchants d’un émir pour le teint blond.
Des aveux terrifiants sur les causes originelles de certaines guerres: les deux guerres d’Irak. L’actuelle est la conséquence de l’échec des assassins financiers et des «chacals, une espèce encore plus sinistre» qui «travaillaient» ce pays. L’instrumentalisation de Ben Laden et des attentats de Septembre 2001, le Panama, le Venezuela sauvé par l’Irak, le tragique sort des otages américains de Téhéran en avril 1980 avec un dégât direct sur notre pays: mort de Mohamed Seddik Benyahia, notre ministre des Affaires étrangères chargé de missions de bons offices, dans un bizarre accident d’avion.
Les trous des confessions de Perkins: en avouant courageusement sa culpabilité dans des crimes en masse, en reconnaissant sa contribution dans la fabrication d’identités meurtrières, en citant nommément des politiques et les industriels des «Sept Soeurs», actives dans notre pays, à qui est déroulé le tapis rouge durant les visites d’amitié et de coopération qu’ils font aux pays victimes; en tirant une révérence appuyée à Omar Torrijos qui s’est battu pour le «droit des pauvres» et qui avait compris la duperie des aides internationales, au président Jimmy Carter «une anomalie. Sa vision du monde était incompatible avec celle des assassins financiers», John Perkins est allé un peu vite en besogne en montrant du doigt les journalistes qui «n’entendent que ce qu’ils veulent entendre et ils n’écrivent que ce que leurs annonceurs veulent lire» pendant qu’il avoue la liquidation de quelques-uns d’entre eux.
Dans ses confessions, pas un mot sur les manipulations des procès des scandales financiers, ses prouesses dans la destruction des pouvoirs judiciaires des pays qu’ils ont «éclairés» et les mafias, tous secteurs confondus, qu’ils ont montées dans les pays en voie de développement.
Dans son livre, l’Afrique est épargnée, et pourtant c’est un continent gravement atteint. Ne veut-il pas faire dans la prévarication en évitant de parler de ses «collègues» qui ont «conseillé» ses dirigeants sur les vertus d’un taux de croissance à deux chiffres ou de «la nature trompeuse du PNB» – sous-entendait-il que désormais les peuples doivent lire leur IDH (indice de développement humain) ? – qui n’ont de bénéfices que pour les vautours de la finance, les rapaces des marchés boursiers et les dictateurs ? En dénonçant les «Sept Soeurs», il n’est pas allé très loin dans les détails sur leurs propriétaires.

La voie du salut

Comme la majorité de ses très religieux compatriotes, en manipulant la religion et l’amour, cette fois-ci à des fins d’humanisme, John Perkins a voulu entamer son chemin de croix, pour un hypothétique salut de son âme, sur lequel il a semé tant de malheurs, déversé tant de sang. Il a eu le courage de cette confession.
Comme ces milliardaires qui font don de leurs vertigineuses fortunes, à saluer le passage même si c’est la moindre des choses, messieurs, les victimes seront peut-être plus heureuses de les voir vivre avec elles pendant quarante jours. Parmi ces victimes, il y a ces enfants d’Inde et du Sri Lanka qui devenaient aveugles après avoir monté les aiguilles d’une seule tête pour imprimante. Il y a aussi des hommes et des femmes qui ont perdu la vie après des séances de torture parce qu’ils ont osé dire la vérité sur les conséquences de ses actes.
Perkins a voulu ouvrir son coeur après avoir vendu son âme, les droits de préemption seront élevés parce qu’ils sont moraux.
A proximité de Ground Zero, la réponse d’un Afghan exilé aux USA à l’une de ses questions était: «Je n’aimais pas mendier. Mon enfant est mort. Alors, j’ai cultivé du pavot». «Il n’y avait pas d’arbres, pas d’eau. C’était la seule façon de nourrir nos familles». John Perkins a réussi un livre, absolument à lire, tant il constitue un témoignage de partie civile. Partie civile constituée des laissés-pour-compte, «des pauvres», «des opprimés».

John Perkins, un exemple qui doit bien inspirer des politiques, des magistrats, des intellectuels de certains pays ravagés par la dictature et la misère. Il est un exemple parfait de ces intelligences négatives, celles qui sont dans les services des pouvoirs au lieu de servir les peuples. Pour Perkins, seule la démocratie peut sauver le monde. Pour son salut et par patriotisme, John Perkins travaille, actuellement, «sous serment» en faveur du peuple américain.

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