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21 July 2017

Colonisation : la France n'entend pas dédommager l'Algérie comme Rome avec Tripoli

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PARIS (AFP) — La France n’entend pas imiter la décision sans précédent de l’Italie, qui va verser 5 milliards de dollars à la Libye en compensation pour la période coloniale, se contentant d’une politique de « petits pas » sans repentance vis-à-vis de l’Algérie.
Botef et sarko
Le ministère des Affaires étrangères a estimé mardi que l’accord signé samedi entre Rome et Tripoli « n’est ni un précédent, ni une référence » car « chaque histoire bilatérale avance comme elle le souhaite, chaque histoire est spécifique », dans une comparaison avec la colonisation française en Algérie.

Occupée pendant plus de 130 ans par la France qui l’a transformée en colonie de peuplement, l’Algérie, devenue indépendante en 1962, n’a pas cessé depuis de réclamer à la France de se « repentir » pour cette douloureuse histoire commune.

Plus de 45 ans après la fin de la colonisation qui s’est achevée par une guerre sanglante, les deux pays ne parviennent d’ailleurs pas à construire une relation bilatérale apaisée.

Même si l’accord italo-libyen apparaît comme « une décision de gestion économique » puisqu’il prévoit des dédommagements sous forme d’investissements dans des projets d’infrastructure en Libye, il « n’est pas quelque chose d’accessoire » mais « un geste fort qui va à contre-sens du discours sur la non-repentance », estime l’historien Benjamin Stora.

Le président Nicolas Sarkozy a rejeté toute idée de repentance et Paris estime qu’il appartient aux historiens d’effectuer un « travail de mémoire ».

En matière de dédommagements, M. Stora rappelle que les accords d’Evian qui ont mis fin à la guerre comportent une amnistie et ne prévoient rien à ce sujet.

« Le contentieux algéro-français a été réglé par les négociations pendant la guerre puis par les nationalisations qui ont suivi l’indépendance », explique aussi l’historien Mohamed Harbi, alors que demeurait un « vrai contentieux entre l’Italie et la Libye ».

Quant à la question de la mémoire, M. Stora observe que Paris a opté pour une « politique des petits pas » qui, selon lui, n’ira pas juqu’à la repentance souhaitée par Alger.

A contrario, M. Harbi pense cette même politique conduira la France « à reconnaître ses torts » à cause d’une opinion publique où pèsent les populations d’origine immigrée.

A Alger, le secrétaire général de la puissante Organisation nationale des moudjahidine (ONM, vétérans de la guerre d’indépendance), Saïd Abadou, a appelé la France à « accomplir ce pas » effectué par la Libye et à « reconnaître, s’excuser et indemniser ».

« Les autorités françaises ont reconnu sans ambiguïté l’injustice du système colonial », a répondu mardi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Eric Chevallier.

Il a rappelé qu’un ambassadeur français en Algérie avait qualifié à Sétif les massacres de 1945 de +tragédie inexcusable+ » et qu’un autre ambassadeur avait évoqué à ce sujet la +très lourde responsabilité+ des autorités françaises dans ces +épouvantables massacres+.

En visite officielle en Algérie en décembre 2007, M. Sarkozy avait évoqué le système colonial, +injuste par nature+, qui +ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation+ ».

Au Maroc, le quotidien Al Jarida Al Oula (indépendant) a souligné lundi que l’Algérie avait accepté cette visite « bien que le président français n’ait pas présenté d’excuses aux Algériens », tandis qu’au Maroc « personne ne demande d’excuses aux anciennes puissances coloniales ».

La partie nord du Maroc a été occupée par l’Espagne et le reste du royaume par la France de 1912 à 1956, date de l’indépendance.

Photo : AFP / Le président algérien Abdelaziz Bouteflika (g) offre les clés de Constantine à son homologue Nicolas Sarkozy le 5 décembre 2007.


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