Édition du
27 July 2017

L'Engrenage de l'import-import

par Abed Charef,
Le Quotidien d’Oran 17 juillet 2008

Les importations algériennes échappent désormais à tout contrôle. Et plus on importe, plus on a besoin d’importer.

2008 sera une année faste. Pour les ressources tirées des exportations d’hydrocarbures, qui atteindront des sommets, mais aussi pour les importations, qui connaîtront un pic jamais égalé. Entre les importations de biens et services, les bénéfices des compagnies étrangères et les différents transferts de devises, la somme globale que l’Algérie va envoyer vers l’extérieur durant l’année en cours dépassera probablement le pic des cinquante milliards de dollars. Un chiffre fabuleux, qui donne le vertige, mais qui reste cependant sans impact sérieux sur l’économie du pays.

Les importations à elles seules ont dépassé le seuil de dix milliards de dollars durant le premier trimestre 2008, selon le gouverneur de la Banque d’Algérie, M. Mohamed Laksaci. Par rapport au premier trimestre 2007, elles ont augmenté de 34.1 %. Cette tendance à la hausse, alimentée par de nombreux facteurs, devrait se poursuivre et s’accentuer d’ici la fin de l’année, pour porter la valeur des importations au-dessus de quarante milliards de dollars.

Les compagnies étrangères opérant dans le domaine des hydrocarbures essentiellement, devraient de leur côté frôler les dix milliards de dollars de transferts.

La hausse des importations est alimentée par une série de facteurs convergents, qui agissent tous dans la même direction. La baisse du dollar, la faiblesse de la production agricole nationale, la quasi-stagnation de l’activité industrielle, qui reste très en deçà de l’évolution de la demande: tout ceci contribue à faire exploser le chiffre des importations. Mais ces facteurs ne peuvent cacher une autre réalité, celle de la mauvaise gestion et de l’argent facile. C’est en effet l’abondance de dollars dans les caisses de l’État qui pousse les gouvernements successifs à un laisser-aller destructeur, privilégiant les importations au détriment de tout le reste. Et comme l’Algérie est supposée entrer dans une période préélectorale, avec des dirigeants prêts à gaspiller des fortunes pour acheter la paix sociale, il n’est pas exclu que de nouvelles dérives soient enregistrées avant la fin de l’année, poussant l’hémorragie de devises vers des sommets insoupçonnés. Avec un indice significatif : en dollars, la valeur des importations risque d’augmenter de 50 pour cent par rapport à 2007. Bien que le solde de la balance commerciale reste largement excédentaire, en raison de la hausse des prix du pétrole, il est assez facile d’identifier les chapitres qui font mal à l’économie algérienne. Les importations de produits alimentaires ont augmenté de 68 pour cent. Les causes, au nombre de trois, en sont connues: baisse de la production algérienne, baisse du dollar et flambée des prix sur le marché international.

Les performances de l’économie peuvent être également mesurées avec les chiffres fournis pas le gouverneur de la Banque d’Algérie. Les crédits ont augmenté de 4.1 % au premier trimestre de l’année en cours, un taux proche de celui de l’inflation. Ces crédits restent fortement orientés vers le secteur de l’énergie, le seul qui soit encore capable de lever autant d’argent qu’il veut.

Les effets de cette dérive sont, pour l’heure, atténués par l’abondance financière actuelle, avec le côté rassurant offert par un pétrole à 145 dollars, des recettes d’exportations qui devraient avoisiner les 80 milliards de dollars sur l’année 2008, une balance des paiements excédentaire de dix milliards de dollars pour le premier trimestre 2008 malgré les gaspillages, et des réserves de change qui ont atteint 126 milliards de dollars.

Mais ces garanties ne peuvent occulter une autre réalité, très dangereuse, qui s’installe et se renforce progressivement depuis quelques années: les importations ont atteint un seuil trop élevé, et sont surtout devenues incontrôlables. Il semble bien que plus personne n’est en mesure de les orienter, encore moins de les maîtriser. Elles continuent une menace sérieuse pour le pays.

D’une part, les importations représenteront, en 2008, à quelques points près, l’équivalent du PIB hors hydrocarbures. En outre, elles ont créé leur propre engrenage, qui échappe aux gouvernants. L’économie du pays étant largement extravertie, tout effort visant à augmenter la production ou à améliorer le bien-être des Algériens se traduira d’abord par une nouvelle hausse des importations. Qu’il s’agisse de fabriquer un téléviseur, de monter une voiture ou de produire de la pomme de terre, il faudra tout importer, la matière première, les engrais, la semence, le process de fabrication, et peut-être même l’ingénieur chargé du projet ! Au bout du compte, plus on importe, plus on a besoin d’importer.

D’autre part, la courbe des importations, calculée en dollars, a connu, entre 2006 et 2008, une augmentation de près de 50 pour cent par an. De 20 milliards de dollars en 2006, on est passé à 27 milliards en 2007, pour culminer autour de 40 milliards cette année. Les facteurs qui ont produit cette explosion devraient s’atténuer dans les prochaines années, avec une possible stabilisation du dollar et des prix des produits importés, ce qui permettra une meilleure maîtrise des importations. Mais on ne peut occulter l’autre hypothèse, celle où la tendance actuelle pourrait s’emballer. On risque, dès lors, de se retrouver avec des chiffres inouïs au-delà de 2010. Hypothèse invraisemblable ? Celle d’un pétrole à 150 dollars était tout aussi invraisemblable il y a cinq ans.


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