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20 July 2017

Raids russes en Ossétie du Sud, la Géorgie appelle au cessez-le-feu

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Conflit en Ossétie du Sud

LEMONDE.FR | 09.08.08 | 20h40 • Mis à jour le 09.08.08 | 20h45

La Géorgie a préconisé samedi 9 août un cessez-le-feu dans le conflit de l’Ossétie du Sud, tandis que l’aviation russe élargissait son offensive pour repousser les forces de Tbilissi cherchant à reprendre le contrôle de la région sécessionniste.
La situation sur le terrain. La Russie, qui a envoyé des chars en Ossétie du Sud pour y appuyer les séparatistes, a affirmé avoir « libéré » Tskhinvali, la capitale régionale, des troupes géorgiennes. Mais la Géorgie assure garder le « contrôle complet » de la ville. Selon le journaliste russe Zaid Tsarnayev, contacté par Reuters à Tskhinvali, la ville est « détruite » et « il y a de nombreuses victimes, de nombreux blessés. »
Chars Russes PHOTO REUTERS
L’aviation russe a opéré cinq raids autour de la ville géorgienne de Gori, située près de l’Ossétie, visant un pont et une base militaire. Une bombe au moins est tombée sur un immeuble résidentiel, faisant cinq morts. Mais d’autres immeubles étaient en flammes selon les images de la télévision géorgienne, il y aurait plus de morts, selon les témoins, et une liste de 260 blessés a été affichée devant l’hôpital de la ville. Des habitants fuyaient, avec l’aide de l’armée géorgienne. La Géorgie a annoncé que l’aviation russe avait aussi pris pour cible un oléoduc reliant l’Asie à l’Europe mais l’avait manqué. Mais dans ces frappes, le port de Poti, sur la Mer noire, a été « complètement détruit », selon Tbilissi.

L’Abkhazie, autre région géorgienne sécessionniste, a annoncé avoir déclenché une opération armée pour évincer la Géorgie d’une vallée que se disputent les deux parties, ouvrant ainsi un « deuxième front » contre Tbilissi. Mais la Géorgie a affirmé avoir « repoussé » cette opération militaire « de grande envergure » dont elle a accusé l’aviation russe.

Selon l’ambassadeur de Russie en Géorgie, 2 000 civils au moins auraient été tués et 30 000 se seraient réfugiés en Russie depuis le début de l’intervention armée géorgienne, vendredi avant l’aube. Les autorités géorgiennes ont dénoncé la « propagande » russe et fait état de 150 Géorgiens tués, dont 40 civils, et de 748 autres blessés. Moscou a reconnu la perte de deux de ses avions de combat en indiquant que treize de ses soldats avaient été tués et 70 autres blessés.

A Tbilissi, les habitants se montraient à la fois nerveux et pleins de défi. La plupart exprimaient leur soutien au président Saakachvili sans cacher leur stupeur devant la réaction russe. « Combattre la Russie est une chose folle », déclarait un propriétaire de studio d’enregistrement, Guiga Kvenetadze. « Mais je soutiens Saakachvili (…) La Russie a tort de faire ce qu’elle fait. Il faut qu’elle s’arrête. »

La Géorgie se dit « en guerre » et appelle à un cessez-le-feu. Le Parlement géorgien a approuvé un décret présidentiel proclamant un état de guerre dans l’ensemble du territoire national pour une durée de quinze jours. rgie à un cessez-le-feu. Tbilissi a prévu de rapatrier ses 2 000 soldats basés en Irak dès que les Etats-Unis seraient en mesure de leur fournir un moyen de transport. La Géorgie avait jusqu’ici prévu de retirer la quasi-totalité de son contingent d’ici la fin de l’été.

« Nous sommes prêts à cesser le feu immédiatement si l’autre partie cesse de tirer et de bombarder »,a déclaré dans la soirée Mikhaïl Saakachvili sur CNN. Le président géorgien a aussi estimé qu’il « devrait y avoir une internationalisation » de ce processus, « peut-être une médiation et une protection de la population civile ». « La réalité, c’est que le petit pays qu’est la Géorgie est attaquée de façon brutale par son voisin russe », coupable de « crimes de guerre », a-t-il ajouté.

Moscou dénonce un « génocide » et demande le retrait des forces géorgiennes. Le président russe Dmitri Medvedev, lors d’un entretien téléphonique avec son homologue américain George Bush, « a souligné que la seule issue à la crise tragique provoquée par les dirigeants géorgiens était un retrait des forces de Tbilissi de la zone de conflit », selon un communiqué du Kremlin. En visite surprise en Ossétie du Nord, le premier ministre Vladimir Poutine, a déclaré « légitimes » les opérations de Moscou en Ossétie du Sud, et sommé Tbilissi de cesser sans délai son « agression ». Le ministère des affaires étrangères russe a accusé l’Ukraine d’avoir encouragé la Géorgie à opérer un nettoyage ethnique en Ossétie, nombre d’Ossètes ayant obtenu de Moscou un passeport russe. M. Poutine a accusé la Géorgie de tenter d’attirer d’autres pays « dans ses sanglantes aventures » en aspirant à rejoindre l’OTAN (l’Ukraine et la Géorgie étant d’anciennes républiques soviétiques désormais désireuses d’intégrer l’OTAN). Comme d’autres responsables russes, il a dénoncé un « génocide » en cours.

« Il ne faut pas parler de guerre entre la Russie et la Géorgie », a estimé l’ambassadeur de Russie en Ossétie, qui ne conseille pas à Tbilissi d’en entamer une. « Dans ce cas, je n’envierais pas le président géorgien Mikheïl Saakachvili », a-t-il ajouté, en laissant entendre que le rapport de forces serait largement en défaveur de la Géorgie.

Intense activité diplomatique. George Bush a souligné que « les attaques ont lieu dans des régions de Géorgie éloignées de la zone de conflit de l’Ossétie du Sud », y voyant « une dangereuse escalade et exhorté Moscou à cesser immédiatement ses bombardements. Le pape Benoît XVI a fait part de sa « préoccupation ».

Une mission conjointe de l’Union européenne, des Etats-Unis, de l’Otan et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) était attendue samedi en Géorgie. Le président de l’OSCE, le Finlandais Alexander Stubb qui se rendra lundi en Géorgie, a estimé que « la Russie est en ce moment une partie au conflit, pas un médiateur, et cela devra se refléter lorsque débuteront un cessez-le-feu et des discussions de paix ». Il a reconnu qu’un cessez-le-feu semblait, « du moins à court terme, très improbable ».

Après une première réunion infructueuse dans la nuit de jeudi à vendredi, le Conseil de sécurité de l’ONU a lui prévu de tenir une nouvelle réunion samedi, dans l’espoir de trouver un accord pour appeler au cessez-le-feu.

Sollicitée par la Pologne, la présidence française de l’UE a annoncé dans la soirée qu’elle organiserait en début de semaine prochaine un sommet européen extraordinaire sur la Géorgie, rassemblant des ministres des affaires étrangères des Vingt-Sept. Bernard Kouchner a appelé la Russie et la Géorgie à « arrêter » le conflit en cours.

Le Monde.fr, avec AFP et Reuters


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