Édition du
29 March 2017

Religieux ou politique ?

par Yazid HADDAR
On se souviendra longtemps de l’ex-premier ministre Abdelaziz Belkhadem. On lui doit entre autres la fermeture de 2700 cafés, bars et autres lieux de sédition. Les femmes se souviendront longtemps de lui pour avoir fait voter, en 1984, le Code de la famille algérienne, faisant ainsi régresser les droits de la femme au moment-même où les tunisiennes jouissaient d’une plus grande liberté. De mémoire, c’est le seul premier ministre à s’être vêtu d’une gandoura lors d’une conférence de presse ! Confond-il politique et religion lorsqu’il dit : « La Constitution de l’Algérie est le Coran ! » . Cette phrase nous renvoie à un souvenir des années quatre-vingt-dix, tristement célèbre et suffisamment douloureux pour qu’on ne s’y attarde pas ici. Tant d’autres indices montrent que les choix politiques de Monsieur Belkhadem étaient imprégnés d’un zèle religieux qui le poussait parfois à prendre des décisions arbitraires, sans réflexion rationnelle. Est-il parvenu à mêler dogmatisme religieux et nationalisme dans l’exercice politique actuel ?

La séparation de la religion et du pouvoir politique n’est pas clairement définie dans notre Constitution et ce sujet reste un vrai tabou. Nous n’avons pourtant pas besoin d’une longue réflexion pour dire que la religion doit être séparée de l’exercice du pouvoir. La laïcité est le pilier d’une république qui doit être basée sur la citoyenneté et non sur la fidélité à une religion. La religion, comme nous l’avons déjà écrit à plusieurs reprises, est de l’ordre personnel. Peut-on légiférer selon la conviction personnelle ?

La laïcité n’est pas synonyme d’athéisme, idée indûment répandue dans notre société algérienne. Au contraire, elle garantie à tout individu la liberté de pensée et du choix de vie. Elle permet qu’aucun courant dogmatique, religieux, politique ou autre, ne soit imposé aux citoyens. Elle permet en outre d’ancrer une vertu cardinale de la République : la tolérance.

La tolérance ne doit pas rester qu’une idée énoncée dans les textes. Elle n’a de légitimité pleine et durable que si elle s’applique réellement aux individus. La tolérance n’a de vertu que si elle ouvre à l’autre. Elle est faible si elle consiste à mettre en pratique la négation de l’autre. Ses valeurs ne sont concevables sans séparation du religieux et du politique. Dans un système laïc, il n’y a de place ni pour la haine, ni pour la violence, ni pour l’injustice car nous sommes tous égaux devant la loi. L’expérience tunisienne, syrienne et turque doit être suffisamment étudiée pour choisir la société dans laquelle nous souhaitons vivre dans les années à venir. Pour renforcer les valeurs et les institutions républicaines, nous devons non seulement œuvrer pour renforcer la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et juridique, mais aussi pour garantir l’indépendance des médias et du pouvoir financier.

C’est seulement lorsque la séparation de ces pouvoirs sera effective que nous pourrons parler de république. Or, à l’heure actuelle, ces conditions ne sont toujours pas réunies. En effet, les institutions étatiques demeurent fragilisées par des pratiques archaïques qui malheureusement se généralisent. Cet état de fait peut être à l’origine de l’anarchie omniprésente qui se situe au niveau de l’individu et de la société tout entière. Il est alors urgent de stabiliser les institutions et de se conformer à la loi constitutionnelle. Pour ce faire, il faudrait revoir en premier lieu le contenu des livres scolaires et du système éducatif…


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