Édition du
27 July 2017

Bouteflika demande au gouvernement d'expliquer les dépenses et le budget

Vanne de Pétrole
QUOTIDIEN LIBERTE

L’argent du pétrole a-t-il été déjà dépensé ?

L’Algérie n’a pas d’aisance financière véritable en dépit de 125 milliards de dollars de réserves en devises enregistrées à fin avril 2008.

Les dépenses publiques, en particulier les investissements au titre du plan de relance, sont en train d’augmenter rapidement au point d’exercer de fortes pressions sur les équilibres budgétaires. Le déficit, prévu par la loi de finances complémentaire 2008, adoptée en Conseil des ministres mercredi dernier, établi sur la base d’un prix du baril de 37 dollars, est de 2 119 milliards de dinars, soit environ 30 milliards de dollars.

Cet énorme trou sera financé principalement par la caisse de régulation qui ne cesse d’accumuler les excédents, les prix du pétrole dépassant les 100 dollars depuis le début de l’année. À ce sujet, le président de la République vient de tirer la sonnette d’alarme. Intervenant lors du débat en Conseil des ministres, il a souligné qu’“outre les recettes de la fiscalité ordinaire, la dépense publique représente désormais l’équivalent des recettes de la fiscalité pétrolière à 65 dollars. Le gouvernement doit expliquer cela d’une manière simplifiée aux citoyens qui ne doivent pas oublier que l’Algérie n’a pas d’aisance financière véritable, car ses recettes dépendent des seuls hydrocarbures qui sont condamnées à l’épuisement à terme. Les transferts sociaux de l’État au profit de la population atteignent à présent près de 1 000 milliards de dinars (près de 15 milliards de dollars), dont près de 200 milliards de dinars pour le soutien des prix des céréales et du lait.

Le budget de fonctionnement représente près de 200% de la fiscalité ordinaire du pays (ressources fiscales hors hydrocarbures). Il est appelé à augmenter encore avec la dotation en personnels et crédits des nouvelles infrastructures que nous réalisons chaque année dans différents secteurs tels que l’éducation, l’enseignement supérieur ou la santé publique”.
En d’autres termes, sans les recettes fiscales pétrolières, l’État parviendra très difficilement à verser, notamment les salaires des enseignants et des médecins exerçant dans les hôpitaux et les structures de santé publique. L’Algérie vit essentiellement de l’argent du pétrole.
Sans des cours du brut au-dessus des 60 dollars, elle ne pourra poursuivre son programme de modernisation des infrastructures et d’amélioration des conditions de vie de la population, faire face à la croissance de la masse salariale des fonctionnaires (enseignants, médecins, agents paramédicaux, agents de sécurité, douaniers, personnels des impôts et de différentes autres administrations).

Le coût de ce programme s’élève à présent à l’équivalent de 200 milliards de dollars, a ajouté le chef de l’État. Le premier magistrat du pays veut fouetter les esprits anesthésiés par la rente pétrolière. Il rappelle que les richesses pétrolières sont éphémères, épuisables. PRÈS DE 40 MILLIARDS DE DOLLARS D’IMPORTATIONS EN 2008 !

“L’État continuera de mobiliser toutes ses capacités financières pour alléger les difficultés des citoyens et poursuivre le processus de reconstruction nationale. Mais le peuple doit savoir que l’Algérie a besoin de l’apport réel de chaque citoyen, et que c’est le travail qui constitue la véritable richesse durable du pays.” En résumé, en cas de retournement du marché pétrolier, de baisse des prix du pétrole,l’Algérie vivra une crise aiguë. Elle ne pourra faire face à de telles dépenses et continuer sa politique de subventions des prix du lait, des céréales. Le lait, la semoule, la farine seraient alors plus chers.

Tel est le message du président de la République. Ce discours-avertissement résiste-t-il à l’épreuve des réalités ? Il convient de noter en ce sens que l’Algérie n’est pas à l’abri d’un retournement du marché pétrolier. En ce sens, personne n’avait prévu la crise asiatique qui a fait effondrer les cours du brut à la fin des années 1990. On peut s’attendre en ce sens à une récession aux États-Unis, la locomotive de l’économie mondiale, qui pousserait à une baisse de la demande sur le brut et donc à une chute des cours du pétrole.

Pour nombre de spécialistes, ce scénario est moins probable pour différentes raisons.
D’abord, la hausse de la demande pétrolière sera tirée principalement par les pays émergents, en particulier la Chine et l’Inde en contexte d’offre limitée en raison des réticences des grands producteurs de l’Opep à engager des investissements massifs pour augmenter la production de brut. Pour ces experts, le cycle de pétrole cher continuera pendant au moins cinq ans. D’aucuns prédisent même un prix du baril à 200 dollars l’an prochain. Ensuite, les grandes compagnies pétrolières tablent sur un prix du baril entre 80 et 100 dollars, seuil à partir duquel leurs investissements orientés de plus en plus vers la production à partir de gisements marginaux, de l’offshore profond, de pétrole lourd ou de champs difficiles deviendraient rentables.

En tout état de cause, l’Algérie dispose d’assez de réserves en devises pour faire face à un retournement du marché pétrolier pendant au moins trois ans. Elles pourraient passer de 125 milliards de dollars à 200 milliards de dollars dans moins de deux ans. Le message du président de la République porte plutôt sur le long terme.

Quel sera l’avenir de nos enfants, les réserves de pétrole risquant de s’épuiser dans vingt ans, trente ans ? Le bons sens indique que cet avenir se prépare dès maintenant. Il s’agit de sortir de cette dépendance de l’économie à l’égard des cours du brut, en favorisant progressivement l’émergence d’une économie de substitution aux hydrocarbures incluant la renaissance de l’industrie, le développement de l’agriculture, du tourisme et du secteur des services. Aujourd’hui, les exportations hors hydrocarbures représentent environ 2% des exportations globales. Elles ne couvrent même pas 20% de la facture alimentaire. Elles assurent seulement environ 3% à 4% des importations de biens et services pouvant atteindre près de 40 milliards de dollars en 2008 !

Ce discours rationnel du chef de l’État n’insiste pas assez, nous semble-t-il, sur le gaspillage de
l’argent du pétrole, ces dizaines de milliards de dollars dépensés annuellement en investissements et dont une partie ira dans les surcoûts enregistrés dans nombre de projets.
Paradoxalement, ce discours fait l’économie de l’étendue de ces surcoûts, du taux de consommation de cet argent public et du degré de maîtrise de ces dépenses.

N. RYAD


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