Édition du
26 July 2017

Dix bonnes raisons de critiquer M. Ouyahia

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par Abed Charef
M. Ahmed Ouyahia adore les taxes. Après avoir introduit la vignette automobile, il impose une nouvelle taxe sur les véhicules neufs.

La décision est aussi cynique qu’un bureaucrate, aussi sèche qu’un fonctionnaire en fin de carrière. Elle révèle mieux M. Ahmed Ouyahia que son programme politique, programme qu’il s’est, du reste, abstenu de présenter et de faire voter à l’Assemblée nationale, comme le prévoit la Constitution.

Présentée comme une mesure destinée à encourager le transport public, la décision d’imposer de nouvelles taxes pour l’achat de véhicules neufs, prise par le gouvernement en pleine canicule, est aussi improductive qu’inutile. Elle confirme aussi une tendance qui s’est installée dans le pays : le penchant des hauts responsables à prendre des décisions sans étude ni réflexion préalable sur les conditions à réunir et l’impact de leur choix. Pire encore, ces « études » se limitent souvent à de simples argumentaires destinés à justifier des choix parfois absurdes.

La décision de M. Ouyahia présente au moins dix raisons d’être critiquée :

1. La décision a été prise de manière brutale. Du jour au lendemain, le prix des véhicules augmentent de dix pour cent pour les moins chers, ce qui constitue une marge énorme. Dans la catégorie sociale intéressée, celle acheteurs des véhicules à 500.0000 dinars, cela représente deux à trois mois de salaire.

2. Des décisions d’un tel impact sur le budget familial déstabilisent les ménages concernés, et discréditent le gouvernement qui les prend. Elles installent la méfiance envers les gouvernants, et contribuent à éliminer le peu de visibilité encore possible. Qui garantit que le même gouvernement ne prendra pas des décisions similaires sur le logement, sur le prix du carburant, celui du pain ou du lait, des prix dont le niveau actuel est contestable ? Ce manque de visibilité constitue un handicap central pour tout investisseur, qui a besoin de savoir où il va, à quel rythme y aller, et dans quelles conditions.

3. Officiellement, l’argent collecté à la faveur de la nouvelle taxe serait destiné au financement du transport public. L’objectif est noble. Mais il contredit tout ce qui se fait par ailleurs. On ne peut affirmer vouloir relancer le transport public quand le principal projet du pays est une autoroute, quand tout équipement public est délabré, et quand un gouvernement n’arrive pas à faire démarrer un train : le nouvel autorail Alger-Chlef devant être mis en service cette semaine n’a pu prendre le départ. Quelle que soit la raison avancée, augmenter le prix de la voiture avant la mise en service du train et du bus est une erreur.

4. Un gouvernement peut augmenter la fiscalité, à trois conditions : il doit avoir besoin de ces nouvelles ressources, avoir la capacité de les utiliser, annoncer au préalable, dans une campagne électorale, ses intentions en la matière. Le gouvernement algérien n’a pas besoin de recettes supplémentaires. Il a de l’argent à ne savoir qu’en faire, et les institutions susceptibles de transformer l’argent en richesses ou en bien-être n’existent pas. Au pire, le gouvernement va collecter ces nouvelles taxes pour les gaspiller, ou les transférer au profit d’une clientèle du pouvoir. Au mieux, il va les déposer en bons du trésor américain, et contribuer à alléger le déficit budgétaire des Etats-Unis.

5. Le gouvernement affirme que la taxe sera répartie entre l’acquéreur du véhicule et le concessionnaire. L’affirmation est évidemment fausse. Le concessionnaire va simplement répercuter la valeur de la taxe sur le prix, et conserver intégralement sa marge bénéficiaire. Il va même gagner davantage : en introduisant la nouvelle taxe dans le prix, et en gardant la même marge bénéficiaire, il va gagner davantage !

6. La décision vise a priori tous les véhicules, mais ce sont les voitures d’entrée de gamme qui sont visées. La nouvelle mesure n’aura aucun effet sur l’acquéreur d’un véhicule 4×4 à un demi-milliard. Par contre, les ménages à bas revenu devront faire des sacrifices supplémentaires pour accéder à la voiture.

7. Le propriétaire d’un véhicule est surtaxé. Il paie la vignette, le droit de stationner, avec toutes les rues du pays qui sont squattées, et la nouvelle taxe.

8. Le gouvernement est incapable d’améliorer la rentabilité fiscale, en s’attaquant à la fraude et à la corruption. Il préfère donc avoir recours aux méthodes primaires, les plus faciles : taxer à la source. L’abondance de ces taxes va détourner l’administration fiscale de l’effort qu’elle serait amenée à faire pour assurer une meilleure collecte des impôts.

9. La nouvelle taxe aurait pour objectif d’inciter au lancement d’une industrie automobile en Algérie. L’argument est recevable, mais M. Ouyahia, au pouvoir depuis plus de dix ans, n’a pas réussi à convaincre les firmes automobiles à investir en Algérie. Pourquoi réussirait-il aujourd’hui après avoir échoué tant d’années ? Le gouvernement a-t-il seulement fait le nécessaire pour qu’une compagnie étrangère puisse acquérir un lot de terrain ?

10. Le gouvernement avait une possibilité de pénaliser les propriétaires de véhicules en s’attaquant à un autre chantier, celui du prix des carburants, encore très bas si on les compare à ce qui se passe sur le marché international ou si on se réfère à la flambée du prix du pétrole. Mettre à niveau ces prix est une opération nécessaire, pour rationnaliser la consommation, lutter contre les trafics, notamment aux frontières, et amener l’économie algérienne aux standards internationaux. Corriger les prix des carburants exige toutefois des compensations, ce qui constitue une opération complexe, hors de portée de l’administration algérienne.


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