Édition du
25 July 2017

Lettre ouverte à M. Ould Kablia, Président du MALG

LarbiBenM’hidi résistant
Photo : Larbi BEN M’HIDI
Lettre publiée le 23/07/2008 par Mr. Abdelkader DEHBI sur son site et que nous reprenons sur Tahia Bladi

«  »Je voudrais être soumis à ces tortures, pour être sûr que cette chair misérable ne me trahisse pas. J’ai la hantise de voir se réaliser mon plus cher désir car, lorsque nous serons libres, il se passera des choses terribles. On oubliera toutes les souffrances de notre peuple pour se disputer des places; ce sera la lutte pour le pouvoir. Nous sommes en pleine guerre et certains y pensent déjà, des clans se forment. A Tunis, tout ne va pas pour le mieux; oui, j’aimerais mourir au combat avant la fin » »
Larbi BEN M’HIDI – Février 1957. (Document inédit)

C’est par cet exergue, provenant d’un document inédit, qui m’a été confié récemment par un grand moudjahid digne de foi – et qui m’a autorisé à en faire état – que j’ai choisi d’introduire ma lettre ouverte à M. Daho Ould Kablia, en sa qualité de président du MALG.

Sans esprit polémique et dans le seul intérêt de la vérité, permettez au simple citoyen et ancien résistant que je suis, d’apporter au débat en cours, mes observations et autres interrogations point par point, sur le contenu de votre lettre ouverte à M. Addi Lahouari, publiée par « Le Soir d’Algérie » dans son édition de ce matin du 22 Juillet 2008, en réponse à la mise au point qu’il vient de publier sur ce même quotidien, le 20 Juillet 2008.
1°) – En répondant à l’article de M. Addi Lahouari, vous n’avez malheureusement pas su résister à la tentation de jouer d’amalgame, une technique classique, teintée qui plus est ici, de malhonnêteté intellectuelle manifeste, en tant qu’elle cherche à jeter systématiquement l’anathème d’antimilitariste, c’est-à-dire d’ennemi de l’Institution militaire, sur tout citoyen à qui viendrait l’idée – saugrenue semble-t-il ici en Algérie -, de critiquer ou de dénoncer tel ou tel clan de hauts gradés de la hiérarchie militaire ou tel ou tel Service de l’Armée, pour certains comportements moralement répréhensibles ou certaines pratiques manifestement illégales, voire anticonstitutionnelles. Et comme pour mieux enfoncer votre « cible » vous ne reculez même pas devant le ridicule, en interprétant abusivement, c’est-à-dire à l’aune de votre propre déformation politique, la pensée de l’auteur. Ainsi, quand M. Addi Lahouari écrit: avec raison: «  »L’Etat Algérien a besoin d’une armée forte, disciplinée, professionnelle et dont les officiers seront loyaux à la Constitution et au Président de la République, en tant qu’expression du suffrage populaire, seule source de légitimité » » vous lui répondez en écrivant: «  »Disciplinée [l’armée] serait donc d’après lui, synonyme d’aveugle, sourde, aphone et probablement paraplégique » ». Du vrai délire M. Ould Kablia ! ….A moins que vous ne seriez en train de nous dire, que vous avez développé une redoutable arme psychologique secrète, permettant au président du MALG que vous êtes, de lire dans la pensée d’autrui ? Fichtre donc ! Ce serait alors plus glaçant qu’à Guantanamo. Brrr !!…..Cela pourrait être aussi, un cas d’aveu inconscient de vos propres opinions sur l’Institution militaire…Soyez donc sérieux, à défaut de pouvoir être intellectuellement honnête!
2°) – Tout en respectant votre posture d’adulateur à l’égard du personnage de Boussouf, et au risque de commettre à vos yeux un sacrilège, je ne peux pas m’empêcher, moi, en tant que simple citoyen, de voir aussi en M. Boussouf, au-delà du leader incontestable qu’il fut– parmi d’autres leaders de la Révolution -, le responsable essentiel dans le processus qui a abouti à la liquidation physique de Abbane Ramdane, dans une ferme près de Tétouan au Maroc. Sans parler par ailleurs, ni des véritables raisons, – fussent-elles purement prosaïques – de la conversion de Boussouf au lendemain de l’Indépendance, dans le grand business international, ni des conditions mystérieuses de sa mort à Paris en Décembre 1980… Dommage, M. Ould Kablia, que vous et quelques uns de vos camarades du MALG, ne semblez éprouver ce genre de grands sentiments pour les grands chefs que lorsqu’ils sont bien morts. Car, quand le grand moudjahid et héros de la Révolution, que fut le regretté Abdellah ARBAOUI, – Si Mahmoud –, fut odieusement expulsé en 1989 de sa villa d’Hydra convoitée par un des vôtres, le « boussoufiste milliardaire M. Koudjetti » – aidé en sous-mains par le général Larbi Belkheir -, il ne s’est pas trouvé grand monde parmi vous, pour crier à l’injustice et à l’arbitraire. Et ne me parlez surtout pas de « décision de Justice »….On sait depuis longtemps ce que cela veut dire dans notre pauvre pays.
3°) – Qu’ont fait les hauts responsables politiques ou militaires de l’Algérie indépendante, purs produits FLN et ALN – en particulier ceux issus du MALG -, pour empêcher l’intrusion puis la montée insidieuse, au sein des Institutions du pays, celle de l’Armée en particulier, de certains officiers et sous-officiers, particulièrement francophiles, venant de l’armée coloniale ou « D.A.F. » (Déserteurs de l’Armée Française) et dont une poignée, devenus entre temps, officiers généraux ont pris le pouvoir réel et quasi direct en Algérie, surtout après le véritable coup d’État opéré en Janvier 1992 ?
4°) – Qu’ont fait ces mêmes hauts responsables politiques ou militaires dans l’Algérie d’aujourd’hui, pour exiger toute la lumière sur des affaires très graves, touchant à la sécurité ou à la souveraineté de la nation, comme par exemple l’assassinat du défunt Président Boudiaf ou encore, l’existence de camps d’entraînement, voire de bases américaines dans le Sud de notre pays, en particulier dans la région de Tamanrasset, révélées par ABC News en Août 2007, sans provoquer pour autant, le moindre débat public ? Où sont donc passées, M. Ould Kablia, ces « valeurs patriotiques irréversibles », que vous citez dans votre lettre ?
5°) – Vous poursuivez ensuite votre diatribe en direction de l’auteur de l’article en écrivant cyniquement: «  »Un conseil toutefois: que M. Addi reste dans le confort douillet de son Université de Lyon, dans sa nouvelle patrie » ». Comme si le « confort douillet » de certaines villas cossues de tel baron du régime, bloquant la circulation dans des quartiers entiers, avait quelque chose à envier aux autres ! Et comme si vous ignoriez par ailleurs, que même certains dignitaires du régime auquel vous appartenez ont la double nationalité….Votre réflexion s’est peut-être voulue blessante mais elle révèle surtout un grave déficit de votre argumentaire sur le débat de fond. Mais passons ! Et puisque vous soulevez ce point, laissez-moi vous dire que c’est l’impéritie même du régime politique illégitime et moralement discrédité dont vous faites partie, qui est précisément à l’origine de l’exil, de milliers et de milliers d’universitaires algériens de haut standing, médecins ou physiciens, ingénieurs ou managers ou chercheurs dans les disciplines les plus diverses, fuyant l’arbitraire et la « hogra », le népotisme et la médiocrité. Sans oublier aussi, le cancer généralisé de la corruption et de la félonie qui gangrènent jusques aux plus hautes sphères du système. Sans oublier enfin, le sort tragique de ces centaines d’Algériens « harragas » dans la fleur de l’âge, fuyant le désespoir et la misère d’un État riche mais corrompu et incapable de créer le plein emploi. Et vous avez le front avec çà de dire, – je vous cite – « qu’il [Addi Lahouari] laisse les Algériens d’ici, assumer leur passé et construire avec les dirigeants qu’ils se sont librement donnés, leur avenir ». De quel avenir parlez vous donc M. Ould Kablia quand chacun sait que notre pauvre pays est dominé depuis voilà près d’un demi siècle, par des clans de septuagénaires délabrés mais ô combien coriaces au fauteuil. Et de quelle « liberté de choix des dirigeants » parlez-vous, quand chacun sait le peu d’intérêt que suscitent les mascarades électorales au sein d’un peuple qui n’est nullement dupe des marchandages, des quotas et autres tripatouillages auxquelles elles donnent régulièrement lieu. Et je crois que vous êtes suffisamment bien placé pour être au fait du jeu des partis croupions et des institutions de pure façade, comme les deux Assemblées, dans une scène politique frelatée, où les ombres semblent avoir beaucoup plus de consistance que les acteurs matériels. Vous avez donc tout faux hélas ! M. Ould Kablia.

En tout état de cause – pour conclure -, ce genre de débat ne pourra jamais être clos, sans l’avènement dans ce pays, d’une véritable « intifadha » politique et morale que j’espère de tout cœur pacifique, et qui aboutirait à la mise sur pied d’une Assemblée Constituante, authentiquement représentative de toutes les sensibilités nationales, pour redéfinir une nouvelle République Algérienne qui restituerait enfin au Peuple, – source unique de légitimité et de droit -, sa pleine souveraineté. (A.D)

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