Édition du
28 July 2017

Le pétrole des “familles”

Par Mustapha Hammouche
QUOTIDIEN LIBERTE

Parce que son fils a été arrêté en Suisse, Al-Kadhafi menace la confédération d’un embargo sur le pétrole. Hannibal Al-Kadhafi avait été interpellé, le 15 juillet dernier, parce qu’il avait frappé des employés d’un hôtel de Genève où il séjournait probablement avec l’argent du pétrole de son pays.

S’ensuivit alors le navrant spectacle de “citoyens” libyens manifestant devant l’ambassade de Suisse pour dénoncer le “mauvais traitement” infligé par la police suisse au fils du “Guide”.
Qu’Al-Kadahfi utilise “l’arme du pétrole” pour défendre l’immunité de sa progéniture, c’est dans la logique d’une dictature. Dans un tel système, le patrimoine entier du pays est propriété de la famille régnante. Royaume, émirat, djamahiria ou république, seule l’inviolabilité de la personne du maître, et de ses proches, compte.
Si, accessoirement, le peuple est éclaboussé d’avantages que permet la disponibilité de ressources naturelles, grand bien lui fasse. Mais la manne doit surtout servir la lignée et les familles satellites, dont le nombre dépend de la nature de ces systèmes, nuancés d’un pays à l’autre, mais qui sont toujours basés sur l’appropriation privative de la rente. C’est la marque de tous les régimes arabo-musulmans. Sans exception, y compris quand ils manquent de pétrole.
Mais cette culture du détournement autoritaire de la richesse nationale au profit des familles et des clans ne devrait peut-être pas étonner. Nous sommes dans une sphère de représentation qui conçoit les processus sociaux comme un mouvement régi par une règle immanente : “C’est Dieu qui enrichit et c’est Dieu qui appauvrit”. Le vol seul est délit.
S’enquérir de l’origine de la richesse d’un puissant ne peut se faire que par plus puissant que lui. Comme il s’agit de plus puissants que l’administration et la justice, en un mot de plus puissants que l’État, qui peut donc les questionner au sujet de leur fortune ?
Ce sont d’ailleurs leurs extravagances et celles de leur engeance qui révèlent au grand public la démesure de leurs abus. La chute du régime de Saddam Hussein a été l’occasion de découvrir la plus spectaculaire de ces outrances budgétaires : des centaines de voitures de luxe collectionnées par ses fils à ses Kalachnikov en or.
La répression finit par rendre incontestables les conduites des despotes. Et, confondant soumission impuissante et approbation délibérée, des familles et clans confisquent un pays, son État jusqu’à se confondre avec lui, et ses ressources jusqu’à les confondre avec leurs revenus propres.
Jusqu’au prochain soulèvement du peuple au “silence morne mais jamais résolu”, comme l’écrivait Mostefa Lacheraf, il faut toujours plus de répression — et de corruption, à l’occasion — pour protéger toujours plus d’usurpations.
Ce silence, qu’il soit le fruit de la peur ou de la corruption, peut à l’occasion s’exprimer sous forme de manifestations de soutien.
Il y a comme un phénomène de transfert : faute de pouvoir s’en prendre à l’autocrate local, les peuples maugréent, quand celui-ci le leur permet, contre le lointain étranger qui ose offenser non pas l’État qu’ils n’ont pas, mais le despote qui en fait office, ou ses proches et protégés. C’est la seule forme d’existence politique qui est permise à ces peuples asservis…

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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