Édition du
28 March 2017

Srebrenica, mauvaise conscience de l'ONU

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Renaud Girard
22/07/2008
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Karadzic était notamment recherché pour son rôle d’organisateur du pire massacre commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le 11 juillet 1995, les forces bosno-serbes du général Ratko Mladic s’emparaient de l’enclave musulmane de Srebrenica, située en Bosnie orientale, non loin de la frontière avec la Serbie, marquée par la rivière Drina. Depuis le mois d’avril 1992, la Bosnie-Herzégovine, l’une des six républiques fédérées qui constituaient la Yougoslavie de Tito, était le théâtre d’une féroce guerre civile entre ses trois principales communautés : les Serbes (orthodoxes), les Croates (catholiques) et les Musulmans (Slaves islamisés durant l’administration ottomane). Ces trois «nations constitutives» de la Bosnie nourrissaient trois projets politiques différents. Les Musulmans, communauté la plus nombreuse, voulaient accéder à l’indépendance, alors que les Serbes souhaitaient continuer à dépendre de Belgrade. Les Croates, communauté la moins nombreuse, n’affichèrent un indépendantisme initial que pour tenter ensuite d’obtenir le rattachement de l’Herzégovine à la Croatie. La guerre civile, qui prit fin avec les accords de paix de Dayton (novembre 1995), fit près de 200 000 morts et plus d’un million et demi de personnes déplacées (sur une population totale de 4 millions d’âmes).

Deux ans auparavant, l’anodine bourgade encaissée de Srebrenica, perdue dans les collines de Bosnie orientale, avait été décrétée «zone protégée» par le Conseil de sécurité de l’ONU. Or, les parachutistes du bataillon néerlandais chargé de protéger Srebrenica ne tirèrent pas un seul coup de fusil pour tenter de contrer l’avancée des forces serbes. Il est vrai que, le 10 juillet, le commandant du bataillon néerlandais avait demandé en vain des frappes aériennes contre les Serbes au général français Bernard Janvier, commandant en chef des forces de l’ONU en Bosnie. Le refus du général français de faire la guerre s’explique mal, sinon par une certaine fascination qu’aurait exercée sur lui son homologue Ratko Mladic, avec lequel il s’entretiendra longuement au téléphone dans l’après-midi du 10 juillet.

Une année auparavant, en avril 1994, au Rwanda, on avait déjà vu un millier de Casques bleus assister les bras croisés à un début de génocide. Mais la mission des Nations unies au Rwanda n’avait pas un mandat clair l’autorisant à faire la guerre. En Bosnie, le mandat assorti à la défense d’une zone protégée prévoyait clairement le recours à la force.

Lâcheté

A partir de Srebrenica, le crédit de l’ONU diminua brutalement, les peuples de l’ex-Yougoslavie et d’ailleurs réalisant alors qu’un engagement solennel du Conseil de sécurité ne valait en réalité pas grand-chose. Dans les dix jours qui suivirent la chute de l’enclave, les soldats de Mladic exécutèrent tous les hommes de 16 à 60 ans qu’ils purent faire prisonniers. Les victimes (8 000 hommes) furent enterrées dans des charniers, que les enquêteurs occidentaux révélèrent plus tard. La lâcheté et le dysfonctionnement onusiens étaient ainsi indirectement responsables du pire crime de guerre commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le 11 juillet 1995, une rivière humaine constituée de familles désireuses de se placer sous la protection du drapeau azur des Nations unies conflua vers les hangars métalliques de Potocari (hameau distant de 8 km de la ville) qui abritaient le quartier général du bataillon néerlandais. Le lendemain, sous le regard des soldats de l’ONU qui s’étaient laissé désarmer, les femmes et les enfants furent séparés des hommes. Devant une caméra de télévision, qui le filma le 12 juillet, le général Mladic rassura la population, expliquant que les hommes étaient gardés afin d’être échangés contre des prisonniers serbes aux mains du gouvernement de Sarajevo.

Pratiquement aucun des hommes qui avaient choisi l’option de rejoindre le camp néerlandais ne survécut. Mais la majorité de la population mâle de Srebrenica avait choisi une autre option, improvisée par l’armée musulmane : former une colonne pour fuir à travers les forêts et rejoindre le territoire gouvernemental (distant de 70 km à vol d’oiseau). Constamment harcelés par les forces bosno-serbes, les hommes de cette colonne ne furent que 40 % à parvenir à leur but et à survivre. Les prisonniers furent systématiquement exécutés.


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