Édition du
21 July 2017

Révélations sur une sanglante «bavure»

GOLIAS

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Tibhirine : sacrifiés !

SOFFRAY Jean François
Selon le grand quotidien italien « La Stampa », les sept moines de Tibhirine auraient été tués par l’armée algérienne avant d’être décapités. En fait, l’enlèvement des moines aurait été un « faux enlèvement » organisé par les services de sécurité. L’opération aurait dû se terminer sans dommage par une libération des moines. Or, c’est à ce moment là qu’eut lieu la sanglante « bavure » de l’armée algérienne que celle-ci camoufla par une mise en scène macabre.

Selon ce fonctionnaire, l’enlèvement des moines aurait été un « faux enlèvement » planifié par les services de sécurité (le DRS), qu’il qualifie de « militaires déviés », manipulant des islamistes, afin de prouver le danger que représentait « la déferlante islamique ». L’enlèvement aurait dû se terminer sans dommage par une libération démontrant ainsi « la fiabilité et l’efficacité des autorités locales. »

On voit ce qu’il en fut selon ce témoin : l’armée « régulière » mit fin tragiquement au faux enlèvement des GIA manipulés par des « militaires déviés », des militaires qui ne savaient plus eux-mêmes, au moment des faits, où se trouvaient les moines. Et puis, il y eut la mise en scène macabre destinée à camoufler « l’idiotie ». Les corps des moines « auraient révélé au monde entier qui avait tiré sur sept cibles sans défense. Parce que ces projectiles-là ne pouvaient appartenir qu’à un arsenal d’une armée régulière. » Ils furent donc décapités et l’on ne mit dans les cercueils que leurs têtes et un peu de terre, tandis que les autorités algériennes se contentaient de parler de « dépouilles découvertes ». Il fallut tout l’acharnement courageux du père Armand Veilleux, alors Procureur de l’ordre des Cisterciens, pour que les cercueils soient ouverts et que l’on découvre l’affreuse mise en scène. On n’en connut que l’horreur, sans rien savoir ni de la cause, ni des circonstances. Pour le monde entier, le GIA en porta l’entière responsabilité. Selon la même source, Mgr Henri Tessier, alors archevêque d’Alger, soutenait cette version des faits. « Il ne voulait pas détériorer les rapports construits durant tant d’années de dur et patient travail entre l’Eglise catholique et le gouvernement algérien … D’une certaine manière il était soutenu dans sa ligne de conduite par le général Rondot …Il avait débarqué à Alger immédiatement après le séquestre et avait assuré l’archevêque que l’affaire serait conclue très rapidement de manière positive. Dès son arrivée, Rondot se rendait régulièrement chaque jour au bureau du général Smaïl Lamari, vice du DRS et ami personnel de longue date. On peut dire que l’Eglise et l’armée partageaient publiquement le même point de vue. » Retenons encore de ces révélations que Pierre Claverie, l’évêque d’Oran, tué dans l’explosion de sa voiture en même temps que son chauffeur, à son retour d’Alger, constitue pour ce témoin, « la huitième victime » de Tibhirine. Il aurait déclaré au ministre Hervé de Charrette : « Nous connaissons les responsables de la mort des moines. » A cause de cela, le DRS devait l’éliminer et le fit sans tarder.

Pourquoi faire ces révélations et pourquoi maintenant ? « Je crois que la politique ne peut descendre en deçà d’un niveau minimum de moralité. Je suis personnellement obligé de respecter le secret d’Etat que chaque gouvernement impose à ses fonctionnaires. Mais de cette manière le mensonge d’Etat se perpétue, avec lequel il n’est pas facile de coexister, surtout quand il se prolonge dans le temps. » On le voit, aucune recherche du sensationnel chez cet homme, mais une exigence éthique qui ne peut plus attendre. D’où l’importance de son témoignage


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