Édition du
24 July 2017

Lampedusa, l'île italienne où affluent les migrants

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Mercredi 06 août 2008 – Face aux arrivées massives, l’île s’organise et réclame de l’aide. 1 200 migrants, surtout africains, y ont débarqué au cours des derniers jours.

L’Italie, qui a déclaré, fin juillet, l’état d’urgence sur l’ensemble de son territoire pour l’immigration clandestine, doit faire face à un pic d’arrivées sur l’île de Lampedusa, située à l’extrême sud de l’Europe.

11 % de femmes

« Je suis arrivé à Lampedusa jeudi dernier, après une traversée de deux jours sur une embarcation bondée, transportant 250 personnes. C’est l’aboutissement d’un voyage de deux ans », raconte Mehari, un Érythréen âgé de 26 ans, dans la cour du centre de premier accueil des réfugiés de la petite île italienne. Autour de lui, devant le bâtiment réservé aux hommes, des dizaines d’immigrants originaires, en grande partie, d’Afrique subsaharienne (Éthiopie, Somalie, Soudan…), sont assis contre un mur ou allongés sur des matelas en mousse verte, une serviette parfois nouée autour de la tête pour se protéger du soleil.
Centre Rétention Lampedusa
Le centre de rétention de Lampedusa, sur un îlot italien proche de l’Afrique, ne peut plus accueillir tous les migrants, surtout africains, qui cherchent à gagner l’Europe. : AFP

Porte de l’Europe située à 200 km des côtes libyennes, Lampedusa doit faire face à un nombre toujours croissant d’arrivées de clandestins (dont 11 % de femmes et 5 % de mineurs), ce qui représente un véritable défi pour cette petite communauté de 6 000 habitants. « Lampedusa est l’île la plus au sud de l’Europe. Nous sommes donc en première ligne pour affronter le phénomène de l’immigration clandestine : depuis début janvier, 13 000 personnes sont déjà arrivées sur des embarcations de fortune. Nous dépasserons certainement les 30 000 arrivées cette année », explique le maire, Bernardino De Rubeis.

À leur arrivée sur le port, un premier contrôle médical est effectué par Médecins sans frontières (MSF). « Ils arrivent éprouvés, désorientés et présentent des pathologies liées au voyage : traumatismes, brûlures, déshydratation, problèmes gastro-intestinaux », témoigne Marinella Cantalice, médecin-coordinatrice de l’équipe de MSF à Lampedusa.

Ils sont ensuite conduits au centre de premier accueil (d’une capacité de 850 personnes, mais pouvant en abriter jusqu’à 1700), où est effectuée une visite médicale individuelle, puis une première identification par les services de police. « C’est très difficile, car très peu ont des papiers d’identité, explique le directeur du centre, Sebastiano Maccarrone. Nous fournissons ensuite à chacun un kit d’accueil comprenant des vêtements, des chaussures, un nécessaire de toilette ainsi qu’une carte de téléphone, pour qu’ils puissent rassurer leurs familles », précise-t-il.

Trois jours en moyenne

En moyenne, le séjour des migrants à Lampedusa ne dure pas plus de trois jours : les migrants sont ensuite transférés, en avion ou par bateau, vers d’autres centres en Italie. Certains obtiendront l’asile politique, d’autres recevront l’ordre de quitter le territoire. Mais la plupart resteront en Europe en tant que clandestins, selon Sebastiano Maccarronne. « C’est un problème européen », insiste-t-il, soulignant que ces arrivants « fuient le plus souvent leur pays, ravagé par la guerre, la pauvreté ou la famine ».

« Nous faisons de notre mieux pour gérer ce phénomène d’immigration, mais nous avons besoin d’une contribution de la part de l’État et de l’Union européenne pour améliorer nos infrastructures, fait valoir le maire. Sur l’île, cela pose des problèmes graves, en termes d’approvisionnement en eau, par exemple. Sans parler de la publicité négative dont souffre notre île, alors que le tourisme est notre unique ressource », poursuit-il.

« Ces gens ne peuvent pas continuer à mourir en mer, il faut faire quelque chose », soupire le maire. Selon les estimations, près de 400 personnes auraient péri dans le canal de Sicile depuis le début de l’année.

Marie CAMIERE.


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