Édition du
26 March 2017

Karadzic : les dessous d'une arrestation

Karadzicavantaprès
Le Vif.be /L’express

Plusieurs fois, le filet de l’Otan a paru se resserrer autour de lui. Mais Radovan Karadzic, qui avait banni le téléphone portable et gardait de fidèles soutiens, restait insaisissable. Les services secrets serbes ont finalement mis un terme à treize années de cavale quelques heures avant une visite à Belgrade du procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), le Belge Serge Bramertz.

L’ancien dirigeant bosno-serbe n’a opposé aucune résistance et était dans un état dépressif, selon les services secrets serbes. Pourquoi la traque, émaillée de compromissions, de tâtonnements, d’obstructions et de rumeurs, a-t-elle duré si longtemps ?
Quatre ans sous l’œil impuissant d’un bataillon de soldats français

Tout d’abord, le père de l’épuration ethnique en Bosnie-Herzégovine a circulé librement pendant quatre ans sous l’œil impuissant d’un bataillon de soldats français de l’Otan. Selon Carla del Ponte, l’ancienne procureure du TPIY, Boris Eltsine aurait menacé Jacques Chirac d’une intervention russe si Karadzic était arrêté. Dès 1996, le chef de guerre promet de se retirer de la scène politique. En échange, il aurait gagné une immunité provisoire.

Le parquet de La Haye n’a jamais eu la preuve formelle de l’existence d’un tel accord, mais il s’est dit persuadé que les chefs de l’Otan craignaient pour la vie de leurs hommes si Karadzic était appréhendé. A Sarajevo, les sarcasmes sur l’inefficacité des soldats de l’Alliance atlantique vont alors bon train. Un informaticien crée même un jeu vidéo, Hunting Karadzic (Traquer Karadzic) pour entraîner les militaires.

L’échec de l’Otan peut en partie être attribué à la rotation rapide des officiers de renseignement : ils sont remplacés tous les six mois, ce qui rend difficile un traitement efficace du flot d’informations. L’absence de coordination entre l’Otan et le service des frontières de l’état bosniaque est également en cause, alors que l’ancien président des Serbes de Bosnie se déplace souvent d’un côté à l’autre de la frontière.
Déguisé en prêtre orthodoxe

Sur les murs de Bosnie, des affiches frappées de la mention wanted (recherché) promettent une prime de 5 millions de dollars en échange de la capture du criminel. Ses anciens gardes du corps et ses contacts parmi les politiciens nationalistes et les chefs d’entreprise font l’objet de multiples interrogatoires, d’arrestations et de perquisitions. En vain. Des rumeurs prétendent qu’il se déguise en prêtre orthodoxe et qu’il a changé de visage grâce à l’intervention d’un chirurgien esthétique serbe de Californie. L’ex-psychiatre et poète à ses heures devient une légende vivante pour ses partisans.

Les deux dernières pistes remontent à 2007. Celle d’une prostituée qui rend régulièrement visite à l’ancien chef de guerre. Et celle des médicaments qui lui étaient destinés. Mais les enquêteurs du tribunal de La Haye réalisent alors que Karadzic est sous le contrôle des Serbes, qui ne veulent pas le livrer. Ces derniers mois, les pressions diplomatiques se sont accentuées sur la Serbie, qui souhaite obtenir le statut officiel de candidat à l’intégration à l’Union européenne d’ici à la fin de l’année. L’arrestation de Karadzic, le 21 juillet, semble n’avoir été qu’une simple formalité.

Olivier Rogeau

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