Édition du
27 July 2017

Algérie, la colonisation recommencée

De l’affaire de la dette russe à l’affaire BRC, en passant par le scandale Khalifa et la razzia du foncier sur le littoral…
Rétrospective d’un article fracassant signé par Lounis Aggoun en 2004. Un article qui nous fait prendre conscience de l’hégémonie retorse d’une oligarchie gouvernante cleptocrate, et de ses multiples collusions politico-mafieuses à l’origine d’un dépeçage systématique des richesses de l’algérie. Un article passionnant comme un thriller politico-mafieux… un article qui aimerait que le vert de l’Algérie ne vire pas au rouge couleur sang… Bonne lecture.
K Brahim

Drapeau DZ
Lounis Aggoun*, Le Croquant, n° 44-45, décembre 2004

1 – Les partenaires « d’exception » de Jacques Chirac

En avril 2004, aussitôt Abdelaziz Bouteflika « réélu » président, Jacques Chirac se rend à Alger pour l’en féliciter et l’inviter à engager entre leurs deux pays un « partenariat d’exception [1] ». Ambition louable s’il s’agissait d’établir entre la France et l’Algérie des rapports de coopération économique, culturelle, touristique ou scientifique sains et bénéfiques pour les deux peuples. Or, il y a supercherie sur l’identité du partenaire, la micro-colonie du Club des pins qui domine et assujettit le pays et qui mène une guerre sans merci au peuple algérien, lequel ne sert que d’alibi à la manœuvre.

Le score de 84 % par lequel les Algériens sont censés avoir désigné Abdelaziz Bouteflika donne la mesure du mépris que le régime leur voue, eux qui le reçoivent partout où il se rend avec des pluies de pierres et des volées d’injures. Aux yeux de l’opinion mondiale, le pouvoir entretient la fiction d’un renouveau. Or, Mohamed-Chérif Messaâdia, l’actuel président du Sénat, était le chef de file de la vieille garde « barbéfélène » jusqu’en 1988 où il fut sacrifié à l’autel de la « démocratisation [2] ». Le ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem, est le promoteur en 1984 du toujours en vigueur Code de la famille qui fait de la femme une chose. Le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, contribua dès 1962 à asseoir le pouvoir absolu de la Sécurité militaire, aux côtés d’Ali Tounsi, actuel chef de la Sécurité intérieure, connu pour avoir été durant la guerre d’indépendance membre du « commando Georges » de sinistre mémoire. Voilà quelques exemples de ces partenaires d’exception de la France, censés incarner la rupture avec le passé, sous la houlette d’Abdelaziz Bouteflika, fossoyeur en 1962 des rêves d’indépendance des Algériens et membre de l’équipe qui poussa – avec force assassinats – à l’exode un million d’Européens et des dizaines de milliers de Harkis. Déchu en 1979, condamné pour vol, il doit son retour en grâce en 1999 au fait qu’il présente aux yeux des vrais détenteurs du pouvoir, Larbi Belkheir, Toufik Mediene, Smaïn Lamari, le profil idéal pour masquer à l’opinion internationale la réalité cruelle d’une dictature féroce, un État terroriste, un sol vandalisé, un pays en voie de démantèlement.

Une économie sinistrée

L’analyse que fait le banquier américain William Byrd [3] de l’économie algérienne susciterait l’épouvante chez n’importe quel diplomate honnête désirant traiter avec l’Algérie. Pour un niveau d’investissement flatteur de 32 % du PIB de 1971 à 2000, les « investissements étrangers sont concentrés dans le seul secteur des hydrocarbures, dans un territoire loin des populations algériennes qui n’en profitent ni en matière d’emploi ni en autres retombées. » Le chômage est estimé à 30 % en 2001, le pire de l’ensemble des pays de la Méditerranée (hormis peut-être la Bosnie-Herzégovine), la réalité étant bien pire que ce que suggèrent ces données officielles fournies par l’OIT et le FMI. L’Algérie ne fonctionne que grâce à l’exportation des hydrocarbures (98 % du montant global) ; « 14 000 sociétés privées assurent l’équivalent de 90 % du volume global des importations du pays et dont la facture oscille entre 13 et 14 milliards de dollars par an [4] » ; tel est le résumé de l’accaparement d’un pays par une minorité parasite. Selon le banquier, « la rente issue du secteur des hydrocarbures a permis la constitution d’une vaste organisation clientéliste informelle opérant sous le couvert des institutions officielles » dont la « fonction fondamentale est de protéger les transactions d’une caste d’opérateurs économiques [.]. Dans cette organisation, les actes de régulation sont trop souvent le fait d’un clan du régime cherchant à entraver l’action d’un concurrent. » Des pseudo-« contrôles sanitaires » ne ciblant que « des importateurs non impliqués dans le système de pouvoir parallèle », des « capacités publiques [.] largement utilisées pour maintenir des positions dominantes sur un certain nombre
de secteurs d’importation », des « impôts sélectifs [évalués] en fonction des relations dans le sérail militaro-sécuritaire et les agents du fisc [qui servent] de vecteurs de destruction des concurrents », des magistrats « relais des clans quand il s’agit d’éliminer juridiquement, voire d’emprisonner, des gestionnaires gênants pour les affaires de ces groupes d’intérêts », voilà quelques exemples de ce qui caractérise l’État algérien, une administration malfaisante, traître à son pays. Cette description d’un État à mettre au ban des nations rend pourtant à peine compte de la réalité d’un pays ravagé, une dépouille sur laquelle s’acharnent, telle une meute de vautours, les multinationales et les mafias politico-militaro-médiatico-affairistes. Nous allons examiner quelques aspects de cette folle mise à sac, dans des secteurs où les 30 millions d’Algériens, responsables présumés de tous les maux, ne peuvent servir d’alibi.

Banques à tiroir ouverts

Tout le monde a en mémoire le méga-scandale Khalifa, qui n’a jusqu’ici fait de victimes que parmi les clients civils de la banque et le Trésor public, devenu propriété privée des réseaux dont Larbi Belkheir, « conseiller à la présidence », est la figure tutélaire [5] . Parrain des institutions du pays, et jouissant de soutiens inconditionnels en France, Larbi Belkheir est à l’abri de toute poursuite ; quant à Moumène Khalifa, le prodigue « golden »-président du groupe, d’innombrables mandats d’arrêts internationaux ne l’empêchent pas de couler des jours tranquilles à Londres. L’épilogue de cette affaire n’est pas prêt d’être rendu, malgré des mises en examen spectaculaires : « L’ex-ministre des Finances Mohamed Terbèche, [.] Abdelmadjid Tebboune et Abdelmadjid Attar, respectivement ex-ministres de l’Habitat et des Ressources en eau, l’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie, Abdelwahab Keramane, [.] l’actuel gouverneur de la Banque d’Algérie (BA), Mohamed Laksaci, et le premier vice-gouverneur, Ali Touati [.], en leur qualité, pour le premier, de gouverneur de la BA durant la période 2003 et, pour le second, en tant qu’ancien responsable du contrôle des changes. [6] »

« Les responsables de ces organismes ont affirmé lors de l’instruction avoir pris la décision de retirer une grande partie de leur trésorerie des banques publiques pour les mettre dans les caisses d’El-Khalifa Bank à la suite d' »une instruction verbale » du ministre de l’Habitat, Abdelmadjid Tebboune [.]. « En contrepartie des dépôts, les responsables d’El-Khalifa Bank
versaient des dessous de table aux dirigeants. » » Ces fonds ont permis notamment à Khalifa TV d’arroser généreusement le PAF (paysage audio-visuel français) et d’acquérir la villa « la plus chère » de Cannes pour abriter des soirées pharaoniques où était convié le gratin du show-business français [7] . « La plus grande escroquerie que le pays a connue et qui a causé au Trésor public la perte sèche de près de 7 milliards de dollars » égrène l’inventaire des délits financiers imaginables : « transferts illégaux d’importantes sommes en devises [.] au profit d’au moins une cinquantaine de personnalités politiques, sportives et culturelles, [.] sommes énormes en devise offertes à travers les cartes Gold à des hautes personnalités de l’État, [dont] des patrons d’importantes institutions publiques ainsi que le frère du président de la République et ancien avocat du groupe Khalifa », salarié à raison d’« un demi-million de dinars par mois ». Les transferts illicites d’El-Khalifa permettent aussi aux frères Bouteflika d’acheter « l’appartement du 182 faubourg Saint-Honoré (Paris 8ème) » et au président de se distraire, puisqu’il « a embrassé Adel Imam en juillet [2003] grâce aux dollars tirés illégalement d’El-Khalifa à la demande de Khalida [Messaoudi] Toumi ». Le président serait intervenu pour que la chanteuse Amel Wahby touche de Khalifa « un chèque en devises de 500 000 euros et un autre en monnaie nationale de 6 millions de dinars », etc. Selon le ministre de la Justice, « de hauts responsables ont été auditionnés dans cette affaire et un seul inculpé a été retenu, à savoir M. Keramane, l’ancien gouverneur de la BA. » [8] Larbi Belkheir & Co. peuvent donc dormir tranquilles.

L’activité bancaire en Algérie est une saga continue d’escroqueries. Entre mille affaires, cette « success-story » à l’algérienne, celle de Ziane Habib « pompiste dans une station d’essence à ses débuts [9] », devenu propriétaire de la Banque générale méditerranéenne, spécialisée dans des activités mafieuses liées au remboursement de la « dette russe », une banque privée sans siège, qui compte dans son personnel Antoine Morot, PDG à son insu (il l’apprend lorsque le scandale
éclate dans la presse), des consultants de choix, El-Hassar Choaïb, vice-gouverneur de la BA et Stambouli Bachir, haut fonctionnaire y travaillant notamment sur la « dette russe ». Ces irrégularités flagrantes n’ont pas empêché Abdelouahab Karamane de signer l’agrément de cette banque, avant d’être promu ministre chargé du Trésor et de la Réforme financière. Mais, plus criant encore, la gestion de « la dette russe » dont s’est spécialisée cette banque donne à elle seule la mesure de la gangrène qui frappe l’État algérien.

C’est en 1992 que la Russie accepte que l’Algérie lui rembourse en nature sa dette militaire de 4 milliards de dollars. C’est alors que « deux puissantes mafias se mettent d’accord », l’une algérienne et l’autre russe, pour se partager ce butin. Ce dossier, traité au plus haut sommet de l’État, présente « des caractéristiques d’une mise à sac en règle du Trésor public algérien. [10] » Et lorsque, après 12 ans de « remboursements », M. Titerenko, ambassadeur de la Fédération de Russie à Alger, s’exprime devant la presse en juin 2004, le montant de la dette qu’il évoque est toujours de « 4 milliards dollars » et il peine à expliquer pourquoi des acteurs non « accrédités » par les mafias russe ou algérienne ne parviennent pas à participer à cette manne.

Une autre affaire, impliquant la Banque commerciale et industrielle d’Algérie (BCIA) [11] cette fois, est tout aussi révélatrice du rôle mafieux dévolu à l’institution bancaire. Prise en flagrant délit d’escroquerie aux dépens d’une succursale de la banque publique BEA pour un montant de quelque 45 millions d’euros (en une transaction), la BCIA serait passée au travers des mailles du filet et pu réitérer l’arnaque à l’infini si le scandale n’avait éclaté. Toutes les institutions contrôlées par la présidence (donc de Larbi Belkheir), Brigade économique et financière, IGF et Présidence, fondent alors sur elle pour la dissoudre en un temps record (un mois). Les bénéficiaires de l’escroquerie ont évidemment eu le temps de migrer avec leur butin vers l’Europe, tandis que les principaux actionnaires de la banque, « la famille Kherroubi » se seraient réfugiés en Espagne, à l’abri des poursuites. Dossier clos !

Les banques publiques sont si souvent victimes de leurs propres directions, pour des sommes faramineuses, que cela en devient la norme [12] . Un lampiste, à l’identité invérifiable, est parfois « arrêté », tandis que les principaux acteurs volent vers la France où leur parviendront les échos ténus de leur jugement par contumace, qui n’aura jamais de suite.

La prévarication atteint un tel degré que tenter de la décrire revient à la sous-estimer [13] . La certitude de l’impunité et telle que les escrocs n’hésitent plus à puiser l’argent dans les caisses du Trésor, sans ménagement. Il suffit par exemple de solliciter un crédit et de ne pas le rembourser, charge ensuite aux gérants de la banque, aux ministres concernés, au président de la République, etc., de pourvoir à la clôture du dossier. « L’investisseur » change de quartier ou de succursale et recommence. Le taux de non-recouvrement des créances dépasse officiellement le taux effarant de 75 % [14] ! Mais, au-delà du gouffre que cela laisse dans les caisses publiques, la pratique n’est que le premier cran d’un enchaînement qui fait de l’activité économique le monopole de mafias « accréditées ». Témoin, cette récente offensive contre le secteur juteux de l’alimentaire : « Les 188 entreprises publiques économiques (EPE) qui activent dans l’agroalimentaire sont plus que jamais condamnées « à s’ouvrir à l’investissement privé », soutiennent des sources autorisées [les privés]. Dans le cas contraire, elles « seront à coup certain éjectées du marché ». [15] » Pourquoi ? « Évoluant dans une branche où la concurrence loyale et déloyale bat son plein, il n’y a pas plusieurs choix de sortie de crise pour ces EPE, mis à part celui « de recourir aux capitaux privés ». » Voilà donc une des méthodes imparables qui créent les conditions propices à l’investissement étranger en Algérie : ruiner le Trésor public pour pouvoir imposer une « concurrence déloyale », puis ruiner les entreprises publiques pour les vouer à la privatisation au profit de joint-ventures réunissant « concurrent déloyaux », barons du régime et investisseurs étrangers « aimant » l’Algérie. Ces entreprises grabataires redeviendront alors bénéficiaires, par le seul « miracle » de la privatisation, en deux temps trois mouvements [16].

Il existe une autre incidence de cette dynamique, plus sournoise : les journaux télévisés français, comme celui de David Pujadas [17] , justifient ce pillage systématique par « le manque de compétence » en Algérie, contribuant ainsi par petites touches à dépeindre le peuple algérien sous des traits peu flatteurs d’incapables, justifiant a posteriori le sort peu enviable qui lui est réservé. Tels sont quelques-uns des ingrédients du « libéralisme » financier algérien. Mais il n’y a pas un secteur qui échappe à cette insatiable razzia.

Razzia sur le foncier

Selon un rapport du CNES, « l’on assiste depuis des décennies à une dilapidation effrénée des terres à haut potentiel économique, notamment dans les régions du Nord. [.] Les prix de cession du domaine public procèdent le plus souvent des mesures accommodantes et des transactions privées qui gardent un caractère confidentiel. » Principaux foyers de cette hémorragie, la Présidence et le ministère de l’Agriculture, ce dernier ayant joui en juillet 2000 d’un budget spécial de modernisation, appelé Plan national de développement agricole (PNDA), d’un demi-milliard d’euros annuellement. Selon Le Soir d’Algérie, cet argent n’a servi qu’« à enrichir une meute de rentiers », dont des proches du ministre de l’Agriculture, Saïd Barkat. Car la principale activité à laquelle celui-ci se consacre consiste à « privatiser » les terres agricoles, pourtant inaliénables. Dans l’algérois, les extorsions s’opèrent à grande échelle, parfois à coups de massacres de villages entiers. Personnage emblématique de cette frénésie, M. Melzi, directeur de SIH (Société d’investissement hôtelier), SSDVA et Club des Pins, trois sociétés immobilières dépendant de la présidence (donc de Larbi Belkheir). Le domaine Bouchaoui, ex-Borgeaud, est
livré à une véritable « orgie » dilapidatrice. Djillali Mehri, propriétaire de Pepsi-Cola-Algérie, Abdelmalek Nourani (wali d’Alger), Brahim Hadjas, PDG Union Agro, filiale d’Union Bank, et combien d’autres hommes derrière lesquels ouvrent dans une sorte d’anonymat ostentatoire Larbi Belkheir et autres généraux, se disputant les ultimes lambeaux de terres agricoles du pays le long du littoral. [18]

« Les investisseurs du Moyen-Orient et du Golfe s’intéressent de près au secteur du tourisme en Algérie. Plusieurs de leurs projets ont été retenus par la Société d’investissement hôtelier (SIH), une société par actions basée à Club des Pins et rattachée directement à la Présidence de la République. Pour les investissements lourds, « les hommes d’affaires étrangers peuvent directement négocier avec la SIH », affirme M. Wardi, responsable [.] au ministère du Tourisme. Une démarche suivie par les investisseurs arabes, le ministère de tutelle étant tenu quasiment à l’écart. Pour preuve, alors que le ministère attend les conclusions de l’étude devant déterminer la nature de l’investissement approprié à la plage Les Dunes, les terres ont déjà été clôturées pour accueillir un gigantesque complexe de l’homme d’affaires libanais Mustapha Hariri, cousin du
Premier ministre Rafik Hariri. [.] Pas loin des Dunes, à Sidi Fredj, le milliardaire émirati Cheikh Hammed prévoit de construire un hôtel cinq étoiles. [.] Un autre Émirati, avons-nous appris, ambitionne d’investir près du complexe de Zéralda. [.] Les Saoudiens ne sont pas en reste. Un important complexe touristique, avec centre commercial, est prévu dans la région de Boumerdès. [19] »

Et pour s’approprier les terres, les prétendants ne font pas dans la dentelle : « Des haies de tôle et de parpaing ont délimité 20 hectares des EAC sur arrêté du wali d’Alger, Abdelmalek Nourani, signé le 19 octobre 2002. Des agents de la résidence Sahel veillent sur la surface reprise, désormais interdite à la production agricole. Melouk Rabah, agriculteur de père en fils, assiste impuissant au grignotage de 3 hectares sur les 12 que compte l’EAC n°59 dont il fait partie [.]. « Il y a deux mois, des agents de la sécurité à Club des Pins, en compagnie d’ouvriers chinois, et assistés par la gendarmerie, sont venus dresser une clôture », témoigne-t-il. Les agriculteurs ignorent tout de l’instruction interministérielle et de l’investissement prévu. Ils ignorent tout de leur avenir, espérant un « retour à la raison » du wali d’Alger. 74 familles sont priées de plier bagage, après indemnisation. Les haies dressées sillonnent les EAC et courent le long de la RN11. L’EAC n°37 a été amputée des cinq sixièmes de sa superficie (5 ha sur 6). À terme, toutes les exploitations disparaîtront pour céder place à un projet d’investissement touristique, qualifié par l’État d' »utilité publique ». « Seuls les routes, écoles, hôpitaux, aéroports peuvent être d’utilité publique », estime un expert. « On m’a pris la quasi-totalité des terres [.] », affirme un vieil agriculteur. Mais ni le plan directeur d’aménagement et d’urbanisme, classant ces assiettes foncières en « zone non urbanisable », ni la loi 87-19 [.] ne peuvent lui être d’un quelconque secours. Dans la cacophonie des textes, le wali délégué de Chéraga, M. Benmansour, a adressé, le 25 décembre 2002, un arrêté à toutes les autorités locales, notamment à la gendarmerie, afin « d’engager les actions nécessaires pour arrêter immédiatement les travaux et la remise en l’état initial des lieux ». En vain. M. Benmansour qualifie la clôture d' »illégale ». Après la vente des villas de Moretti à des particuliers, notamment à des dignitaires du régime, la reprise de Club des Pins par l’État et sa fermeture au public, voici le béton menaçant les 76 hectares qui ont pu jusque-là lui résister. [.] « Ils ont profité de notre crédulité. Le meilleur d’entre nous a un niveau primaire. On ne savait pas ce qu’on signait » » se lamente un agriculteur dépossédé de ses terres [20] .

Ces affairistes du Golfe auraient été sollicités par Abdelaziz Bouteflika et Ali Benflis pour pallier « la frilosité des investisseurs occidentaux ». En effet, pour masquer la mainmise d’une ultra-minorité sur le pays, il importe de la diluer dans une présence étrangère. Les émirs du Golfe sont ainsi des candidats parfaits pour l’univers économique de Larbi Belkheir, parrain discret de ces transferts de propriété : moins regardants sur les principes, ils présentent des profils qui
permettront, le moment venu, de leur reprendre d’une main ce qui leur a été cédé de l’autre. On pourrait pourtant considérer que tout investissement est bon à prendre. Mais ces « investissements » grèvent plus qu’ils ne soulagent les finances algériennes. Il en va ainsi de cet Émirati, ami d’Abdelaziz Bouteflika, Al-Shorafa, un escroc notoire [21] , impliqué dans les plus grands scandales de ces dix dernières années. L’ambition qu’affichait sa société United Easter Group (UEG) était pourtant digne d’un plan Marshall : « Procéder à la construction d’une nouvelle aérogare à Alger et restructurer l’aéroport international, rénover les ports d’Alger et de Djendjen, construire des logements en coopération avec la CNEP, rénover le réseau de raccordement des eaux, améliorer la qualité de couverture en électricité, procéder à l’acheminement des produits
dérivés du pétrole ». Au final, ses relevés de compte montrent que « trois ans après l’ouverture de ses bureaux en Algérie, Al-Shorafa possédait moins de 100 dollars en banque. » Et lorsque les banques publiques refusent de lui accorder des prêts, « des ordres venus directement de la présidence [les] contraignent à débourser l’argent demandé », fonds qui « n’aident même pas au démarrage du plus simple projet ».

Durant l’été 2003, la presse [22] publie des dossiers accablants de spoliations par les plus hauts sphères de l’État. Le ministère des Affaire étrangères a été dépouillé de son patrimoine foncier, Abdelaziz Bouteflika se taillant un part de lion avec, parmi « quatre villas, plusieurs appartements et des immeubles appartenant à la Présidence », la villa Ali-Chérif de 9000 m2, boulevard Mohamed Bouagara. Achetée en 1991 à 20 DA (soit 0,20 €) le m2, sa valeur est aujourd’hui estimée à 5 millions d’euros. Autres bénéficiaires de ce dépeçage méthodique, Ahmed Ouyahia (a acheté au dinar symbolique une villa cédée par l’ambassade de Yougoslavie), Ahmed Attaf (une villa près de l’ambassade des USA qui a coûté 5 milliards de centimes à l’État), Ahmed-Taleb Ibrahimi et nombre d’autres « personnalités », les cessions se faisant souvent « sur interventions
personnelles de Larbi Belkheir, sur simple coup de téléphone, et Mohamed Betchine. » Ces spoliations ont, comme chaque fois, une cascade d’incidences fâcheuses : en reprenant ces résidences des mains des missions diplomatiques étrangères, les ambassades d’Algérie dans les pays correspondants sont maintenant obligées de louer à prix d’or les locaux qu’elles occupaient jadis gracieusement. L’opposition assiste à cette razzia dans une quasi-indifférence. Ahmed Ouyahia, chef du RND, quant à lui « ne demande pas seulement la vente des terres, mais plus encore, il milite pour leur privatisation [23] ». Bouteflika le nomme derechef Premier ministre !

Razzia sur les ressources naturelles

Sonatrach incarne la dernière présence algérienne dans le Sahara. Quelque contrôlée que soit cette société, son personnel algérien constitue un témoin gênant contre les spoliations à grande échelle qui s’y déroulent. Un témoin dont les dirigeants algériens n’ont eu de cesse de vouloir se débarrasser. En plaçant un malade en phase terminale de cancer comme PDG de Sonatrach, le ministre de l’Énergie et des mines Chakib Khelil garde la mainmise sur cette société, vouée selon lui à la privatisation, et préside à son démembrement. Tandis qu’il prépare les textes et travaille au corps l’APN pour faire adopter une loi sur les hydrocarbures, Nouredine Boukrouh, ministre de la Participation et de la coordination des réformes, assure la pédagogie du dossier : « Les Algériens, dit-il, interprètent mal la notion de privatisation et croient qu’elle est le contraire de la nationalisation. Il faut la démystifier et la désacraliser. Ce n’est qu’une modalité et non un idéal. Il faut également bannir les attitudes frileuses et éviter les prismes idéologiques. [.] La privatisation est la seule voie possible. L’État ne peut plus supporter les lourdes charges liées à l’assainissement des entreprises déficitaires [24] ». Cette société qui doit dégager des bénéfices colossaux serait donc simplement. déficitaire. Mais, à y regarder de près, on constate que le « déficit » de Sonatrach est inscrit dans le cahier des charges de ses dirigeants, qui s’évertuent à la ruiner, au bénéfice de sociétés privées, telle Brown Root&Condor (BRC, filiale du groupe Haliburton, anciennement dirigé par Dick Cheyney), qui croule sous les contrats tous plus douteux les uns que les autres, après avoir « fait faillite à travers plusieurs pays. Elle s’est installée [.] avec la bénédiction de Chakib Khelil, qui lui a offert le premier contrat, avec une participation de Sonatrach à 50 %, pour financer un projet de construction de logements Cnep qui n’a pas jusqu’à aujourd’hui vu le jour. » Parmi les innombrables arnaques où la Sonatrach est chargée en bout de course de régler la facture, celle de « deux tourelles construites par l’entrepreneur Chabani, ami de Belkheir, en difficulté de paiement, [qui] a offert de les vendre. » Des opérateurs, telle la CAAR à 250 milliards de centimes, ont refusé le prix fixé par Chabani ; elles seront finalement acquises le double par Sonatrach, transaction opérée avec Chakib Khelil, dans l’illégalité la plus absolue. « Achetées en l’état à 420 000 DA le m2, elles nécessiteront 320 000 DA le m2 pour leur finition (contrat confié à BRC, évidemment), pour un coût total de 740 000 DA le m2, soit plus de dix fois le prix réel. [25] »

« BRC a pu intervenir sur le projet d’Aïn-Oussera puis à construire, pour le ministère de la Défense, deux hôpitaux militaires à Oran et à Constantine, ainsi que deux ensembles sportifs et des logements. » C’est aussi BRC qui réalise l’extension de la piste de l’aéroport de Tamanrasset pour permettre l’atterrissage de gros porteurs américains [26] . Spécialisée dans l’engineering, BRC est rapidement devenue en Algérie une société qui fait tout : pétrole, béton, transport
aérien, services. Et si BRC peut saigner à ce point la Sonatrach, c’est qu’elle sait redistribuer ses prébendes : « BRC, c’est une poule aux oufs d’or autour de laquelle tourne beaucoup de monde : les amis de Chakib Khelil, bien sûr, le clan du président [Bouteflika], évidemment, mais aussi une société aérienne privée [Aigle Azur], des dirigeants de l’UGTA, d’honorables responsables militaires, des pontes du FLN, le fils de Zerhouni, des ministres. [.] Moumène Ould-Kaddour [patron de BRC] mène une vie de Pacha, [.] et passe ses soirées et ses week-ends au Sheraton [.], en famille avec Chakib Khelil et Réda Hemche », directeur de la cellule sponsoring de Sonatrach et consultant à la BRC. Les factures du Sheraton seraient effrayantes, « mais c’est Sonatrach qui paye [27] ».

Le budget sponsoring de Sonatrach est colossal. S’il sert pour l’essentiel à payer les factures laissées par les ministres dans les hôtels de luxe parisiens, à seconder le groupe Khalifa pour arroser les médias français et le monde du show-business dans le cadre de l’Année de l’Algérie en France, etc., les journaux algériens ne sont pas délaissés. Et lorsque Sonatrach y achète à répétition des doubles pages [28] , c’est pour vanter les mérites. de la loi sur les hydrocarbures ! Les arguments de Chakib Khelil sont entendus : « préserver l’intérêt de la nation [29] », jurera-t-il : « Le seul objectif sera de créer de la richesse pour la collectivité nationale dont l’État est l’émanation, et il n’est question ni de privatisation, ni de restructuration, ni de démembrement de Sonatrach dans la nouvelle loi des hydrocarbures. Non seulement les acquis des travailleurs seront maintenus, mais nous travaillons toujours à améliorer leurs conditions de travail et à créer de nouveaux postes de travail. Je demande à tous les travailleurs, chacun à son poste, de redoubler d’effort et de m’aider à atteindre cet objectif pour le bien-être de tous les citoyens de notre cher pays. » En guise de bien-être, il y a, selon Inès Chahinez, celui de « Chakib Khelil et Réda Hemche par exemple, [occupés à] dilapider 10 milliards par mois en pots-de-vin politiques ; ou, plus grossier mais plus gracieux, comme Khalida Toumi qui distribue individuellement aux artistes des chèques de 500 000 dinars » pour en faire des VRP de Bouteflika.

Les arguments faussement « nationalistes » de Chakib Khelil ne bernent personne, pas même Abdelmadjid Sidi-Saïd, le chef de l’UGTA, qui, devant l’énormité du sacrifice à bénir, se braque en déclarant que « la démarche entreprise par les autorités du pays, afin de confier la gestion du secteur des hydrocarbures aux multinationales étrangères, est dictée exclusivement de l’étranger ». Il décrit « la tentative de vendre les richesses pétrolières du pays comme un acte de haute trahison envers la nation » et affirme que « si nous sommes dans cette situation, c’est parce que nos gouvernants son vendus [30] ». Démagogie ? Lors de son passage à Alger, fin 2002, le Secrétaire d’État américain au Commerce, Marc Bodman s’est autorisé de dire : « Il faut que cette loi [sur les hydrocarbures] soit adoptée ». Face à la fronde, Chakib Khelil fait mine de renoncer au projet, pour mieux revenir à la charge en septembre 2004, une fois Bouteflika réélu, et constater « qu’il n’est pas normal, du point de vue économique, de continuer d’obliger le groupe Sonatrach à s’occuper de projets qu’il estime non rentables comme le transport par canalisations. [31] » On voit mal ce qui, « du point de vue économique », peut pousser des
investisseurs privés à reprendre à la Sonatrach ces projets « non rentables », sinon pour ôter aux Algériens tout moyen de contrôle sur les volumes « transportés ».

Bref, que cela passe par la cannibalisation du marché de l’importation, par le pillage des banques, par l’accaparement de la rente pétrolière, par la spoliation des domaines publics, par la dilapidation des biens et des entreprises publiques ou par quelque activité lucrative que ce soit, seule la loi du milieu compte et les bénéficiaires se recensent parmi un noyau dur aux effectifs réduits : Larbi Belkheir, Toufik Mediene, Smaïn Lamari, disposant d’un vivier inépuisable de prête-noms, secondés par des hommes dénués de scrupules, qu’ils aient pour nom Bouteflika, Khelil, Benachenhou, Ouyahia, Barkat, Temmar, Zerhouni, Tounsi, ou autre, pour concrétiser sous couvert des institutions les pires prédations.

Tels sont les principaux « partenaires » algériens du « partenariat d’exception » que projette Jacques Chirac avec l’Algérie. Un partenariat avec la micro-colonie du Club des pins, un État malfaisant, qui livre son pays au dépeçage foncier, financier, social, économique, culturel. Car, les 30 millions d’Algériens ne sont évoqués dans les discussions bilatérales que pour trouver les moyens de les empêcher de grossir les rangs des « clandestins » en France, et pour ceux qui y sont déjà, de les renvoyer en Algérie sans créer de vagues. Pour ceux-là, le partenariat d’exception s’apparente à celui du racketteur avec des rackettés : ou ils se taisent et meurent en silence, ou ce sera encore pire pour eux [32] , les recours auprès de qui ils peuvent se tourner étant eux-mêmes receleurs du racket, une bonne part de la manne détournée alimentant les alliés étrangers de ce dépeçage méthodique, des personnalités politiques, médiatiques, diplomatiques, du monde financier, policier, d’institutions internationales, etc.

Nous l’avons vu, si la caution judiciaire est souhaitable pour cette rapine, elle n’est pas une nécessité absolue : un simple barbelé et des gendarmes suffisent à tenir en respect les paysans spoliés sur le littoral algérois. Le Sahara présente quant à lui un double inconvénient. Le rapt des ressources naturelles exige un cadre législatif explicite et cette vaste étendue est difficile à contrôler. Le ministre des Finances Abdelatif Benachenhou et celui de l’Énergie et des mines Chakib Khelil s’emploient à faire adopter (au nom des Algériens) les lois qui font perdre aux Algériens la souveraineté sur le Sahara. Quant à la sécurisation de ce territoire, qui de mieux alors pour y veiller que le gendarme du monde par excellence : les États-Unis d’Amérique ?

2 – Le Sahara, terre de repli pour Al-Qaëda, ou substitut du Golfe pour les USA

Moins de quatre semaines séparent les violents attentats à Nairobi et Dar-Essalam, revendiqués par Al-Qaëda, et la naissance du GSPC le 14 septembre 1998. À l’instar du GIA, les objectifs du GSPC sont flous, ses fatwas seront diffusées via des canaux douteux, les messages de ses leaders ne seront jamais filmés, ses chefs seront désignés dans l’opacité – mais la presse, qui ne disposera que des portraits robots, même pour les « anciens » officiers de l’ANP, sera avisée de ses moindres secrets -, il ne pratiquera jamais l’attentat suicide, son action favorisera toujours les desseins du régime, etc. Il y a aussi un vaste faisceau de faits troublants qui conduisent à conclure que le GSPC est, comme le GIA et les escadrons de la mort, une création du DRS.

Le virage obligé du « terrorisme algérien »

Après les massacres de masse de 1997, et les soupçons qui se précisent sur le rôle prépondérant joué par le DRS dans le terrorisme algérien, l’opinion mondiale exige l’envoi à Alger d’une commission d’enquête. En vain, mais il est alors devenu difficile pour les généraux de poursuivre leur oeuvre barbare. Or, sans terrorisme, l’Algérie doit retrouver le chemin du droit, perspective proscrite pour le régime et ses alliés étrangers, qui craignent de devoir un jour s’expliquer devant les tribunaux internationaux. Si le GIA et ses émirs sanguinaires doivent disparaître, le terrorisme, lui, doit perdurer. Et c’est à cet instant précis que Hassan Hattab annonce la création du GSPC. Ce passage de témoin s’accompagne d’un nouveau mode opératoire : le GSPC se fera plus discret que le GIA et s’exportera désormais vers l’Occident, avant que la conjoncture ne lui permettre en 2004 un retour au pays, où il pourra de nouveau sévir sans crainte de commissions d’enquêtes impromptues.

L’Algérie est tenue aux plans interne par la violence et externe grâce au soutien de la France. Le talon d’Achille de cette collusion tient à cela que la France ne souhaite pas raviver les plaies de 132 ans de colonisation et que le pouvoir algérien s’évertue à faire oublier qu’il en est le prolongement depuis 1962. Mais l’intrusion d’un troisième acteur va consolider cette alliance boiteuse. Le 11 septembre 2001 a en effet bouleversé tous les ordres sur la planète et William Burns, Secrétaire d’État américain chargé du Moyen-Orient, considère désormais que « l’Amérique a tout à apprendre de l’Algérie sur la façon de lutter contre le terrorisme [33] ». Une bénédiction pour les promoteurs en chefs du « terrorisme islamiste » ouvrant à la présidence algérienne. C’est Abdelaziz Bouteflika qui convaincra les USA de s’intéresser à l’Algérie, riche en
hydrocarbures [34] et d’une position géographique avantageuse. S’est alors rapidement établie une synergie « intelligente », une alliance imparable, combinant puissance et cynisme américains, influence et science de la manipulation françaises et, côté généraux algériens, emprise sur l’État doublée d’une haine sans bornes pour l’Algérie et sa population. Mais la gestation de ce «ménage à trois » prédateur ne s’est pas fait sans quelques tâtonnements.

Le GSPC, nouveau visage du terrorisme algérien

Pour le politologue Jean-Michel Salgon, la naissance du GSPC et l’étrange publicité dont il jouit dans les médias traduisent autant des « recompositions durables au sein de la mouvance armée islamiste » qu’« une évolution dans la stratégie de communication mise en place par le pouvoir [35] ». Il évoque ainsi, dès la création du GSPC, « des rumeurs persistantes [faisant] état de manipulations échafaudées par les services spéciaux algériens, qui bénéficiaient d’agents infiltrés au sein du mouvement. La présence d’ancien militaires et de gendarmes déserteurs au sein des cercles dirigeants est de nature à entretenir de telles rumeurs. Abi Abdelaziz, alias Okacha, un parachutiste [.] et Saïfi Amara, alias Abderrazak al-Para, l’émir des maquis des Aurès, sont les plus réputés de ces déserteurs. »

Si la filiation d’Abderrazak al-Para avec le DRS est initialement de nature organique, son action ultérieure ne fera que confirmer le soupçon qu’il n’en a, en fait, jamais quitté les rangs : À la fin de la décennie 1990, il écume impunément les maquis de l’est du pays, où il exerce un racket permanent sur une contrebande florissante à la frontière tunisienne [36]. C’est dans ce secteur qu’il enlève le 4 juillet 2001 [37] le sénateur Mohamed Boudiar, trafiquant notoire, avocat de
profession. Boudiar attendra le 26 juillet pour retrouver la liberté, contre une forte rançon. Curieusement, deux richissimes « hommes d’affaires » locaux, enlevés avec lui, sont immédiatement relâchés. La « curiosité » est que l’un d’eux, Nacer Ben Amor, est beau-frère du commandant du DRS de Tébessa, et qu’il en est déjà à sa troisième évasion rocambolesque des griffes de ce « redoutable terroriste » censé lui mener une guerre sans merci. Telle est en substance l’action du GSPC, combinée pour l’essentiel à des actes de sabotage de l’économie, servant les desseins des affairistes proches du Club des pins et mettant au chômage des centaines de milliers d’Algériens. Sabotages à relativiser d’ailleurs puisque, comme l’affirme Jean-Michel Salgon, « la politique de libéralisation, adoptée par les différents gouvernements depuis 1992, a été, sans commune mesure, plus dévastatrice pour le tissu économique local ».

C’est le 4 janvier 2003 qu’Abderrazak al-Para et le GSPC défraient les chroniques mondiales, suite à une attaque terroriste dans la région de Batna, où une cinquantaine de soldats, pour la plupart appelés du contingent, trouvent la mort. S’appuyant sur des « sources officielles », les médias avancent que les « liens avec l’organisation de Ben Laden ont été confirmés lorsque l’armée a éliminé en septembre, lors d’un accrochage dans les Aurès, [Imad] Ibn El-Wahid, Yéménite qui aurait été l’envoyé du Saoudien au Maghreb et au Sahel. [38] » Cet épisode laissera perplexes tous les observateurs : « Comment Ben Laden et ses tristes compères n’ont pas lancé d’offensive sur l’Algérie ? » durant la décennie 1990 s’interroge-t-on, tandis que le plus qu’informé journaliste El-Kadi Ihsane [39] se demande si le GSPC est plus une façon de « plaire à l’Amérique [que de] rechercher notre paix ». En effet, l’attentat coïncide avec la campagne de séduction de la présidence algérienne envers l’administration américaine, laquelle convoite de plus en plus le riche sous-sol saharien. « Plus rien n’est venu depuis étayer cette piste [dénoncée] par l’ANP [concernant] Imad Ibn El-Wahid », signale El-Kadi Ihsane, mais qu’importe puisque « l’assimilation du GSPC à Al-Qaïda a glissé imperceptiblement dans les moeurs d’écriture de la presse nationale et bientôt étrangère » du conditionnel à l’affirmatif.

Ce carnage semble conçu pour consigner une trace de sang attestant de la migration du GSPC vers le Sahara. Abderrazak al-Para « écume » depuis le désert, y faisant planer une menace terroriste plus virtuelle que réelle, sa présence ne perturbant en rien la ruée vers l’or noir : jamais un mètre de pipeline n’a explosé [40] , jamais un expatrié n’a été effrayé, jamais un attentat n’a été perpétré contre une installation, ni une menace proférée contre la sécurité du personnel étranger. Ses actes se résumeront à une tentative présumée de détournement du Dakar en 2002 – sur la foi d’informations conjointes des services algériens et français, invérifiables par conséquent -, et par l’étrange rapt en 2003 de trente-deux touristes européens, relâchés finalement à l’automne. contre une forte rançon. Un rapt qui tombe à pic pour justifier l’implantation des USA dans le Sahel, sur invitation pressante des généraux algériens.

Imbroglio touristo-terroriste

Lorsque dix-sept touristes sont libérés le 13 mai 2003 par l’armée algérienne, officiellement suite à « un bref assaut au cours duquel des précautions ont été prises pour préserver la vie des otages [41] », et qui aurait fait neuf morts parmi les preneurs d’otages, divers témoignages sérieux attestent qu’« il n’y a pas eu d’assaut et encore moins de victimes parmi les ravisseurs, qui auraient volontairement laissé partir leurs prisonniers vers le commando de l’armée algérienne. » Cette thèse sera confirmée par une table ronde sur la chaîne allemande NTV [42] .

Restent quinze otages, dont la libération est annoncée chaque fois comme « imminente », et qui donne lieu à un feuilleton burlesque. Prise en défaut, l’Algérie accepte que les Allemands participent aux recherches (qui seront vaines [43] ). Mais ceux-ci privilégient les négociations avec les ravisseurs, et la médiation de la Libye. À Vienne puis au Parlement européen, Bouteflika indique qu’il laisse « une porte ouverte » aux ravisseurs. En guise de porte, il s’agit de Tripoli, où « le président algérien s’est rendu, durant 7 heures, auprès [de] Muammar Kadhafi, le 15 mai dernier, lors d’une visite à bord d’un Glam comprenant une délégation réduite, dont des officiers du DRS, et qui n’a pas été annoncée officiellement », déplacement qui « visait à préparer une éventuelle retraite des ravisseurs dans le sanctuaire libyen [44] ». Durant ce périple, où Abdelaziz Bouteflika joue le VRP d’Al-Para, un soin méticuleux est mis par chacun pour dédramatiser l’affaire. Lorsque l’une des touristes meurt, on assure qu’il ne s’agit que des suites d’une insolation et l’on explique que si les otages tardent à être libérés, c’est par manque de canal de communication. Joignant le geste ridicule à l’exposé absurde, l’armée affecte alors « un hélicoptère pour jeter des milliers de bouts de papiers portant des messages écrits [indiquant] que « les autorités sont prêtes à laisser partir l’ensemble des ravisseurs à la condition que les 15 otages soient libérés dans les plus brefs délais sains et saufs ». » Et là, miracle, « les forces de sécurité ont été surprises de recevoir une réponse écrite du groupe, transmise par un nomade » qui aurait « rencontré un homme encagoulé [45] [.] qui lui a remis le message écrit ». Les ravisseurs se déclarent « prêts à négocier leur retraite à condition que des garanties pour leur
sécurité leur soient données ». Tout cela côtoie une documentation foisonnante où « des sources sécuritaires indiquent que Belmokhtar possède un téléphone satellite avec lequel il aurait pu entrer en contact avec les… Allemands [46] ».

Les incohérences sont innombrables, et inexplicable la mansuétude du GSPC envers ses otages, à un moment où l’actualité est secouée par l’explosion de la synagogue de Djerba, celle des deux restaurants juifs au Maroc, la recrudescence des attentats en Arabie Saoudite, la guerre qui fait rage en Irak et les assauts meurtriers de Tsaal dans la Bande de Gaza. Mais ce qui surprend encore plus, c’est l’effarante frilosité des médias occidentaux face à un rapt qui devrait semer l’effroi. Une fois les otages libérés, l’affaire est oubliée, nul documentaire, nulle enquête, comme sous le coup d’une injonction immanente. Et, avec une telle complaisance, les plus improbables des impostures sont permises. C’est en tout cas à cet instant précis que l’on apprend que « Washington veut installer une base militaire en Algérie ». Pourquoi ?

Les « fruits » du rapt des Européens

Début janvier 2004, la presse annonce le démantèlement par l’armée algérienne d’un réseau d’approvisionnement en armes du GSPC. L’armement, acheté selon elle avec la rançon de la libération des otages, « est constitué de 17 armes collectives (mortiers, mitrailleuses et lance-roquettes), 220 armes légères dont 190 pistolets-mitrailleurs Kalachnikov (PMK), des fusils
à lunette et pistolets automatiques, des équipements de liaison dont 11 téléphones cellulaires Thuraya ainsi qu’un important lot de munitions », un arsenal et des quantités qui, estiment les officiels américains, « dépassent les capacités de l’armée malienne ». De leur côté, « dénonçant ce qu’ils qualifient de « laxisme » des autorités maliennes, des experts sécuritaires algériens considèrent cette région comme un no man’s land au portes de l’Algérie, [.] une véritable « zone franche » ouverte à toutes sortes de trafics, notamment d’armes [47] . »

« Se basant sur des renseignements des services algériens, des responsables du Pentagone de la lutte contre le terrorisme évoquaient la présence dans cette région d’un groupe armé [.] qui serait directement lié au réseau terroriste d’Oussama ben Laden ». Selon le général Charles F. Wald, commandant en chef adjoint des forces américaines en Europe : « Après avoir été chassée de ses sanctuaires habituels, notamment en Afghanistan, Al-Qaëda voudrait se tourner vers l’Afrique. » Pour l’en empêcher, les Américains estiment que « la coopération engagée par Washington avec quatre autres États riverains du Sahara – Mali, Mauritanie, Niger et Tchad – peut leur permettre de faire face à l’insécurité inhérente à l’impossibilité de contrôler leur désert commun ». C’est le début de l’Initiative Pan-Sahel (PSI). « Le vice-ministre de la Défense des États-Unis, M. Paul Wolfowitz [.] affirmait que le PSI et l’initiative antiterroriste en Afrique de l’Est sont des éléments clés des efforts que mènent les États-Unis dans ce domaine sur le continent africain. [.] Mais pour ce faire, les États-Unis auraient besoin de l’appui des pays rompus à la lutte contre le terrorisme tel que l’Algérie, un partenaire vital pour la réussite de ce
programme dans la région. »

Ce conditionnement est donc le fruit de l’intense « coopération bilatérale » entre Washington et Alger. On perçoit d’emblée l’intérêt de Washington, mais pas celui d’Alger, que l’argent n’intéresse pas, les 7 millions de dollars de ce plan PSI étant dérisoires devant les contrats dont elle gratifie à tour de bras les multinationales. Ce qui intéresse le régime algérien, c’est l’appui politique et, surtout, militaire, avec l’octroi d’une license to kill [48] . Et à ce titre, « selon un récent rapport de la commission de défense du Congrès américain, l’Algérie a acquis pour 500 millions de dollars d’équipements, notamment ceux relatifs à la vision nocturne. » Cette intrusion US dans la région, pour combattre le GSPC d’Al-Para, justifie que la France lance une offensive pour protéger son pré carré. La collaboration jadis honteuse avec les généraux algériens peut maintenant s’afficher à visage découvert : L’annonce par Jacques Chirac du « partenariat d’exception » se traduit après seulement quelques semaines de visites à Alger de ses ministres par la signature de contrats se montant à 2 milliards de dollars [49] , pour des projets tels que des systèmes de surveillance de la frontière, c’est-à-dire des pertes sèches pour les 30 millions d’Algériens, qui financent donc les instruments de leur propre asservissement. En cédant la souveraineté
algérienne sur ses ressources et sur ses frontières, les généraux obtiennent cette contrepartie., que les USA serviront de rempart contre les velléités d’indépendance du peuple algérien. Du grand art.

La « bévue américaine »

Le 12 mars, appuyée par un avion de reconnaissance américain, l’armée tchadienne accroche un commando terroriste. La bataille aurait duré trois jours et fait une vingtaine de victimes dans les rangs du GSPC et une soixante parmi ses adversaires. Le groupe terroriste parvient à repousser l’assaut avant de chercher refuge dans les montagnes du Tibesti, au Tchad, en rangs dispersés. C’est là que l’armée rebelle du MDJT (Mouvement pour la démocratie et le justice au Tchad) les arrête. La « bévue » est que, Al-Para arrêté, l’édifice complexe qui impose l’implantation des USA dans le Sahel risque de s’effondrer. D’autant que l’opposition tchadienne qui le détient échappe à l’influence de cette coalition sahélo-occidentale, ce qui exclut un règlement discret de l’affaire. Pourtant, ayant réussi à identifier Abderrazak Al-Para, le MDJT se déclare prêt à le remettre
entre les mains de toute instance intéressée. Mais, curieusement, aucun pays ne s’empresse à réclamer le « redoutable terroriste ».

Les réticences des pays du Sahel à mettre fin à l’aventure GSPC, pour ne pas compromettre l’aide américaine, sont compréhensibles. Mais qu’en est-il de l’Algérie, qui pourrait obtenir là le n° 2 présumé du GSPC et montrer au monde que le pays se normalise et que le terrorisme est en voie d’être jugulé ? Qu’en est-il des USA déterminés, selon le credo de Georges Bush, à aller « chercher les terroristes où ils se trouvent » ? Richard Erdman, ambassadeur américain à Alger, considère que le GSPC est « une organisation terroriste étrangère recherchée pour des actes criminels ». Or, explique-t-il, cette qualité d’« étrangère » interdit aux États-Unis de chercher à le récupérer. Fort de ce prétexte de respect de la légalité internationale, le 17 juin, le porte-parole du département d’État américain, Richard Boucher, se lave les mains : « Al-Para et ses complices doivent être remis aux autorités algériennes dans les meilleurs délais afin d’être jugés sur la base des charges qui pèsent contre lui ». Exit la traque de l’allié d’Al-Qaëda en Afrique, et les éventuelles « charges qui pèsent sur lui » sont du ressort des Algériens ; à eux donc de « régler » l’épineuse question ! Sauf que l’Algérie ne se montre pas plus disposée à le récupérer. Six mois après son arrestation, Abderrazak el-Para est toujours dans les montagnes du Tibesti. Comment expliquer ce « désintérêt » général ? Si, comme tout l’indique, il est agent du DRS en mission officielle, son jugement par la justice internationale placerait le pouvoir algérien dans une position délicate et anéantirait le prétexte qui lui permet, avec le soutien franco-américain, de spolier les Algériens du vaste territoire saharien.

Mais, si le DRS n’entreprend rien pour le récupérer par des moyens transparents, il ne ménage aucun effort par des voies détournées. Une fois, il est parvenu à convaincre l’un des chefs locaux du MDJT de le lui remettre en douce. L’opération a été bâclée par la précipitation à annoncer, le 2 juin 2004, par le canal RFI de Richard Labévière, un prétendu échange du chef terroriste avec le GSPC contre une rançon « de 200 000 euros ». Comprenant le rôle d’allié d’Al-Qaëda que les services algériens veulent leur faire endosser, les chefs du MDJT parviennent in extremis à récupérer Al-Para. Une seconde fois, c’est Mouammar Kadhafi qui offre encore de servir de médiateur entre le MDJT et les Allemands. Cela s’est soldé par la liquidation des deux otages remis aux Libyens. Suspicieux, le MDJT a prudemment exclu du voyage Al-Para, qui devait initialement en faire partie. Cela lui vaut d’échapper au même sort.

En septembre 2004, conforté par un reportage diffusé dans Envoyé spécial [50] montrant un « Ben Laden du Sahara » fort sympathique, le ministre de l’Intérieur Zerhouni semble tourner la page [51] . Pour justifier le désintérêt que portent les États impliqués envers Al-Para, le quotidien algérien l’Expression réécrit l’histoire pour le blanchir de toute collusion avec « l’envoyé d’Al-Qaëda dans la région sahélo-maghrébine ». Ayant en 2001 pris « attache avec Mokhtar Belmokhtar, l’émir du GSPC pour la région sud, [Ibn El-Wahid] se dirige vers le maquis de l’Est algérien, Tébessa Batna et Jijel, où il tente d’entrer en contact avec Hassan Hattab. Des sources sécuritaires algériennes [.] affirment que cette rencontre avait été sans cesse retardée par les tergiversations d’Amari Saïfi dit Abderrezak al-Para, numéro deux du GSPC. [52] » Bref, les « tergiversations » d’Al-Para le disculpent de toute liaison avec Oussama Ben Laden. Mokhtar Belmokhtar le remplace dans ce rôle vénal et revêt le rôle de menace d’implantation d’Al-Qaëda dans le Sahel. La propagande du DRS se charge ensuite de lui faire suivre le cheminement initiatique habituel. Activant jusqu’ici à la frontière malienne, sur la piste de contrebande dite « Marlboro [53] », on le fait remonter au Nord où il se rappelle au bon souvenir des médias par une « sanglante embuscade aux portes du désert [54] », avec les communiqués contradictoires convenus qui sont la signature du DRS, avant de migrer vers le Sud : « Depuis l’aventure d’Abderrezak Al-Para et des 32 touristes enlevés dans le Sahara, Mokhtar Belmokhtar aurait rejoint les tribus rebelles du nord du Mali et du Niger, où il compte de solides appuis. » Et c’est reparti pour un tour !

3 – Le Club des pins ou la dictature terminale

Pour mettre fin à la dictature, l’opposition algérienne a longtemps compté sur le soutien de la France, patrie des droits de l’homme. Au sortir de la décennie 1990, elle découvre consternée que le mécanisme s’est enrayé et la logique inversée. Loin de soutenir les démocrates, la France constitue l’allié le plus imperturbable pour la dictature algérienne, tenue par un mélange froid de chantage au terrorisme et de corruption. La démocratie en Algérie attendra, pour l’éternité s’il le faut, pour voiler les compromissions honteuses de la France officielle et pour éviter la disgrâce à bon nombre de ses plus hauts responsables ; le destin des trente millions d’Algériens n’entre dès lors même plus en ligne de compte.

En 2004, l’Algérie est clivée en deux entités inconciliables : celle des Algériens qui se révoltent, qu’on assassine, qu’on torture, qu’on déporte, des charniers qu’on « découvre », des scandales qu’on étouffe, du terrorisme qui repart pour un tour, des épidémies qui en chassent d’autres, du chômage qui fait tache d’huile, des grèves qui s’enlisent, de l’insécurité qui se répand, de la délinquance qui se généralise, de la loi de la jungle qui s’institue, des horizons qui se ferment, bref, du chaos qui s’instaure. De l’autre côté, il y a l’Algérie de la cohorte du Club des pins, opulente, prodigue, en proie à une diplomatie frénétique, accueillant avec force publicité des chefs d’États occidentaux, les représentants des institutions mondiales et promulguant à l’envi les textes pour trouver des complices puissants à ce pouvoir sans partage. Entre les deux, s’est insinuée une composante internationale, étrange amalgame entre multinationales, intérêts stratégiques américains, terroristes douteux, diplomatie post-11-septembre, comme un bouclier protecteur de la dictature, qui rend vaine toute velléité pour les Algériens de reprendre en main par des voies pacifiques les instruments de leur libération.

L’Algérie écartelée

Lorsque, en 1997, l’opinion internationale longtemps anesthésiée se réveille enfin et réclame de connaître la vérité sur le drame algérien, la dictature commence à tanguer. Celle-ci réagit rapidement en commissionnant ses relais occidentaux pour étouffer la grogne, puis entreprend de recadrer sa politique : finis les massacres à grande échelle tels ceux de Raïs, Bentalha ou Relizane ; « le terrorisme islamiste algérien » entre dans sa phase subtile. Il s’est d’abord agi de redonner au régime des généraux une nouvelle légitimité. Pour cela, la communication sur l’Algérie mobilisera des sommes colossales et se déclinera en deux campagnes agressives : d’une part, l’Algérie des Algériens, celle des gueux, menaçante, grouillante, envahissante, terroriste, qui ne mérite donc aucune pitié, aucune merci ; de l’autre, l’Algérie des fêtes fastueuses et des contrats juteux, l’Algérie du Club des pins aux richesses infinies, qui veut les partager avec tous ceux qui en exprimeraient le désir.

À l’automne 2002, avec des « experts » attitrés (Antoine Sfeir, Roland Jacquard, Xavier Raufer [55] , Jean-Louis Bruguière [56] , Frédéric Encel.) commence une campagne sans précédent qui va faire déferler sur la France et, partant, sur l’Europe et le monde, une vague de terreur diffuse. La menace terroriste islamiste est dépeinte sous une forme nouvelle, insaisissable, globale, « virtuelle » presque. Dans ce discours, l’islam autoriserait ses guerriers à renoncer pour les besoins de leur combat aux prescriptions religieuses et aux attributs objectifs qui les identifiaient jusqu’alors (port de la barbe, particularités alimentaires et vestimentaires, etc.). Aussitôt après, comme pour rendre le péril consistant, des menaces d’attentats se multiplient : Le 11 janvier 2003, la police découvre une bonbonne de gaz dans la mosquée du Sacré Cour (sans explosif ni système de mise à feu). Le 21 janvier, le journal de France 2 montre à Londres un personnage trouble muni d’un sac rempli de fausses cartes d’identité censé attester du laxisme des Britanniques à l’égard des islamistes. Le 25 janvier, Thierry Hardisson reçoit dans son émission Tout le monde en parle, pour annoncer la sortie imminente d’un livre, Mohamed Sifaoui qui affirme : « Je ne voudrais pas être alarmiste, je ne voudrais pas que les Français sortent en soupçonnant tous les Maghrébins, mais la technique d’Al-Qaëda est de perpétrer un acte de grande envergure tous les deux ans. Il y en a eu en 2001, nous sommes en 2003 ». Le 27 janvier, David Pujadas annonce un « document exceptionnel » dans l’émission Complément d’enquête du lendemain, où une des journalistes de la rédaction, Florence Bouquillat, et Mohamed Sifaoui ont réussi « à infiltrer une cellule d’Al-Qaëda, en plein cour de Paris », supplantant à eux seuls les services secrets du monde entier. Le « document exceptionnel » se révélera une grossière manipulation (Florence Bouquillat affirmera dans Arrêt sur images, sur
France 5, que ce présumé agent d’Al-Qaëda a accepté de répondre à ses questions pour manipuler France 2 et diffuser son « message ». Sifaoui a quant à lui manipulé les présumés terroristes en se faisant passer pour un candidat au djihad islamiste. Mais France 2, qui s’était engagée à préserver l’anonymat des « terroristes », découvre deux jours avant la diffusion du
reportage que Sifaoui – qui écumera depuis les plateaux de télévision – l’avait manipulée et sortait un ouvrage dit « d’enquête » sur l’affaire [57] , où les identités sont divulguées, ce qui leur vaut une rafle en règle et une immédiate incarcération.

Le 17 mars 2003, la police « trouve » deux fioles dans une consigne, Gare de Lyon, avec des traces de ricine. Les attentats contre les synagogues se multiplient, comme à Garges-les-Gonesses le 28 mars. Cette campagne se déroule tandis que s’opèrent en France, en Angleterre, en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Belgique, en Suède, des arrestations de dizaines d’Algériens, présumés appartenant à la mouvance GSPC. Rien n’est négligé pour frapper les esprits : des traces de ricine, des combinaisons BMC, caractéristique de la manipulation d’armes biologiques et chimiques, sont trouvées sur les lieux. Des « preuves » d’attentats en préparation contre les intérêts occidentaux, américains en particulier, sont mises au jour. Des « preuves » de l’existence d’une « filière algéro-tchétchène [58] » (TF1 diffuse un reportage montrant l’entraînement en Tchétchénie de commandos « d’Algériens ») s’apprêtant à entrer en action épaissit l’atmosphère de crainte. Les « intellectuels médiatiques » ne sont pas en reste et BHL aura ainsi l’occasion de vomir son couplet, ravivant la mémoire du match de football France-Algérie : « Honte, colère encore, face aux salopards qui, aujourd’hui, brûlent les synagogues et qui, hier, saccageaient des stades de foot et sifflaient la Marseillaise [59] . » Chaque fois, des désoeuvrés sont arrêtés et, affirmera-t-on, les commanditaires ont pris le large. Si les portes « sous scellés » sont curieusement laissées ouvertes pour toute télévision qui veut rendre compte de ces opérations spectaculaires, les médias sont systématiquement absents lorsque, quelques semaines plus tard, les personnes arrêtées sont relâchées en catimini avec force non-lieu. Ce sera la gigantesque bavure de l’arrestation du jeune bagagiste de Roissy, livré au lynchage médiatique comme l’étalon de la nouvelle donne terroriste islamiste, qui forcera la presse à un peu de réserve. L’idée d’une « filière algéro-tchétchène » fera long feu au printemps 2003, mais qu’importe puisque la campagne a eu l’effet escompté, faire apparaître tout algérien comme un terroriste potentiel, et s’il boit de l’alcool c’est peut-être porteur d’un danger encore plus grand, puisque masqué, témoignant de la sophistication de la menace.

Qu’importe aussi puisque cette campagne visant à jeter l’opprobre sur les Algériens ordinaires va se doubler d’une autre, chargée de montrer d’eux une autre catégorie, fréquentable celle-là. Et, comme toujours, c’est en France que se donne le La. Pour réussir, le régime algérien va simplement déverser des flots d’argent pour s’acheter une opinion internationale sur mesure, en mobilisant tout ce que la France compte comme pouvoir médiatique.

Blanchiment d’État terroriste

Il a suffi en 1998 d’une émission de télévision sur Arte, de deux intellectuels, BHL et Gluksman, de quelques politiques, Jacques Lang, Jean-Pierre Chevènement, Charles Pasqua, etc., pour mettre fin à un mouvement positif d’opinion français qui aurait pu engager l’Algérie sur les voies du renouveau démocratique et qui aurait mis fin à la dictature des généraux. C’est dire l’efficacité conjuguée de toutes les télévisions françaises, de quasi tous les journaux influents, de tout le monde du show-business, de la finance, etc. Pour s’adjuger le soutien de ces faiseurs d’opinion, de l’argent coulera comme l’eau d’un robinet ; en échange ? Rien, seulement d’accepter de paraître en compagnie des officiels algériens et de participer à leur promotion.

Un an plus tard, le méga-goupe Khalifa vole en éclat, dévoilant les spoliations de dimension ahurissante qu’il a couvertes, ruinant des dizaines de milliers d’Algériens et causant un trou de 7 milliards de dollars dans leur Trésor public. Mais qu’importe encore puisque cette campagne a anéanti toute opposition et réduit au silence tout le pays. Au sortir de l’année 2003, l’opinion française, et donc mondiale, s’est fait sa religion sur l’Algérie : il y a d’une part ceux qui sont du côté du « Bien », le Club des pins, qui offre richesse et sécurité, et de l’autre le « Mal », les Algériens ordinaires, tout juste bons à perturber le déroulement serein de l’amitié franco-algérienne et à propager le terrorisme dans le monde [60] . Avec le renfort des Américains, sûrs du soutien inconditionnel de la France, les généraux réactivent « le terrorisme islamiste » et remettent en scelle Abdelaziz Bouteflika, qui lance alors une campagne planétaire pour trouver des alliés étrangers à la micro-colonie du Club des pins.

La gestion du chaos

Le pouvoir algérien ne consent d’« avancée » que dans la mesure où elle contribue à consolider la micro-colonie du Club des pins. Cette dynamique d’infimes évolutions dans un mouvement d’ensemble en franche régression, cette spirale qui plonge le pays dans des abysses de plus en plus profondes, semble inexorable. L’aventure « armée » pour l’indépendance est inconcevable, quant on sait avec quelle facilité la révolte islamiste a été récupérée par le régime et à quel point les maquis algériens pullulent déjà d’officiers du DRS. Tous ceux qui peuvent, par des moyens pacifiques, contrarier cette descente aux enfers se voient quant à eux offrir les cadres individuels qui les neutralisent, des cadres alliant bénéfices, sécurité et même bonne conscience. Ayant disqualifié toute opposition crédible, le régime secrète la sienne, un savant dosage de « courants », conservateurs, modernistes, arabo-baâthistes, berbéristes, islamistes, féministes, se neutralisant les uns les autres, bloquant toutes les « réformes audacieuses » que le président voudra initier, lequel apparaît comme butant contre les lourdeurs d’un pays et d’un système sclérosés dont il est lui-même l’adversaire acharné, dans une mise en abîme étourdissante. Pourquoi alors s’encombrer d’une opposition lorsque Bouteflika joue si bien ce rôle dans ce théâtre immonde ?

Parmi mille exemples de cette gestion « intelligente », les sujets les plus brûlants, la torture, les Pieds noirs, les Harkis, la réconciliation, sont débattus, à condition de rester dans les rails. Que faire alors, pour les opposants, les intellectuels ? Refuser ce présent, sachant que si on leur permet d’évoquer les tortures d’hier, c’est pour mieux masquer les tortures d’aujourd’hui, que si l’on reconnaît les spoliations dont ont été victimes les Pieds noirs en 1962, c’est pour mieux
occulter celles plus criantes encore dont sont victimes les 30 millions d’Algériens aujourd’hui ? Ou s’engouffrer dans la moindre brèche qui s’ouvre, quitte à ce que cet opportunisme serve les desseins de la dictature ? Il n’est pas sûr que beaucoup se posent même la question. La carte « juive » en une autre, jouée à fond par Abdelaziz Bouteflika. Il invite Enrico Macias pour une tournée politique en Algérie. Il suffira ensuite à Larbi Belkheir d’activer l’aile rétrograde de l’APN et à sa tête Abdelaziz Belkhadem (gratifié aussitôt après du poste de ministre des Affaires étrangères) pour mettre fin aux rêves de pèlerinage de l’artiste. Ce faisant, le régime gagne sur les deux tableaux : il donne l’impression de vouloir le changement et montre que c’est la société qui impose ses lourdeurs, une société indigne donc de pitié. Puis ce sont une dizaine de journalistes qui se rendent en Israël. Là encore la manipulation est grossière, mais combien efficace ! Car il est difficile d’imaginer parelle initiative qui n’ait pas eu l’aval de Larbi Belkheir. Ils sont pourtant accueillis à leur retour avec une virulence inouïe, dénoncés comme « traîtres à la cause arabe ». Plus récemment, c’est l’APN qu’on active pour amender la loi sur la nationalité. L’objectif n’échappe à personne, et l’intention pourrait être louable, si seulement cela n’entrait pas dans ce cadre malsain, celui où, la citoyenneté des Algériens ayant été réduite à néant, réintégrer les Pieds noirs dans la leur vise bien davantage à compenser le manque d’enthousiasme des compagnies étrangères à s’implanter dans le Nord algérien et à attirer les foudres « nationalistes », donc méprisables, sur ceux qui accepteraient ce cadeau empoisonné
de colonisation déguisée.

Abolition de la peine de mort, harcèlement sexuel, blanchiment d’argent, Code de la famille, sont discutés à l’APN. 15 000 juges à recruter, avec à la clé d’importantes augmentations de salaire, 39 395 prisonniers graciés en trois ans, les anciens élus du FIS licenciés en 1991 réintégrés dans leur travail, un terreau intarissable de terroristes qui demandent miséricorde au régime (qui pourra vouer les uns à la mort, les autres à entretenir la menace dans leur voisinage ou encore à repeupler les maquis, moyennant salaire), 14 nouveaux généraux et généraux-majors nommés. Après avoir fait sienne l’intégralité du pouvoir politique, économique, financier et médiatique en Algérie, Larbi Belkheir se tisse peu à peu une nouvelle colonisation de peuplement à sa mesure. Pour tenir les Algériens en respect, 89 avions achetés en moins de trois ans à la Russie, des appareils de vision nocturne achetés aux Américains, des avions achetés à l’Espagne, de l’armement acheté à la France, dissimulé derrière un « accord-cadre en matière de défense » qui se prête peu à discussion, un Centre d’Alger sur le terrorisme. Pendant que le régime étoffe ainsi sa colonie, et sachant la guerre civile inévitable, il en nourrit par petites doses les ferments, pour pouvoir le moment venu la piloter vers les pistes qu’il lui aura balisées.

Les ferments de la guerre civile ? Spoliations, violence, drogue, famine, insalubrité, chômage, pannes d’électricité, pénurie d’eau, torture, emprisonnements sommaires, etc., sont les instruments de la discorde permanente. Plus inattendu encore, laissant deviner les ressources infinies des laboratoires du DRS : Réagissant à une pseudo-campagne de « prosélytisme
chrétien » en Kabylie, Bouabdallah Ghlamallah, le ministre des Affaires religieuses, annonce que cette situation augure d’une guerre fratricide entre les deux communautés religieuses : « Il y aura effusion de sang ! ». Pour certains, l’évangélisation de la Kabylie, qui concernerait « 30 % de la population », constitue « une menace » [61] , mais le risque dépasse largement le seul cadre de la Kabylie puisque des églises existent dans toutes les régions d’Algérie. Ce qui manquait dans le paysage culturel algérien, c’était une guerre. entre Musulmans et Chrétiens, sur fond d’opposition culturelle berbéro-arabe. C’est maintenant imminent.

La colonie recommencée

Ce régime abominable concerne au maximum une cinquantaine de milliers d’individus, l’essentiel du pouvoir étant détenu par quelques dizaines de personnes. Cette ultra-minorité possède, comme nous l’avons vu, toute l’Algérie. Géographiquement, elle est localisée dans un triangle de quelques kilomètres carrés : l’Ouest algérois, la Mitidja, les villas officielles, les principaux ministères et la Présidence, l’aéroport d’Alger et quelques hôtels où s’agglutinent les délégations étrangères et le Sahara, où les Algériens sont indésirables, territoire maintenu désormais sous l’oeil scrutateur des USA.

Quels ressorts peuvent animer ces hommes pour vouer ainsi leur pays aux gémonies ? Bien sûr la soif de pouvoir, la volonté d’éviter le TPI tant ils ont commis d’horreurs. Mais il y a une raison plus fondamentale encore, qui rend possibles toutes ces autres. Il y a ce mépris et cette absence de considération pour les algériens, qu’ils considèrent comme des infra-humains. Ces « notables », tel Larbi Belkheir [62] , issus pour l’essentiel de la bourgeoisie de l’époque de la
colonisation française, des familles de nantis, de caïds, de bachaghas, vouaient déjà une haine profonde pour le petit peuple. Haine qu’ils ont eu plusieurs décennies pour cultiver et exacerber, ce petit peuple ne les ayant jamais adoptés ni estimés. « Je tuerai deux millions d’Algériens pour rétablir l’ordre », disait Smaïn Lamari, avant de lancer un « programme » génocidaire dont le pays n’est pas encore sorti. « Quand des journalistes viennent en visite ici, ils n’arrivent pas à croire
qu’il s’agisse de l’Algérie [63] », se vante Khaled Nezzar devant un journaliste américain, parlant de son immense villa du Paradou sur les hauteurs de Hydra. Bouteflika dira des Kabyles qu’ils sont « des nains », et des arabophones qu’ils méritent la punition divine du tremblement de terre et des inondations parce qu’ils sont « des Arabes sales ». Les généraux ont la hantise que les étrangers les assimilent à des Algériens, leur quartier à l’Algérie. Ils n’auront de cesse que lorsque le pays aura cessé d’exister sous se contours actuels. C’est cette haine pour le peuple algérien, pour sa culture, ses langues, ses contours géographiques, qui explique cette furie destructrice qui ne cessera pas tant qu’ils sont aux commandes. De ce pays, tout ce qui les intéresse, ce sont ses ressources et la couverture qu’il leur offre au travers de ses institutions « souveraines », l’abri qu’il leur permet contre toute ingérence étrangère qui n’ait pas pour finalité de les renforcer.

Le 1er novembre 2004, 50 ans après avoir décidé de briser les chaînes de l’asservissement, les Algériens se réveillent plus loin l’indépendance que jamais. La presse égrène les infos d’une « recolonisation » inexorable de leur pays. Un ministre annonce ici « que l’Algérie compte 1 209 entreprises éligibles à la privatisation ». Là, à tours de bras, la Sonatrach rétrocède aux compagnies étrangères ses prérogatives tandis que Chakib Khelil assure celles-ci « de l’appui de
l’administration pour faire aboutir leurs projets [64] ». Pour parer au « déficit en encadrement dans l’université algérienne, 600 enseignants étrangers » sont sollicités, un comble, au moment même où Xavier Darcos évalue à 214 000 les « cadres algériens à exercer en Europe et aux États-Unis dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique ». « Après le mouvement qui a touché le corps de l’armée, les walis puis les magistrats, c’est au tour des chefs de daïra. Pas moins de 245 [.] seront en effet concernés. » Alors que la tenue prochaine d’« une nouvelle conférence sur le terrorisme » est annoncée [65] , le dossier des familles de disparus du terrorisme d’État se règle sur la route de la présidence algérienne à coup de « ratonnades » [66] . Pendant que le régime pousse dans ses retranchements la jeunesse algérienne, qu’il lui laisse l’exil pour seule issue, se multiplient en Méditerranée des manoeuvres conjointes avec la France, l’Otan, l’Espagne, les USA, etc. La Police organise quant à elle « à Maghnia un stage national de formation sur la lutte contre l’immigration clandestine avec la participation de cadres de la police française. » L’objectif, dira l’un d’eux, est « de partager nos expériences et nos erreurs afin de contribuer efficacement dans la lutte contre ce fléau qui prend des proportions alarmantes ». Réunis à Florence dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et l’immigration illégale, les ministres de l’Intérieur du G5 (Italie, Allemagne, France, Grande-Bretagne et Espagne) envisagent de créer « des centres d’accueil en Afrique du Nord » destinés à « filtrer les candidats à l’entrée en Europe [67] », ce qui, selon un représentant français, « reviendrait à recréer Sangatte et la ligne Maginot avec des effets pervers, notamment des éventuels recrutements terroristes, des dérives mafieuses et des trafics dont les premières victimes seraient ces populations défavorisées ». Sur un tout autre chapitre, le ministre algérien des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem déclare que « la guerre [avec le Maroc] est une option que l’Algérie ne retient que dans le cas d’une violation de ses frontières [68] », ce qui équivaut à annoncer que l’option est à l’étude.

Les Algériens sont cernés, comme dans une chasse à cour. Le scénario est ficelé, la distribution des rôles achevée. Aux USA la force et la dissuasion, à la France la couverture diplomatique, à la presse française la caution par l’omerta, au DRS de briser les reins aux Algériens. Combien de temps ces derniers accepteront-ils de jouer les lapins de garenne ? C’est la seule incertitude qui demeure ! Car pour le reste, il ne doivent plus compter que sur leurs ressources internes, dans un combat libérateur qui sera de toute façon très dur.

*Lounis Aggoun, journaliste indépendant, a été pendant de longues années un militant pour les droits de l’homme en Algérie.

[1] Sur ce sujet et pour des analyses développées sur tous les autres, consulter le site incontournable sur l’Algérie : http://www.algeria-watch.org
[2] Lounis Aggoun, Jean-Baptiste Rivoire, Crimes et mensonges d’États, La Découverte, 2004.
[3] William Byrd, Confluences Méditerranée – N°45 Printemps 2003.
[4] Selon le ministre du Commerce, cité par El-Watan, 1er septembre 2004.
[5] Lounis Aggoun, Jean-Baptiste Rivoire, Crimes et mensonges d’États, La Découverte, 2004.
[6] El-Watan, 12 septembre 2004.
[7] L’Express, 17 juillet 2003, Le Quotidien d’Oran, 13 juillet 2003.
[8] El-Watan, 12 septembre 2004, Le Jeune Indépendant, 7 octobre 2004 ; Le Matin, 2, 8, 17 juillet 2003.
[9] Le Soir d’Algérie, 2 août, 4 septembre, 2 octobre, 5 novembre 2001 ; Le Soir d’Algérie, 26 juin 2003.
[10] El-Watan, 12 juin 2004.
[11] L’Expression, 16 juillet 2003, Le Matin, 9 juin 2003, Liberté, 24 août 2003.
[12] CPA de Constantine : détournement par deux de ses agents de 17 millions d’anciens francs français. BADR de Bechar : directeur régional impliqué dans un détournement pour un montant de 400 millions de centimes. Affaire des chèques certifiés sans provision dans cinq agences de la BEA de Sig et d’Oran : préjudice de 200 milliards de centimes. Affaires des chèques falsifiés de l’agence de Khemisti de la BEA : préjudice de 806 millions de centimes. Affaire des 4 milliards de la Recette de Bouteldja : Le jour de son départ en France, l’un des inculpés « était escorté par des individus armés en compagnie de certains notables dans un Mercedes noire, jusqu’à l’aéroport. » Etc. Voir notamment Le Quotidien d’Oran, 3 juillet 2001 ; L’Authentique, 13 juillet 2000 ; Le Soir d’Algérie, 31 juillet 2001 ; Le Soir d’Algérie, 8 septembre 2001 ; Le Matin, 10 juillet 2003.
[13] La Banque mondiale sur le développement dans le monde publie en septembre 2004 un rapport selon lequel « 75 % des entreprises algériennes versent des pots-de-vin ». El-Watan, 2 octobre 2004
[14] Le Soir d’Algérie, 26 juin 2003.
[15] Le Quotidien d’Oran, 12 septembre 2004.
[16] Le méga-groupe de sidérurgie d’El-Hadjar, après avoir été acheté pour une bouchée de pain au groupe indien Ispat, a retrouvé une santé et un dynamisme spectaculaires en continuant à fonctionner avec le même personnel. Seule mesure d’importance prise par les dirigeants indiens : interdire l’absentéisme. Sa production contrariant les circuits d’importation de métaux « irradiés » d’Ukraine, contrôlés par « deux généraux en retraite », l’usine a été entravée durant l’an 2001 par. une pénurie d’électricité. El-Watan, 5 juillet 2003.
[17] Journal de 20 heures, David Pujadas, France 2, 12 juillet 2004.
[18] El-Watan, 12 juin 2004. Voir aussi notamment Algeria Interface, 29 novembre 2002.
[19] Le Matin, 23 janvier, 5 février 2003.
[20] C’est de la sorte que les premiers colons ont acquis en 1832 leurs terres. « L’intendant Genty de Bussy « utilisa des biens sous séquestre dont l’État n’avait pas la propriété ». [.] Sur le plan administratif, Clauzel favorise l’acquisition des terres à grande échelle par des Européens. « On profitait de ce que les conceptions juridiques des acheteurs et des vendeurs étaient dissemblables, voire inconciliables : on confondait astucieusement propriété et usufruit, et cela particulièrement [pour] les biens des communautés religieuses, et par définition inaliénables. Il se créa une véritable mafia, des « bandes noires » qui organisaient la spoliation. On voyait un membre du tribunal correctionnel substituer dans la traduction d’un acte le mot « vente » au mot « loyer » : ainsi, le vendeur touchait-il pour prix total de la transaction ce qu’il croyait n’être que le premier terme du loyer ». François Maspero, L’Honneur de Saint-Arnaud, Seuil, coll. « Points », Paris, 1995, p. 86.
[21] Le Matin, 5 février, 24 septembre 2003.
[22] El-Khabar, 10 août 2003 ; Le Matin, 11 août 2003.
[23] Le Jeune indépendant, 4 novembre 2002.
[24] Le Soir d’Algérie, 6 juin 2001 et 25 août 2001.
[25] 7400 euros le m2. Le Matin, 7 août, 11 août, 13 août 2003.
[26] Le Point, cité par François-Xavier Verschave, Billets d’Afrique et d’ailleurs, n° 126 – juin 2004.
[27] Le Matin, 10 août 2003.
[28] Le Matin, 11 octobre 2001, 14 octobre 2004.
[29] Chakib Khelil, Le Matin, 11 octobre, 14 octobre 2001.
[30] Le Matin, 19 mai 2003.
[31] La Tribune, 6 septembre 2004.
[32] « Les Algériens sont des citoyens gâtés », dira notamment le ministre des Finances Abdelatif Benachenhou, en septembre 2004. El-Watan, 29 septembre 2004.
[33] Cette « science » algérienne trouve un pendant en Irak : torture d’Abou Ghraïb, camps de regroupement dans le désert, état d’urgence propice à un État fantoche, émergence et promotion médiatique de terroristes « islamistes » de même étoffe que Djamal Zitouni, ultra-barbares, le pilonnage des civils étant justifié par les nécessités de la traque d’Abou Moussaab Al-Zarkaoui, substitut commode à l’insaisissable Ben Laden.
[34] C’est Liamine Zeroual qui, en 1996, pour s’émanciper de l’influence française et de son soutien aveugle aux éradicateurs, avait initié les Américains au pétrole algérien. Zeroual éliminé, ce sont ses adversaires qui profiteront de cette relation, qui constituera une carte de poids dans leur chantage vis-à-vis de la France.
[35] Jean-Michel Salgon, Stratégies et manipulations, « Algérie, les nouveaux islamistes », Les Cahiers de l’Orient, n° 62, 2ème trimestre 2001.
[36] Cocottes de ciment, friperie, drogue, armes. Autre trafic juteux, contrôlé par le gang dit des « Magenta », « en référence à un quartier en Italie habité par des Algériens spécialisés dans le vol de voitures de grosse cylindrées. « Pour ce genre de transactions, les contrebandiers donnent [3000 euros], à partager entre douaniers, policiers et garde-frontières, pour introduire quatre véhicules de ce genre ». El-Watan, 6 août 2001.
[37] El-Watan, 1er novembre 2001.
[38] Le Point, 10 janvier 2003.
[39] Le Quotidien d’Oran, 28 novembre 2002, 7 janvier 2003, 18 mai 2003.
[40] Cet apparent « aveuglement » des groupes terroristes est à mettre en rapport avec celui du FLN durant la période 1959-1962, où le gouvernement français « a « acheté » la neutralité du FLN pour qu’il n’attaque pas les gazoducs et oléoducs permettant d’évacuer vers la côte le gaz naturel et le pétrole du Sahara, selon des révélations du représentant du gouvernement français à Alger Paul Delouvrier. » Le Monde, 17 octobre 2004.
[41] Communiqué de l’ANP, 15 mai 2003.
[42] El-Watan, 20 mai 2003.
[43] Il est facile de ne pas trouver lorsqu’on sait où il ne faut pas chercher. Pour compliquer les recherches, d’ailleurs, les otages sont annoncés une fois à la frontière malienne, une autre à la frontière libyenne.
[44] Le Quotidien d’Oran, 24 juin, 7 juillet, 8 juillet, 27 juillet 2003. Le Matin, 26 juin 2003, 7 juillet 2003.
[45] On comprendra d’autant moins pourquoi il était encagoulé que les touristes reviendront tous bientôt chez eux avec des souvenirs de leur captivité, posant avec les ravisseurs, dont Abderrazak al-Para en personne.
[46] El-Watan, 17 juillet 2003, Le Quotidien d’Oran, 27 juillet 2003.
[47] Le Quotidien d’Oran, 3 février 2004 ; Le Jeune Indépendant, 17 février, 9 mars 2004.
[48] Le Quotidien d’Oran, 19 décembre 2001.
[49] L’Expression 23 août 2004.
[50] Patrick Forrestier, Envoyé spécial, France 2, 9 septembre 2004.
[51] Le ministre de l’Intérieur Yazid Zerhouni affirme qu’Al-Para « représente un intérêt réduit du point de vue de la lutte antiterroriste du fait qu’il a quitté le pays depuis une année ». El-Watan, 14 septembre 2004.
[52] L’Expression, 29 septembre 2004.
[53] Le Quotidien d’Oran, 21 juillet 2003.
[54] L’Expression, 19 septembre 2004.
[55] « Hormis quelques chercheurs du CNRS, personne ne pense aujourd’hui que l’islam n’est pas un danger », dira Xavier Raufer dans C dans l’air, sur France 5, jeudi 28 novembre 2002.
[56] Est-ce pour lancer une autre campagne que Jean-Louis Bruguière déclare : « Nous avons stoppé, fin 2002, une tentative d’attentat majeur qui affectait probablement le métro parisien, [et] d’autres cibles, avec une arme chimique nouvelle. [.] Si nous n’avions pas réussi à agir et à démonter ce réseau [.], je pense qu’il y aurait eu, en France, plus de morts qu’à Madrid » ? Ce sur quoi la « Direction générale de la police nationale s’avoue « plutôt embarrassée. [.] Il dit ce qu’il veut, il est libre de ses propos. » » Le Canard enchaîné, 9 octobre 2004.
[57] Mohamed Sifaoui, Mes frères assassins. Comment j’ai infiltré une cellule d’Al-Qaida, Le Cherche Midi, Paris, 2003.
[58] Peu de journalistes s’aventurant en Tchétchénie, tout peut donc en être dit sans risque de contredit.
[59] « Le Bloc-notes de Bernard-Henry Lévy », Le Point, 25 avril-1er mai 2002, cité par Jade Lindgaard, Xavier de la Porte, Le B.A.BA du BHL, enquête sur le plus grand intellectuel français, La Découverte, 2004.
[60] Le match de football France-Algérie, en octobre 2001, qui s’est terminé par l’envahissement du terrain, est emblématique de ces deux Algérie ultra-médiatisées, l’une qui s’amuse, l’autre qui perturbe.
[61] L’Expression, 14 juin, El-Watan, 26-27 juillet 2004.
[62] « Le président : « Comment n’avez-vous pas fait des représentations au capitaine ? » (à propos de l’ordre d’assassinat). Bel Kheir (un caïd) : « Des représentations au Sultan ! Je n’aurais peut-être pas passé la nuit ! » Le Président : « Le capitaine se permettait donc de faire passer des hommes par les armes ? » Bel Kheir : « Oh ! oui. Douze exécutions ont été faits à ma connaissance ; j’en parle savamment et je puis vous citer tous les noms » ». Cet échange cité par Michel Cornaton dans son ouvrage consacrés aux camps de regroupement de la guerre d’Algérie atteste d’une continuité entre ce Caïd Bel Kheir de 1856 et Larbi Belkheir de l’Algérie d’aujourd’hui.
[63] Adam Shatz, The New York Times Book Review, 18 juillet 2003.
[64] El-Watan, 27 septembre, 16 octobre, Liberté, 26 septembre, Le Soir d’Algérie, 28 septembre 2004.
[65] Colloque qui mettra les fomentateurs du terrorisme du DRS dans cette position privilégiée de connaître les dispositifs antiterroristes mis en place à l’échelle mondiale, de sorte à avoir toute latitude pour les contourner.
[66] Communique de l’Observatoire de défense des droits humains en Algérie, 5 octobre 2004.
[67] AFP, 17 octobre 2004.
[68] El-Watan, 3 octobre 2004, Le Quotidien d’Oran, 3 octobre 2004, Liberté, 30 septembre 2004.
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Le Croquant n° 44-45 : Algérie, Soleil noir, 1954-2004
Sommaire
Editorial : La guerre d’Algérie, une guerre sans fin
Mohammed Dib, Jacques Berque : Algérie, soleil noir
Jean Sénac : Je riais
Abdelhamid Laghouati : A Jean Sénac
El-Hassar Benali : Parce que c’est une femme : entretien avec Kateb Yacine
Chronologie
Entretien avec Mohammed Harbi
Mohammed Harbi : deux portraits
Benjamin Stora : Algérie d’une guerre à l’autre
Kebir M. Memmi : Abd-el-Kader : l’homme inattendu
Michel Cornaton : Les trois guerres
Documents :
Robert Bonnaud : La paix des Nemenchas
Mouloud Féraoun : Janvier 1957, Journal
Michel Cornaton : Les camps après la guerre
Michel Cornaton : Aux Pères blancs
Paul Gravillon : L’homme au cheval
Gilbert Meynier : Le FLN algérien : 1954-1962
Françoise Zerrouki : Rencontre 1953
Bruno Etienne : Amnésie, amnistie, anamnèse : amène Algérie
Gilberte Tallaron : L’Algérie avec Jean
L’Eglise et la guerre d’Algérie
Jean Mollard : Torture : l’indignation facile
Pierre Gilbert : Postface
Lounis Aggoun : La colonisation recommencée
Hélie de St-Marc : Une triste fin
Bernard Gerland : Ma guerre d’Algérie
Farida Hammani : Secrets de femmes et de sages-femmes
Fiches bibliographiques
Viva Laljérie de Nadr Moknèche
Le soleil assassiné d’Abdelkrim Bahloul
Exits de Tony Gatlif
Filmographie
Communiqué Comité Justice pour l’Algérie
Le Croquant : Georges Oudot et Maurice Parant


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