Édition du
26 March 2017

«Une enfance dans le M’Zab» de Abderrahmane Zakad

MIDI LIBRE
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Réaliste et actuel

7 Août 2008

Ce recueil composé de cinq récits de styles différents est puisée de la réalité la plus actuelle. Le lecteur y retrouvera des personnages connus du microcosme culturel algérois aussi bien que des situations vécues et décrites avec un style quasi-photographique.

Le titre du recueil est celui de la première nouvelle qui retrace le parcours d’un jeune tisserand originaire de Béni-Isguen. Tôt orphelin, l’enfant est élevé par son oncle paternel et l’épouse de celui-ci. Il bénéficie d’une éducation où l’austérité le dispute aux principes de justice qui sont à la base de la société ibadite. Affectueusement guidé, l’enfant découvre la nature à travers la palmeraie familiale. Il apprend ainsi que les végétaux et les animaux sont les plus précieux alliés de l’Homme. Cette prise de conscience c’est grâce à son oncle qu’il l’effectue, car tout jeune, il se complaît à détruire fourmis, chenilles et autres êtres de taille infime. Un jour qu’il s’acharne à coups de serpette sur le tronc d’un palmier, son parent lui donne une véritable leçon de vie qu’il n’oubliera jamais. « Ecoute, diablotin, je suis né dans cette palmeraie que mon père et le père de mon père ainsi que tous ceux qui les ont précédés avaient travaillée de leurs mains, creusé le sable, irriguée d’une eau précieuse et planté les palmiers qui aujourd’hui te nourrissent. La communauté qui, depuis des siècles, te laisse en héritage cette palmeraie n’a cessé d’être persécutée, de fuir, d’errer pour enfin s’installer sur cette terre qui, tous , nous a vu naître. Une terre qui est un plateau rocailleux qui les a usés et qu’ils ont domestiqué pour en faire un lieu de vie. Il y a eu des morts, des famines effroyables, des épidémies terrifiantes et ils s’en sont sortis pour soulager autour d’eux la misère afin de perpétuer notre communauté. » Cette nouvelle dédiée à la vie au M’Zab l’est également au temps qui passe. De belles pages contemplatives sur l’enfance alternent avec le douloureux questionnement philosophique lié à la substance du temps. Ce récit qui sent bon la nature saharienne fait découvrir quelques aspects de la vie mozabite rythmée par le travail, les prières collectives et les rassemblements familiaux.
De la même veine, la nouvelle suivante intitulée «Tempête chez les Béni-Oughlis » transporte le lecteur à Tibane, petit village de montagne qui surplombe Sidi-Aïch en petite Kabylie. Les faits ont lieu au cours d’un hiver glacial, mais la tempête dont il est question ne doit rien à la colère des éléments. C’est lorsque Lounès, le fils aîné d’une brave famille d’agriculteurs, revient de France après 10 ans d’absence que tout se gâte. La joie des siens, qui organisent une belle fête à cette occasion, semble sans limites jusqu’à ce qu’il leur annonce son mariage avec une étrangère. Pour avoir « déshonoré » sa famille qui le destinait à la belle Nouara, une fille de son clan, il est banni sur le champ par les siens. Il choisit donc de retourner en France la mort dans l’âme. Ce second récit, tout aussi bucolique que le premier, est également une célébration de la nature de la terre et des hommes.
Le rythme du recueil est cassé dès le troisième récit qui propulse le lecteur dans l’univers de l’écriture et de la grande ville. Comme pour la nouvelle « La passation de consigne», il s’agit plutôt d’un soliloque. Mais si dans la nouvelle suivante, c’est un vieux cadre de société nationale qui, en passant les consignes à son remplaçant, ne peut s’empêcher de se lancer dans une longue vitupération à l’égard de son pays et de sa société, « Les tribulations », toutes intérieures de Mourad, sont celles d’un jeune écrivain qui veut découvrir une manière d’écrire l’Algérie. C’est au cours d’une réception organisée par une maison d’édition algéroise que commence le délire créatif de Mourad. Il s’achève entre les mains de policiers venus l’arrêter pour le conduire à l’hôpital psychiatrique de Blida. « Mourad est un fou. Il songe, déjà, au titre d’un nouveau roman qu’il entamera à l’asile d’aliénés où Frantz Fanon écrivit une grande œuvre : Les damnés de la terre. » A travers cette nouvelle, le lecteur rencontrera bien des figures connues du monde artistique algérien et leurs œuvres.
La cinquième nouvelle, intitulée «La bévue» est tirée d’un authentique fait divers si l’on s’en réfère à la préface.
Farouk, un brave journalier est SDF. Le jeune homme n’en peut plus de louer ses bras à la journée, pour pouvoir manger un sandwich. Il dort à la belle étoile car il ne peut se payer l’hôtel et encore moins une location.
Un soir de déprime, il fait la rencontre d’un ancien chauffeur de maître qui le pousse à cambrioler le coffre de ses anciens employeurs. C’est ainsi que Farouk qui perd son sang froid au cours de l’action en vient à tuer la maîtresse de maison qui s’avère être sa propre sœur qu’il chérissait particulièrement et dont il était sans nouvelles depuis des années… Le rythme de ce récit puisé des terribles faits qui tendent à devenir coutumiers chez nous le rend effroyablement crédible.
Abderahmane Zakad est un urbaniste qui se consacre à l’écriture. Auteur de deux romans , « Trabendo » et « Les jeux de l’amour et de l’honneur », publiés en 2001 et en 2004, il a également à son actif le recueil de poésies « Un chat est un Chat » et le recueil de nouvelles « Le vent dans le musée » édité en 2006.
Ce dernier titre a été nominé lors du concours Mohamed-Dib de 2003.
Les écrits de Abderahmane Zakad restituent au lecteur une Algérie immédiate, comme à portée de main. K.T.
Par : Karimène Toubbiya


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