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27 July 2017

Cambodge: le Parti des droits de l'homme, outsider des urnes

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Par Chheang Bopha | Ka-set.info | 26/07/2008 | 05H02
Cambodgeelectioninside

(De Phnom Penh) Kem Sokha s’est toujours revendiqué comme l’un des champions des droits de l’homme au Cambodge. Il y a un an, il a renoué avec ses premières amours : la politique. Son Parti des droits de l’homme (PDH) est l’une des onze formations en lice pour les législatives de dimanche.

Ce parti, explique-t-il, « n’est pas le fruit du hasard ». Durant cinq ans, Kem Sokha a diffusé ses idéaux et expliqué aux citoyens leurs droits lors de forums publics organisés aux quatre coins du Cambodge: « 200 000 habitants ont signé une pétition pour que je crée un parti politique. »

Il les a écoutés. Son retour sur la scène politique intervient après une prise de distance avec le parti Sam Rainsy (PSR), principale formation d’opposition, ce risque, prédisent certains, de diviser cette dernière et de renforcer le parti du Premier ministre Hun Sen, le PPC.

« Alors, on vote pour qui ? Le numéro 11, 11, 11, 11… ! »

Dès l’aube, des supporters tout de jaune et de vert vêtus se retrouvent au quartier général du parti, dans l’arrondissement de Tuol Kork, au nord-ouest de Phnom Penh. Ils se préparent à aller porter la bonne parole en province. Installés en bon ordre dans des camions, ils n’attendent plus que leur chef.

Kem Sokha apparaît et annonce :
« Aujourd’hui, on va à Kompong Speu. On parlera de pauvreté, de conflits fonciers, d’inflation et du péage, les principaux problèmes des habitants de cette province ! »

Puis il s’engouffre dans un 4×4 noir arborant son portrait. Le convoi s’ébranle, progressant à un rythme d’escargot, ce qui permet à des militants de descendre en marche pour distribuer des tracts et scander quelques slogans.

En banlieue de Phnom Penh, ils croisent une longue file d’ouvriers. Des militants s’arrêtent pour les haranguer:

« Il faut changer, n’est-ce pas ? Alors, on vote pour qui ? Pour le Parti des droits de l’homme ! C’est quel numéro ? Le numéro 11, 11, 11, 11… ! »

Convaincre les électeurs des autres partis, déçus de la politique

Le président du PDH espère décrocher une partie des 123 sièges de députés. Devant ses candidats et supporters, réunis mardi à son siège, il déclarait que le PDH avait su rallier près d’un million de déçus d’autres partis, « en proie à des querelles internes », et d’indécis.

« Il faut redonner confiance aux électeurs, aller à leur rencontre. Les cinq ans que j’ai passés à sensibiliser les habitants à leurs droits [alors qu’il était à la tête du Centre cambodgien des droits de l’Homme, ndlr] ont vraiment aidé notre campagne ! »

L’atout que met en avant Kem Sokha est le fonctionnement « démocratique » de sa structure, dont la direction est aux mains d’un quatuor aux parcours personnels différents, qui se partagerait le pouvoir de manière équitable : Kem Sokha, Son Soubert, Kéo Rémy et Pen Sovann.

« On veut faire de notre parti un exemple pour les autres », clame fièrement Kem Sokha. Et pour prouver que le PDH n’est pas le parti d’un seul homme, il prône dans son règlement intérieur la limitation à deux du nombre de mandats de président.

Une mesure qu’il veut également voir appliquer au mandat du Premier ministre du Cambodge, et qui « reçoit le plein soutien des habitants, las de voir la même personne rester aux commandes du pays. Les Cambodgiens aspirent au changement ! »

Une récupération politique du combat pour le respect des droits de l’homme?

Financé en grande partie par des dons de la diaspora cambodgienne, le PDH, qui présente des listes dans 21 provinces et municipalités du royaume, s’est vite établi dans le paysage politique. Dans la société civile, certains s’agacent qu’un parti s’approprie l’expression « droits de l’homme » à des fins électorales. Face à ces critiques, Kem Sokha joue l’innocent:

« Cela fait plus de cinq ans que je travaille sur le dossier des droits de l’homme, ce n’est donc pas de l’usurpation ! Et notre parti s’est donné pour mission d’aider les habitants dont les droits ont été violés par les autorités ou par des riches. Les autres organisations devraient au contraire se réjouir des accomplissements de notre parti. »

Les hauts-parleurs accrochés aux véhicules du PDH crachent en boucle les discours de Kem Sokha. Les habitants tendent l’oreille, cette voix leur est familière. Pour Mme Bun, une vendeuse du marché de Kompong Speu:
« Ce qui me plaît chez lui, c’est qu’il parle des droits des citoyens et de la corruption qui aggrave notre niveau de vie. Notre quotidien est devenu difficile, tout est cher. J’aimerais que la situation change ! »

De l’autre côté de la route, Mme Ry et son mari ont arrêté leur moto pour écouter les discours. Elle aussi découvre pour la première fois le visage du loquace Kem Sokha. « Ce sont de belles paroles, mais que fera-t-il une fois élu? »

« Il sait s’y prendre pour expliquer aux habitants leurs droits »

Heng Touch a travaillé cinq ans comme agent d’information pour le Centre cambodgien pour les droits de l’Homme (CCDH), l’ONG de Kem Sokha. A force de suivre son président sur le terrain, il s’est passionné pour ses discours « raisonnables et cohérents ».

« Il sait s’y prendre pour expliquer aux habitants leurs droits alors que les gens au pouvoir ne pensent qu’à leurs propres intérêts. La population s’appauvrit au Cambodge. Le PDH, c’est notre dernière chance ! »

Mlle Panha, une étudiante en comptabilité, compte parmi celles et ceux qui ont appelé de leurs voeux la création d’un parti par Kem Sokha:

« En tant que directeur du CCDH, il ne pouvait qu’expliquer et dénoncer, c’est tout ! Les autorités et le gouvernement ne s’occupant pas des problèmes des habitants, il était plus judicieux qu’il crée son propre parti puisqu’il a pu voir de ses yeux les difficultés rencontrées par ses concitoyens. S’il a du pouvoir, il pourra alors intervenir en leur faveur ».

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Kaset


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