Édition du
23 July 2017

Iran : le complot avorté de Dick Cheney

AGORAVOXcheney.jpgCet été est riche en révélations de complots américains, ourdis par les plus hauts dirigeants de l’administration. Zoom sur les « complots estivaux » de Dick Cheney et George W. Bush.

Le vice-président américain, Dick Cheney, a envisagé plusieurs scénarios, une dizaine, pour provoquer une guerre contre l’Iran. C’est ce qu’a révélé le journaliste d’investigation au New Yorker Seymour Hersh, lors de la conférence sur les médias Think Progress en juillet 2008.

Il a décrit l’un de ces scénarios, rapportant certains des propos de Dick Cheney.

«Le plan qui m’a le plus intéressé est « pourquoi ne pas construire, à partir de notre flotte, quatre ou cinq bateaux qui ressemblent à des vedettes lance-torpilles iraniennes? Mettez dessus des soldats de la Navy SEAL puissamment armés. Et la prochaine fois qu’un de nos bateaux passe par le détroit d’Ormuz, ouvrez le feu »».

Il s’agissait donc de « déguiser des commandos de la marine américaine en Iraniens qui, à bord de vedettes copiées sur les iraniennes, se seraient précipitées sur les bateaux de guerre américains, qui, ripostant, auraient fini par entrer en guerre contre l’Iran ».

«Cela pourrait coûter quelques vies, a continué Hersh. Et la proposition a été rejetée parce qu’on ne peut pas faire tuer des Américains par des Américains. C’est le genre de chose, c’est le niveau de discussion dont on parle ici. De la provocation.»

Le scénario fut discuté lors d’une réunion au bureau de Cheney après l’incident du détroit d’Ormuz, en janvier dernier, lorsque des navettes iraniennes avaient « provoqué » (selon la Maison-Blanche) des navires de guerre américains. Les Etats-Unis, criant à la provocation iranienne, auraient donc voulu eux-mêmes provoquer une guerre peu de temps après…

Hersh ne semble pas se faire trop d’illusion sur la capacité de réaction du peuple américain face à une éventuelle manipulation. S’il arrive, soutient-il, que Washington manigance «l’incident qu’il faut », les Américains soutiendront la guerre contre l’Iran.

Le journaliste a indiqué que la proposition n’avait été rejetée qu’in extremis, en toute fin de discussion.

C’est d’ailleurs sous le prétexte que cette option n’avait pas été choisie que le New Yorker refusa d’inclure ces informations dans l’article de Hersh. Un article paru le 7 juillet, et dans lequel il est question des opérations clandestines que les Etats-Unis mènent en Iran.

La manipulation envisagée par Cheney rappelle, selon le site ReOpen911, l’opération Northwoods qui avait été imaginée en 1962 pour justifier l’invasion de Cuba et qui avait été, en fin de compte, refusée par le président John Fitzgerald Kennedy. Elle rappelle aussi l’incident du Golfe du Tonkin qui avait permis aux Etats-Unis de justifier leur entrée en guerre au Vietnam.

Pour Bakchich, elle « rappelle le fameux «incident de Gleiwitz» du 31 août 1939, quand sur les ordres de Heydrich des Allemands déguisés en soldats polonais ont attaqué l’émetteur radio allemand frontalier de Gleiwitz et ont diffusé un message appelant la minorité polonaise de Silésie à prendre les armes pour renverser Adolf Hitler. Ce prétexte, repris par la propagande nazie comme casus belli, permit à Hitler dès le jour suivant d’attaquer la Pologne et ainsi déclencher le Seconde Guerre mondiale. »

Plus près de nous, l’opération imaginée par Cheney nous renvoie à celle que George W. Bush avait envisagée contre l’Irak peu avant le début de la guerre.

Le 25 juillet dernier, l’ancien procureur de Los Angeles, Vincent Bugliosi, déclarait en effet, devant la commission judiciaire du Congrès des Etats-Unis que, le 31 janvier 2003, le président américain, très inquiet de l’échec des inspecteurs de l’ONU à trouver des armes de destruction massive en Irak, avait évoqué dans le bureau ovale, en présence de Tony Blair, trois moyens possibles pour «provoquer une confrontation» avec Saddam Hussein.

L’un de ces moyens consistait à faire voler un avion de reconnaissance U2 au-dessus de l’Irak, peint aux couleurs des Nations unies, pour provoquer des tirs irakiens, ce qui aurait mis Saddam Hussein en violation des résolutions de l’ONU et aurait justifié l’entrée en guerre des Etats-Unis.

Cette option ne fut pas retenue. Les Etats-Unis attaquèrent l’Irak sans provocation préalable de leur ennemi.

Non sans avoir, si l’on en croit Ron Suskind, ancien reporter au Wall Street Journal et vainqueur du Prix Pulitzer, fait fabriquer par la CIA, à l’automne 2003, une fausse lettre attribuée au chef des services secrets irakiens, qui « prouvait » que Saddam Hussein était lié à Al-Qaïda et aux pirates du 11-Septembre, et aussi qu’il avait acheté de l’uranium au Niger avec l’aide d’Al-Qaïda.

Le plus incroyable dans ces histoires, c’est qu’elles deviennent si banales qu’elles n’étonnent plus personne.


Nombre de lectures : 475
PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

Congrès du Changement Démocratique