Édition du
22 July 2017

DÉCÈS DE MAHMOUD DARWICH

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Le poète tire sa révérence


La Palestine se souviendra inévitablement de son fils


Un grand de la culture palestinienne vient de disparaître, le poète adulé Mahmoud Darwich.

Le poète palestinien Mahmoud Darwich, qui souffrait de maladie cardiaque, est décédé samedi aux Etats-Unis dans un hôpital de Houston à l’âge de 67 ans, après avoir subi une intervention chirurgicale. Ce dernier avait déjà survécu à deux opérations du coeur, en 1984 et 1998. Mahmoud Darwich était l’un des plus grands poètes de langue arabe contemporains, avec une oeuvre au grand lyrisme, marquée par les drames de l’exil et de l’occupation vécus par le peuple palestinien.

Parcours singulier
Il est né le 13 mars 1941 à Al-Birweh, un village de Galilée à 9 kilomètres de Saint-Jean d’Acre, où il passe son enfance jusqu’en 1948, date à laquelle sa famille est contrainte à l’exil au Liban. Un an plus tard, ses parents tentant de rentrer chez eux, ont constaté que leur village a été rasé et remplacé par une colonie juive. Ils gagnent alors Dayr al-Asad, où ils vivront dans une semi-clandestinité. Mahmoud Darwich manifeste, très jeune ses dons pour la poésie, dans laquelle il cherche refuge pour alléger la dureté de l’exil dans sa patrie tout à la fois présente et absente. Ses poèmes lui vaudront d’être emprisonné à cinq reprises entre 1961 et 1967. Pendant cette période, Darwich rêve de révolution et chante la patrie, la défense de l’identité niée des siens et la solidarité internationaliste. Le poème Identité, Sajjel: Ana arabi, le plus célèbre de son recueil Rameaux d’olivier publié en 1964, sur le thème d’un formulaire israélien obligatoire à remplir, deviendra un hymne repris dans tout le monde arabe. Ce révolutionnaire appartient à la catégorie des lutteurs avec une résistance au nom de quelque chose d’impérissable. Celui qui a donné des visages et des voix à la misère que son peuple endurait, révélant au monde la réalité du système concentrationnaire israélien dans ses poèmes. Après ses études (en arabe et en hébreu) dans des école arabes israéliennes, Darwich s’installe à Haïfa, le grand port du nord d’Israël, où vit une importante communauté arabe. En 1960, à l’âge de 19 ans, il publie son premier recueil de poésie Oiseaux sans ailes. Un an plus tard, il rejoint le Parti communiste d’Israël, une formation judéo-arabe. Il rêve encore de révolution et d’internationalisme et exprime dans sa poésie une identité palestinienne encore niée à l’époque. Il est assigné à résidence durant de longues périodes, début des années 1970, il choisit l’exil. Il part pour Moscou étudier l’économie politique puis se rend au Caire en 1971. A Beyrouth, en 1973, il travaille comme rédacteur en chef au Centre de recherche palestinien de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) rejoignant l’organisation alors en guerre avec Israël. Après la guerre imposée par Israël au Liban durant l’été 1982, qui a forcé la direction de l’OLP à trouver refuge à Tunis, Darwich reprend la route de l’exil: Le Caire, Tunis puis Paris. En 1993, il démissionne de l’OLP pour protester contre les accords d’Oslo, estimant qu’ils n’apporteront pas une «paix juste» pour les Palestiniens. Le poète se rend en 1995 dans la bande de Ghaza après l’avènement de l’Autorité palestinienne, avant de s’installer à Ramallah, en Cisjordanie.

Le retour après l’exil
En mai 1996, il est autorisé à fouler le sol d’Israël pour la première fois depuis son exil afin d’assister aux funérailles de l’écrivain arabe israélien Emile Habibi. En 2000, le ministre israélien de l’Education propose que deux poèmes de Darwich soient inclus dans les programmes scolaires israéliens. Mais le Premier ministre Ehud Barak refuse alors que la droite rappelle que Darwich a écrit en 1988 un poème appelant les Israéliens à mourir où ils veulent «mais pas chez nous». Le poète écrivit:
«Alors quittez notre Terre
Nos rivages, notre mer
Notre blé, notre sel, notre blessure.»
En juillet 2007, il retourne en Israël lors d’un récital donné à Haïfa, devant une foule considérable composée notamment de la plupart des députés arabes de la Knesset (Parlement israélien). A cette occasion, il ironise amèrement sur la prise du contrôle du mouvement islamiste Hamas de la bande de Ghaza: «Nous avons triomphé. Ghaza a gagné son indépendance de la Cisjordanie. Un seul peuple a désormais deux Etats, deux prisons qui ne se saluent pas. Nous sommes des victimes habillées en bourreaux». Le poète critique également la «mentalité israélienne de ghetto» et la politique israélienne qui empêche la création d’un Etat palestinien viable. Plus récemment, au Festival des musiques du monde à Arles (sud-est) en juillet dernier, il a préfé les thèmes universels de l’amour, la vie, la mort à ceux purement politiques de ses débuts et vouloir être lus «comme un poète», «pas comme une cause».
Les oeuvres de Darwich, essentiellement poétiques, sont de véritables défenses et illustration d’une terre, d’un peuple, d’une culture en même temps qu’une entreprise courageuse de construction littéraire. Elle est hantée d’un bout à l’autre par une seule idée, une seule référence, un seul corps: la Palestine. La solitude et le désarroi de l’exil exprimés côtoient l’acceptation noble et courageuse où le désespoir profond devient générateur de création, porteur d’une charge poétique intense. Le poète disait dans une citation: «Mais nous souffrons d’un mal incurable qui s’appelle l’espoir. Espoir de libération et d’indépendance. Espoir d’une vie normale où nous ne serons ni héros ni victimes. Espoir de voir nos enfants aller sans danger à l’école. Espoir pour une femme enceinte de donner naissance à un bébé vivant, dans un hôpital, et pas à un enfant mort devant un poste de contrôle militaire. Espoir que nos poètes verront la beauté de la couleur rouge dans les roses plutôt que dans le sang. Espoir que cette terre retrouvera son nom original: terre d’amour et de paix. Merci pour porter avec nous le fardeau de cet espoir». Il avait acquis une notoriété internationale, avec près de trente ouvrages traduits en quarante langues, avec des reconnaissances au plus haut niveau telles que Lauréat du prix Lénine de l’ex-Urss, chevalier des Arts et des Lettres (en France), il avait reçu à La Haye le prestigieux prix Prince Claus pour son oeuvre impressionnante. Beaucoup de poèmes de Mahmoud Darwich ont été interprétés par des chanteurs tels que Marcel Khalifa, Magda Roumi et Ahmed Qa’abour. Les causes justes viennent, encore une fois, de perdre l’un de ses farouches défenseurs tel que ce grand poète, convaincu par ses idées et qui n’a pas lésiné au cours de sa vie à offrir à cette cause palestinienne le meilleur de lui-même. En effet, ses travaux littéraires resteront à jamais pour témoigner de son dévouement et de son sacrifice pour cette cause juste. Darwich est de ceux qui ont fait de leur vie une tribune de combat sincère et juste. La Palestine se souvient inévitablement de son fils, farouche défenseur, qui a marqué par sa sincérité et son engagement indéfectible tout un combat. Il a inscrit son nom en lettres d’or dans les annales de la lutte pour la fondation de l’état palestinien indépendant.

Sa ville natale l’accueille…
A Amman, l’ambassadeur palestinien a indiqué à l’AFP que le président palestinien Mahmoud Abbas allait envoyer un avion aux Etats-Unis pour rapatrier la dépouille du poète. «Un avion présidentiel s’envolera pour Houston ce soir pour ramener la dépouille de Darwich à Amman sous 48 heures», a dit Atallah Kheiry, précisant que le corps serait ensuite acheminé à Ramallah, en Cisjordanie. Dans le même temps, des responsables palestiniens, sur ordre de M.Abbas, vont demander aux autorités israéliennes que le défunt considéré comme l’un des plus grands poètes arabes de sa génération, puisse être enterré dans sa Galilée natale, a-t-on précisé de même source.

Idir AMMOUR


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