Édition du
25 March 2017

Bouteflika boude le peuple.

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Que se passe-t-il au sommet de l’Etat, ou du régime, devrions nous dire, plus précisément, qui joue à faire de la boulitique ?
Jamais, depuis l’indépendance du pays, même au temps du socialisme à deux vitesses, ni de celui de la décennie rouge, une telle chape de plomb ne s’était autant abattue sur la chose politique de notre pays, si tant est que nous pouvons qualifier de politique les tractations claniques qui agitent le sérail, qui négocient le bakchich des uns et des autres.

C’est le noir absolu. Alors, plutôt que d’avancer à tâtons, tout le monde s’est accroupi là où la nuit l’a surpris. Et ça spécule ferme. Ça tire des plans sur la comète, ça cancane et ça médit, comme de bonnes matrones de bain maure, pendant une coupure de courant.

Nous ne sommes plus qu’à quelques mois des élections présidentielles, et bien que la désignation du candidat de la junte, c’est à dire le président élu avant même les élections, s’était toujours conclue entre les « décideurs » principaux, la population parvenait toujours, tant bien que mal, a connaître, avant terme, le futur président qu’elle allait être appelée à « élire », en toute démocratie, bien sur. C’est un bon truc pour avaler la pilule.

La lisibilité que le cénacle des grands inities voulait bien nous permettre, en nous distillant une information pesée au trébuchet, par le biais de doctes éditoriaux, d’interviews exclusifs, de déclarations sibyllines, et de manifestations » spontanées », nous renseignait suffisamment sur la sauce à laquelle nous allions être mangés. Maigre consolation, s’il en est. Mais ce jeu d’ombres chinoises, contribuait à entretenir l’illusion d’une certaine normalité. Les plus naïfs d’entre nous, les simples d’esprit, les optimistes têtus et et ceux qui ont des freins ABS dans la tete, parvenaient même à se convaincre qu’ils vivaient dans un pays presque normal, doté d’un Etat, avec un vrai president, de vrais ministres, de vrais députés, où des élections ont lieu, dont les résultats dépendent des électeurs. Et pour entretenir nos doux errements, comme on arrose une plante artificielle, nous parvenions même à nous enflammer pour tel ou tel candidat, jaugeant l’un, fustigeant l’autre, réfléchissant en notre âme et conscience à qui nous allions donner notre voix. Nous avions adopté cette technique de nous arnaquer nous même, parce que nous avions besoin de sentir que nous comptions dans le jeu des maîtres. Ne serait-ce qu’un tout petit peu. Nous savions tellement y faire que nous réussissions même à humaniser des bidules comme le RND ou le MSP. C’est dire…

Le régime, qui nous méprisait, et qui ne s’en cachait pas, jouait, malgré tout, le jeu. Il faisait semblant de nous consulter. Et nous nous faisions semblant de le croire. C’était une sorte de thérapie collective. Tout à fait indispensable. Puisque le long travail de sape, sur les fondements même de notre être national, avait fini par faire de nous un peuple schizophrène. Un peuple qui croit être ce qu’il n’est plus, dans un territoire qu’il croit être une nation, et dirigé, croit-il, par des politiciens. Des politiciens tellement attachants. Avec leur moue désabusée, et leur rictus carnassier.
Cette méprise, délibérée et consentie, nous aidait à tenir le coup. Pour ne pas basculer dans la terrible réalité. Pour entretenir le maigre espoir d’un lendemain meilleur. Bien souvent, un match de football gagné par l’équipe nationale contre une obscure équipe de brousse, faisait faire des cabrioles à des papis grabataires et faisait vibrer l’air national de youyous poussés jusque dans les bidonvilles.

Mais ne voilà-t-il pas que notre régime, pourtant si habile à nous servir tous les canulars et les attrape-nigaud qui ont toujours fait notre illusion politique, décide de nous en sevrer. Brutalement. Sans un mot. Le régime ne dit plus rien. Ni le vrai, ni le faux, ni le rien. Ni à ses éditorialistes patentés, ni à ses porte-parole, si prolixes. Rien ! Plus rien ne se passe. Personne n’est autorisé à faire de zèle et a chauffer le bendir. Les manifestations spontanées ne sont plus autorisées. Les comités de soutien en sont réduits à brosser leurs brosses à reluire. On ne sait plus rien. Même la télévision unique, à l’image du Docteur es-flagornerie qu’est habib le bellâtre, se met à bégayer, à faire du sur-place, ne sachant plus quoi inventer, comme ces corniauds geignards qui reniflent la jambe du maître et qui voudraient bien lui lécher les pieds, mais qui ont peur de recevoir un coup de godasse dans la gueule.

Nous ne savons plus rien du chef de l’Etat. Ni sur son état de santé, ni sur ses intentions.
Les relais du régime, aboyeurs, charlatans, harangueurs, hezzazzine, dalakine, et autres arracheurs de dents se sont déboîtés la mâchoire à force de l’inviter à un troisième mandat. Il ne leur a même pas fait l’aumône d’un frétillement de la moustache. L’un d’eux, le plus zélé et le plus empressé, chef du gouvernement et du FLN, conscient que le fameux « réaménagement » par référendum de la constitution qui ouvrirait la voie à un troisième mandat pour Bouteflika, risquait de tourner à la catastrophe à cause d’une abstention massive, a fait la trouvaille du siècle. Il a proposé à Bouteflika de se passer du peuple. Ni plus ni moins. Avec la trivialité que nous lui connaissons, celle des analphabètes politiques, et fiers de l’être, il a crié « Euréka » et a servi la panacée à Bouteflika dans une fiole à poison. Pour le faire rentrer dans Le Guiness book du despotisme. « Qu’à cela ne tienne, a-t-il éructé, le peuple ne veut pas voter ? Alors nous allons faire réaménager la constitution par notre parlement. Nos députés ne savent pas nous dire non ! D’ailleurs nous allons leur accorder une augmentation de salaire» Et il a oublié de préciser que l’actuel parlement et le moins représentatif du monde entier. Elu à 30% de l’électorat, avec 10% de bulletins nuls. Un beau cadeau à Bouteflika.
Celui-ci l’a remercié de cette sortie de génie en l’envoyant paître ailleurs. Pourtant, le coup de godasse dans les gencives ne l’a pas découragé, puisqu’il continue de supplier le président d’accepter un troisième mandat.
Mais Bouteflika continue d’observer le black-out et le silence radio. Rien ! Il ne dit rien. Il est devenu muet. Comme s’il voulait nous envoyer un message codé. D’ailleurs, si l’on s’en rappelle, il est entré en catalepsie politique depuis que son clan familial a tenté d’imposer un troisième mandat en allant chercher sa bénédiction directement des masses populaires, comme on dit. Opération qui a tourne court après un martial coup de sifflet.
Lors de son fameux voyage à Tamanrasset. On voulait lui faire entreprendre une tournée des « wahda thalitha » Et ainsi, pensait-il, il se passerait de la bénédiction de la junte. Il ne lui devrait rien, puisque c’est le peuple qui l’aurait béni. La réaction de la junte ne s’est pas faite attendre. Ces messieurs de la casquette ont considéré que c’était là un geste inamical à leur endroit. S’il voulait se passer de leur bénédiction, c’est qu’il leur préparait une crasse. Et comme il voulait entreprendre une autre tournée des « wahda thalitha » à Constantine, ils lui ont fait parvenir un message non codé. « Nous ne voyons aucun inconvénient à ce que tu rempiles. Mais c’est avec nous que tu dois négocier. Pas avec la populace. Ah ! Au fait, nous te déconseillons de faire ton voyage à Constantine. Des sources sécuritaires de première main nous informent que tu vas être victime d’un attentat. Et cette fois-ci, ce ne sera pas comme à Batna. Mais plutôt comme à Annaba. Tu connais un certain Boudiaf ? »
Bon ! Vous allez certainement me demander comment j’ai su tout ça. Et bien tout simplement par un moineau de mes amis qui passait par là, à tire-d’aile, du côté des Tagarins, ou de Ben Aknoun, je ne sais plus, et qui me l’a rapporté, à condition que je le garde pour moi. Je lui juré que ça resterait entre vous et moi.
Alors, c’est peut être pour cela que notre président nous boude. Il ne faut pas oublier que Bouteflika porte dans ses gênes le vieil esprit nédromi. « El andaloussi bell’ichara ».
Il veut que nous comprenions ce qui se passe, sans qu’il se mouille pour nous l’expliquer. Façon de nous dire « Ah, vous avez la part belle vous ! Vous êtes là, assis à ne rien faire, attendant que je vous sorte le rôti du four, que je me brûle les doigts. Vous voulez que tout vous tombe cuit dans la bouche. Et en plus, vous passez votre temps à faire semblant de m’applaudir. D’ailleurs c’est tout ce que vous savez faire, applaudir, applaudir et entre deux séances d’applaudissements, vous trouvez le temps d’applaudir. Et ben non ! Fini la fête. Vous voulez du rôti ? Alors allez vous le faire cuire. Sinon, allez vous faire cuire une soupe de fèves ! Désolé, mais c’est fini le rôti tout cuit avec moi. Tout têtus, obtus, lâches et moutons que vous êtes, je vous obligerai à aller au charbon. C’est dit ! Fâche ! Je ne vous parle plus. Jusqu’à ce que vous deveniez des hommes, et que vous vous bougiez le popotin. »
Et bien sûr, vous allez encore me demander comment j’ai pu deviner ce que Bouteflika nous a dit, en son for intérieur ? Et bien, croyez le ou non, c’est lui même qui me l’a dit lorsque je l’ai croisé une nuit, lors d’un cauchemar. Juré promis, croissant au lait, croissant au beurre !
Que celui qui ment va chez Tartag.
Et d’ailleurs, au cas où vous n’auriez pas remarqué qu’il nous boude, et qu’il ne veut plus nous adresser la parole, rappelez vous qu’après l’attentat des Issers qui a couté la vie à 48 jeunes algériens, il n’a pas prononcé le plus petit discours de sympathie, ni exprimé ses condoléances aux familles des victimes, ni dénoncé les auteurs de cet attentat. Alors qu’au même moment, la télévision de habib nous débitait les messages qu’il envoyait à d’autres chefs d’Etat, pour des festivités de deuxième ordre. C’était tellement outrancier, et tellement choquant que ca ne pouvait être fait que dans l’intention de blesser et de choquer justement. Mais cette attitude de mépris ostentatoire, même à l’encontre des morts, n’eut aucun effet sur la populace que nous sommes. Si demain, il décide de se rabibocher avec nous, je vous parie ce que vous voulez qu’il fera le plein d’applaudissements. Même si comme à son habitude, il nous pointe de son doigt accusateur, et qu’il nous traite de lavettes.
Le problème chez notre andaloussi de président, même s’il procède d’une intention louable, c’est que lui aussi est un Algérien qui s’ignore. Avec les tares qui vont avec. Et les œillères aussi. Il ne voit que lui, n’aime que lui, et veut que vous lui demandiez pardon quand il vous marche sur le cors. Mais, cher président bien aimé, on ne tue pas les morts, et nul ne peut donner ce qu’il n’a pas. Si nous sommes comme ça, c’est parce que c’est toi et tes comparses qui ont fait de nous une foule qui ne sait qu’applaudir. Nous sommes de pauvres moutons qui bêlent. Et lorsque nous sommes en colère, c’est à nous mêmes que nous nous en prenons. Nous cassons nos lampadaires, nous tordons nos poteaux électriques, nous brisons les vitres de nos mairies et de nos ecoles. Et si on est très énervés, nous nous entre-égorgeons. Il arrive même, lorsqu’on nous le demande avec du miel dans la voix, et du musc dans l’air, avec des promesses de paradis, que nous nous fassions sauter au TNT, au milieu de nous autres. Nous ne savons pas être un peuple, parce que vous ne nous l’avez jamais permis. Et si d’aventure, nous essayons de nous organiser entre nous, pour réclamer un tout petit peu de dignité, comme l’ont fait les fonctionnaires et les enseignants, vous envoyez contre nous nos enfants qui se sont engagés dans les CRS. Nous ne pouvons pas faire ce que vous attendez de nous. Parce que nous sommes une foule composée de chacun pour soi. D’ailleurs, nous sommes tellement étrangers dans notre propre pays, que notre rêve à tous est de le quitter, même à la nage, s’il le faut. Mais même pour ça, vous ne nous laissez pas faire, puisque le législateur vient d’inventer un nouveau délit, unique dans l’histoire de l’humanité, et qui s’appelle « Désertion du territoire national. » C’est en toutes lettres dans le journal El Khabar.
Alors, cher président bien aimé, nous, on veut bien chasser la junte et avoir un pays normal, où règne la justice, où les plus faibles ne meurent pas de faim dans un pays qui n’est même pas capable de gérer sa fortune, où nous pourrons choisir en toute liberté nos maires, nos députés et notre président. Mais la responsabilité incombe d’abord à celui qui est à la tête de l’Etat. C’est à dire vous ! Vous êtes le chef de l’Etat. Et vous avez dit publiquement que vous n’accepterez jamais d’être un trois quart de président. Alors faites ce que vous avez promis de faire. Pourquoi avez vous peur d’affronter les gininarates ? S’ils sont forts et qu’ils se comportent ainsi, en terrain conquis, comme si le pays tout entier, corps et biens leur appartenait de droit divin, s’ils utilisent le terrorisme pour se maintenir au pouvoir, s’ils pillent les richesses du peuple, s’ils entretiennent une intelligence avec des forces étrangères, souvent ennemies, s’ils ont fait un carnage de dizaines de milliers de civils innocents et qu’ils se sont concoctés une loi d’auto amnistie, s’ils veulent mettre le grappin sur le trésor de nos enfants, et bien, c’est parce que des gens comme vous, qu’ils ont eux mêmes installés à la tête de l’Etat, pour faire diversion, les laissent faire. C’est parce qu’ils mettent qui ils veulent et qu’ils démissionnent ou assassinent qui ils veulent. Vous avez peur de mourir ? C’est humain.
Mais ne venez pas nous reprocher ce que vous nous avez vous même inculqué. Alors, contentez vous de construire la plus grande mosquée du monde après la Mecque. Cela pourrait peut-être vous valoir des bons points dans l’autre vie. Nous allons tous nous mettre d’accord pour ne pas vous accabler. Les mendiants, les opprimés, les handicapés, les torturés, les assassinés, les prostitués, les veuves, les orphelins, les mal logés, les pas logés du tout, les chômeurs, les victimes de vos magistrats corrompus, les licenciés, les retraités, et toutes les victimes de votre régime et de ceux qui vous ont précédé, diront d’une seule voix qu’ils vous pardonnent de ne pas avoir eu le courage de faire votre devoir. Et que l’argent qui a servi a construire la mosquée est le votre.
De toute façon, le peuple algérien s’est toujours distingué par son indulgence. Sinon, ni vous, ni ceux qui vous entourent ne seraient là où vous êtes. A nous l’horreur, et à vous les honneurs.
D.Benchenouf


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