Édition du
25 March 2017

Algérie: un projet de loi pénalise l'émigration clandestine

logo afp

Clandestins africains
Il y a 6 heures

ALGER (AFP) — Les « passeurs » organisant l’émigration clandestine en Algérie seront bientôt passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison ferme, selon un projet de loi gouvernemental adopté dans le cadre d’une révision du code pénal qui vise aussi les « harragas ».

Ce projet de loi, adopté dimanche et qui devrait être mis au vote au cours de la prochaine session parlementaire en automne, remplit un vide juridique en sanctionnant toute sortie illégale du territoire algérien d’une peine emprisonnement de six mois ferme.

Jusqu’à présent, les candidats algériens à l’émigration clandestine (harraga) ne pouvaient être poursuivis pour ce qui sera à l’avenir un délit.

Le projet a été rendu public au moment où plus d’une centaine d’Algériens ou étrangers d’Afrique noire ont été interpellés en moins d’une semaine sur les côtes algériennes et particulièrement à Annaba (600 km à l’Est d’Alger), d’où partent une majorité de candidats à l’émigration clandestine. De là, ils tentent de naviguer à quelques milles nautiques des côtes d’Algérie puis de la Tunisie avant de « piquer » sur l’Italie via la Sardaigne.

D’autes choisissent la côte à Ouest d’Alger pour essayer de rejoindre l’Espagne. Mais tous paient des fortunes pour tenter l’aventure, jusqu’à 700.000 dinars (7.000 euros) selon un jeune homme récemment arrêté sur une plage d’Annaba avec ses compagnons d’inforture.

Interceptés en mer, souvent après avoir été signalés aux garde-côtes comme étant en détresse sur des embarcations artisanales, ou arrêtés sur les plages avant même leur tentative, ces harragas (littéralement « ceux qui brûlent la frontière ») sont systématiquement transférés à la ville la plus proche et présentés à un magistrat.

Jusqu’à présent, le juge peut prendre toute décision qu’il juge nécessaire en fonction des circonstances, sans pouvoir sanctionner la sortie illégale du territoire en tant que délit.

Le projet de loi met fin à ce vide juridique et se montre sévère surtout à l’encontre du passeur, qui encoure jusqu’à dix ans de prison ferme. Une peine aggravée s’il a profité de ses fonctions pour favoriser ce délit ou s’il a agi en « groupe organisé ou avec port d’armes ».

Si plus de 700 arrestations ont été comptabilisées par les garde-côtes durant les huit premiers mois de l’année – et plus de 1.500 durant l’année 2007 -, le nombre de harragas est inconnu par nature, tout comme celui des disparus en mer.

Cette incertitude pèse lourd sur les familles qui, avides de toute information, regardent toutes les photos publiées par la presse, avec l’espoir de retrouver un des leurs. « J’étais pourtant sûr d’avoir reconnu mon frère » dit tristement à l’AFP un habitant d’une ville de l’est, en apprenant qu’une de ces photos a été prise sur un quai de l’île italienne de Lampedusa bien avant le départ de son proche.

Cette pénalisation de l’émigration clandestine « ne résoudra rien quant au fond », estime un avocat algérois, qui, sous couvert d’anonymat, met en avant les « conditions socio-économiques très défavorables comme le chômage ou la pauvreté » qui poussent certains Algériens de tous âges à émigrer, même au péril de leur vie.

Dès juillet 2007, la Commission européenne avait demandé à la Tunisie, l’Algérie et le Maroc de participer aux patrouilles aériennes et maritimes de l’agence européenne de contrôle aux frontières (Frontex) contre les flux de migrants clandestins.

Mais ces pays, ainsi que la Libye, sont réticents à l’idée de devenir les gardes-frontières de l’Europe et prônent le « développement et la solidarité » pour juguler ces flux migratoires.

Photo : AFP


Nombre de lectures : 506
PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

Congrès du Changement Démocratique