Édition du
25 March 2017

DEVOIR DE MÉMOIRE ET IMPÉRATIFS SCIENTIFIQUES


Conclusion provisoire

Le Soir d’Algérie, 20 août 2008
par M.Chafik Mesbah
D’un commun accord, nous avons décidé, Lahouari Addi et moi-même, de marquer une pause dans le débat que nous avons mené à travers les colonnes du Soir d’Algérie. Nous avons jugé plus indiqué, au stade où est arrivé le débat, de laisser place à d’autres Algériens qui viendraient apporter, de manière déterminée et dans un but constructif, leur collaboration.
Il n’était guère ni dans l’intention de Lahouari Addi ni dans mon projet de susciter un débat qui aurait à se solder, forcément, par un vainqueur et un vaincu. Le seul vainqueur que je puisse imaginer, pour ma part, c’est le peuple algérien dont la conscience déjà vigilante aura été davantage éclairée à propos de problématiques essentielles pour son passé comme pour son avenir. Inutile de m’appesantir outre mesure sur les considérations développées par Lahouari Addi dans sa deuxième contribution. C’est, désormais, presque un débat d’académiciens dont le lieu d’accueil idoine serait, plus judicieusement, l’enceinte universitaire. Je me risque, cependant, à quelques mises au point pour clore, par des repères concrets, le débat qui a eu lieu. Première observation, je relève que Lahouari Addi se range au principe de «neutralité axiologique» dont la conceptualisation revient au sociologue allemand Max Weber. C’est bien ce principe que j’ai voulu mettre en relief dans mon exposé initial. Il s’agit, en l’espèce, de distinguer entre les positions de l’acteur politique et celle du chercheur scientifique. Naturellement, un chercheur scientifique a tous les droits de s’impliquer dans le champ politique, sous réserve, seulement, que cela n’altère pas la rigueur de sa réflexion académique. Je suppose que, théoriquement, nous sommes en phase, Lahouari Addi et moimême, sur la question. C’est la première observation que je souhaite formuler. La deuxième observation se rapporte à la fermeture de l’espace de réflexion au sein de la communauté universitaire fortement soulignée par Lahouari Addi lequel insiste, volontiers, sur le fonctionnement autoritariste de l’université algérienne. Nul homme sensé ne saurait nier l’état de sinistre des sciences sociales en Algérie, encore moins l’état de régression chronique qui caractérise les recherches académiques au sein de l’université dans le pays. Cela constitue-t-il une raison suffisante pour baisser les bras et s’arrêter, non seulement, de se poser les questions essentielles concernant l’Algérie, mais aussi d’entreprendre les recherches audacieuses et laborieuses, que le peuple algérien est en droit d’attendre de son élite ? A ce que je sache, la fondation de la Wilaya IV historique, pour ne retenir que cet exemple, offre une opportunité exceptionnelle pour se libérer du carcan bureaucratique de l’université algérienne puisqu’elle met à la disposition des chercheurs tout son patrimoine d’archives sans exclusive et sans se soucier d’injonctions officielles sur l’orientation à imprimer à la recherche historique. Encore une fois, l’Algérie est partagée, fracturée devrais-je dire, entre société virtuelle et société réelle. La fondation de la Wilaya IV c’est la société réelle, réserve de génie populaire, c’est elle que l’élite a pour charge d’encadrer et d’entraîner vers des réalisations positives. Il ne sert plus à rien de se lamenter sur la régression de l’université algérienne… La troisième observation que je souhaite formuler se rapporte à un point dont la clarification est, en effet, essentielle à mes yeux. La conclusion quelque peu lapidaire par laquelle Lahouari Addi clôt sa deuxième contribution peut laisser supposer, pour avoir insisté sur les qualités d’organisation, de lucidité et de patriotisme du colonel Abdelhafidh Boussouf, que je suis adepte du règlement des différends politiques par la violence, plus exactement, par l’assassinat. Il n’est pas nécessaire de s’appesantir, outre mesure, sur un jugement abscons. Mais le but du débat étant pédagogique, réservons à ce point un développement. Je voulais, par mon propos, souligner que les drames qui ont jalonné le déroulement de la guerre de Libération nationale, s’ils doivent être examinés de manière sereine et méthodique, ne doivent pas constituer le prétexte pour cultiver un sentiment de culpabilité pathologique. C’est, assurément, dans toute sa complexité que l’histoire de la guerre de Libération nationale est à reconstituer, mais sur la base d’un esprit scientifique sain, sans volonté morbide d’auto-flagellation. Pour le reste, il tombe sous le sens que je ne peux, d’un côté, encenser Abane Ramdane et, de l’autre, approuver son assassinat. L’attachement que je porte à Abane Ramdane est si transparent que j’ai eu à m’en expliquer à travers des déclarations on ne peut plus publiques où je louais son combat et l’exemple qu’il a légué à la jeunesse algérienne. Je renvoie, à cet égard, le lecteur à mon article publié dans le quotidien arabophone El Youm des 21 et 22 août 2000 où, critiquant le livre de mémoires de M. Ali Kafi, j’évaluais ainsi la trajectoire brillante et éphémère de cet intrépide dirigeant de la Révolution algérienne : «C’est lui (Abane Ramdane), le premier, qui avait posé les jalons de l’Algérie démocratique en faisant consacrer le principe de la primauté du politique sur le militaire et celui de l’intérieur sur l’extérieur. Ce fut bien lui le précurseur qui, avant l’heure, avait saisi que la force militaire constituait un moyen, non pas une fin en soi, intégrant, ainsi, parfaitement, les impératifs du combat politique moderne.»
Mohamed Chafik Mesbah


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