Édition du
22 July 2017

Le réseau Voltaire serait-il censuré ?

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Le réseau Voltaire et son animateur principal, Thierry Messian, ont fait couler beaucoup d’encre et de salive ces dernières années. On se rappelle bien sur les doutes sur le déroulement des évènements du 11 septembre tels qu’ils sont rapportés par le rapport officiel états-unien. D’autres enquêtes avaient entraînés auparavant, et depuis, des réactions aussi vives. Or il se trouve que depuis pus d’un mois, le site du réseau Voltaire est inaccessible. Assiste-t-on à un exemple de censure de l’expression ? Et si, oui, quelles en sont les conséquences ?

Le réseau Voltaire, connu par un petit groupe de lecteurs fidèles pendant des années, s’est fait connaître du grand public post 11 septembre, essentiellement au travers des positions de son animateur principal Thierry Messian. Ces positions, explicitées dans « l’effroyable imposture », un ouvrage repris et commenté sur le site du réseau, proposent que certains des services secrets US auraient été informés, voire auraient laissé se produire ou aurait contribué aux évènements du 11 septembre. L’idée qui sous-tend cette proposition implique le « complexe militaro industriel » états-unien, et sa volonté de manipuler les opinions publiques afin de justifier l’intervention militaire en Irak. Il n’entre pas dans le propos de ce billet de discuter du bien fondé (ou non) de ses idées, mais d’aborder un problème au moins aussi important, celui d’une censure potentielle du site du réseau Voltaire.

Quels sont les éléments qui suggèrent une censure possible ? Tout d’abord, depuis juin 2008, le site du réseau est inaccessible. De plus, les pages en cache chez Google et les autres moteurs de recherches ont disparu, remplacées par des pages blanches, ou tout simplement inaccessibles [1]. Pas très probant tout cela, compte tenu des problèmes que rencontre parfois l’informatique. Certes. Regardons néanmoins d’un peu plus près.

Tout d’abord, le réseau avait déjà fait l’objet d’attaques informatiques en 2006, qui avait affecté gravement le fonctionnement de leur site. Ces évènements s’étaient produits lors de l’offensive israélienne contre le Liban. Selon le quotidien libanais As-Safir, deuxième quotidien libanais proche de la gauche de ce pays, ces attaques auraient été réalisées par une unité de guerre informatique de Tsahal [2], information bien qu’il a été bien sur impossible de confirmer.

Deux décrets présidentiels américains (executive orders 13438 et 13441) ont récemment rangé au rang de dangereux délinquants les opposants à la politique états-unienne en Irak et au Liban, en leur retirant toutes leurs possessions [3]. Cette disposition a ainsi permis aux autorités US de mener des enquêtes sur les collaborateurs du réseau au Moyen-Orient et de bloquer leurs comptes bancaires. Dans un article récent, Thierry Messian indique que « selon nos informations, les autorités états-uniennes faisant jouer les accords de défense mutuelle ont demandé à leurs homologues françaises de prendre des mesures identiques à l’encontre de nos collaborateurs français qui sont déjà interdits d’accès au territoire US […] Des fonctionnaires français et états-uniens, utilisant abusivement les dispositions légales réprimant le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ont procédé à des enquêtes pour tenter d’identifier nos donateurs réguliers et faire pression sur eux. De plus, des menaces crédibles ont été adressées oralement par des fonctionnaires français et états-uniens à certains de nos rédacteurs » [4].

Si cela est vrai, c’est inquiétant. D’autant plus qu’en juin 2008, Jürgen Cain Külbel, collaborateur du réseau Voltaire et ancien policier est-allemand, a été arrêté et emprisonné à Berlin pour avoir simplement maintenu un lien actif sur son site, vers un article du réseau Voltaire [5]. Jürgen Cain Külbel avait mené enquête sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri. Cette enquête, publiée dans son livre « Le Dossier Hariri », remet en cause la version de l’origine syrienne de l’assassinat de ce dirigeant. Elle a influencé les enquêteurs libanais et conduit à l’arrestation d’espions du Mossad impliqués dans des assassinats politiques au Liban [6]. Il ne s’agit pas, là non plus de discuter du bien fondé de la thèse non syrienne, mais de constater que le réseau avait fourni à cette occasion une information « différente » – et semble-t-il pertinente vues les arrestations – de celle des médias de masse.

Dernier avatar en date, fin juin, il semble effectivement que le site du réseau fasse l’objet d’une censure. Selon mecanopolis [7], le site du réseau Voltaire « n’est plus accessible depuis un certain nombre de pays comme la France, l’Allemagne, […] et […] la Suisse. Cet état de fait est du au filtrage du net sur le territoire franco-européen. Pour se connecter, il faut désormais passer par un proxy d’une autre nationalité » (par exemple au travers the cloak [8]). Même dans ces conditions, il semble que la connexion soit aujourd’hui impossible…

Sans nouvelle rapide du réseau Voltaire, il se pourrait bien que nous devions admettre que nous assistons à un cas de censure du net, et au delà des idées non-conformes à la vision des médias de masse, voire à certaines positions gouvernementales. Si tel est le cas, ce ne sont pas seulement les 2 à 2,5 millions de visiteurs par mois du réseau et les 92 000 abonnés aux listes de diffusion qui seront affectés, mais l’ensemble de la société française… Nous ne serions effet – et dès lors – plus vraiment en démocratie.

Références

[1] Pour le constater, taper « réseau voltaire » dans votre moteur de recherche préféré

[2] Voir :
http://www.labanlieuesexprime.org/article.php3 ?id_article=1297

[3] On trouvera ces textes en suivant les liens :
http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php ?pid=75570
http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php ?pid=75641

[4] Article indisponible sur le site du réseau, celui-ci étant hors service, mais dupliqué sur :
http://www.alterinfo.net/Le-Reseau-Voltaire-est-en-danger-Il-a-besoin-de-vous- !_a19817.html

[5] La page incriminée s’intitulait « Le journaliste d’investigation face aux manipulations des services secrets », entretien de Jürgen Cain Külbel avec Silvia Cattori, Réseau Voltaire, 30 juillet 2007.

[6] Voir :
http://fr.wikipedia.org/wiki/J%C3%BCrgen_Cain_K%C3%BClbel

[7] L’article n’est plus accessible en direct, mais seulement en canche… Pour combine d temps ? Voir :
http://minilien.com/ ?RhGVPTiY0g

[8] Pour l’accès :
http://www.the-cloak.com/login.html


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