Édition du
26 March 2017

Accusé de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité Après El-Bachir, à qui le tour ?

Logolesdébats

Le plus surprenant est que ce soit Washington qui annonce en premier cette inculpation, avant même la Cour Pénale Internationale. Une démarche qui démontre une fois de plus la grande «indépendance» dont jouit cette juridiction. Autre fait surprenant : les États-Unis qui saluent le couperet de la CPI, alors qu’ils ont combattu des années durant contre sa création et ont même fait pression pour qu’elle ne puisse pas voir le jour.

Omar Al Bashir

Omar Hassan El-Bachir n’est pas un démocrate, il ne l’a jamais été. Depuis son accession au pouvoir en 1989 – vous l’aurez deviné par coup d’Etat – le maître de Khartoum ne s’est quasiment jamais soucié d’instaurer la paix dans ce géant d’Afrique. Arrivé au pouvoir alors que la guerre entre le Nord et le Sud battait son plein, Omar El-Bachir a attisé la haine et fourni un effort de guerre incroyable. Des centaines de milliers de Soudanais allaient périr dans une des dernières guerres de religions que l’Afrique ait connu. Mais la paix est un mot un peu trop censé pour le chef de l’Etat soudanais. Soucieux en premier lieu de maintenir son pouvoir coûte que coûte, il a préféré battre le fer avec John Garang que de négocier une entente profitable à tous. Il aura fallu une kyrielle de pressions internationales, particulièrement des Etats-Unis, pour qu’il daigne accepter de s’asseoir à une table de discussions. Ce fut chose faite à Nairobi. Contre toute attente, la paix verra le jour entre le Nord et le Sud.

Notre ami El-Bachir

Mais c’est bien le drame au Darfour qui va remettre le Soudan dans le collimateur de la communauté internationale. Depuis le début de ce que les Occidentaux appellent la «guerre du Darfour» en 2003, jamais la méfiance à l’égard du président El-Bachir n’avait été aussi présente. Mais si l’on décide d’aller au fond des choses, nous constaterons une chose importante : la responsabilité du président soudanais dans ces tensions est certes entière, mais cela n’explique en rien l’acharnement international. Le 11 juillet dernier, des juristes de la Cour Pénale Internationale divulguent une information explosive. Selon eux, le procureur de la CPI compterait adresser des chefs d’inculpation au président du Soudan. La cacophonie l’emporte au début, mais les éclaircissements ne vont pas tarder à arriver. Ce qui n’était qu’une rumeur était en réalité vrai et le procureur argentin de la CPI a confirmé à la presse qu’il pourrait inculper El-Bachir dès le 14 juillet.

Que reproche la CPI au chef de l’Etat soudanais ? Elle l’accuse de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Rien que cela, diront certains. Mais le plus surprenant dans tout cela, est que ce soit Washington qui annonce en premier cette information, avant même la Cour Pénale Internationale. Une démarche qui démontre une fois de plus la «grande» indépendance dont jouit cette juridiction. Autre fait surprenant, les États-Unis qui saluent le couperet de la CPI, alors qu’ils combattu des années durant contre sa création et ont même fait pression auprès d’autres Etats pour qu’elle ne puisse pas voir le jour. Qu’à cela ne tienne, la CPI est maintenant bien là et son dernier couperet vient de rendre un énorme service aux États-Unis.

Ligue arabe, UA : c’est à qui soutient le premier Khartoum

Habitué à ne pas céder aux pressions d’où qu’elles proviennent, Omar Hassan El-Bachir a bel et bien couru dans tous les sens depuis ce fameux 14 juillet. Au moment où une quarantaine de chefs d’Etat européens et arabes assistaient sous un soleil de plomb au défilé de l’armée française à Paris, leur homologue soudanais risquait d’être arrêté à sa sortie du territoire national. Une situation ubuesque pour un Président en exercice. Mais l’Union africaine et la Ligue arabe n’ont pas tardé à réagir et à organiser la riposte. Avant elles, c’est le principal concerné qui l’a fait en premier. Réunion du gouvernement, du Parlement et constitution d’un comité suprême spécial, El-Bachir ne pouvait laisser passer cette inculpation sans bomber le torse.

Ses amis africains ont eu une réaction timide par rapport à ses alliés arabes. Réunis samedi dernier au Caire en séance extraordinaire, les ministres arabes des Affaires étrangères ont apporté un soutien sans faille au Soudan et à son président. Aucune voix discordante n’est venue bousculer l’ordre établi ni chercher à comprendre les motifs de la Cour Pénale Internationale. De l’Algérie à Djibouti en passant par l’Egypte, les vingt-deux chefs de la diplomatie de la Ligue ont acculé la CPI et jugé «gravissimes» ses inculpations à l’encontre d’un chef d’Etat en exercice. L’Europe et les États-Unis quant à eux n’ont pas pu cacher leur joie de voir El-Bachir trembler dans ses fondements. La France a été le premier pays européen à réagir.

Le ministre français des Affaires étrangères a appelé le président soudanais à répondre de ses actes. Comment ? En démissionnant peut-être ? Si pour Bernard Kouchner, il est normal pour un Président élu de répondre à une accusation provenant d’un organe dépourvu d’indépendance, il n’est toutefois pas normal qu’une seule personne soit inculpée dans un conflit aux multiples protagonistes. Entre d’un côté l’appui multiforme des Arabes et des Africains et de l’autre les accusations américaines et européennes, ce sont les Soudanais qui ne savent plus où donner de la tête.

Tandis que certains irréductibles de la démocratie optent pour le départ d’El-Bachir, d’autres dénoncent ce qu’ils qualifient comme une ingérence caractérisée dans leurs affaires internes. Pour le moment, nul ne sait quelle attitude le président soudanais va avoir à l’avenir. Prendra-t-il le risque de voyager hors d’Afrique et du Moyen-Orient ? Mettra-t-il de côté pour un bon moment son bâton de globe-trotter ? Une chose est par contre sûre : Omar El-Bachir ne refera plus jamais confiance à l’Occident si ce dernier ne lui fournit pas des garanties sur sa liberté. Un marchandage plausible et possible par les temps qui courent. Si cela venait à se réaliser, la CPI pourra ravaler son «indépendance».

Mohamed Khaled Drareni


Nombre de lectures : 390
PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

Congrès du Changement Démocratique