Édition du
23 March 2017

RAMADHAN : Souvenirs d’un premier jeûne

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Une journée mémorable
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De l’achat des vêtements à celui de la vaisselle ou encore la confection des gâteaux, les préparatifs de ce jour particulier passaient par des rituels rigoureux.

«J e me souviens comme si c’était hier, du premier jour où j’ai fait mon premier jeûne. Du haut des mes 8 ans, j’agissais pour la première fois comme une grande, faisant, comme les autres, mon devoir religieux. Cette expérience sociale et spirituelle m’a marquée et je me rappelle encore aujourd’hui, l’ambiance de fête qui régnait dans la maison pour cette première fois», se remémore Noura 58 ans, nostalgique d’un temps où les traditions et les us avaient leur pesant d’or dans la vie sociale algérienne. L’enfant qui jeûne pour la première fois, est «récompensé» selon la spécificité de chaque région du pays. Et ce ne sont pas les traditions qui manquent dans la vaste Algérie. Chaque région du pays a instauré sa propre tradition quant à cet «événement» généralement restreint uniquement à la famille, mais elles se rejoignent toutes dans la célébration de cette première pratique rituelle au lien «spirituel».
Pour le premier jeûne de leur enfant, les Algériens en font un cérémonial à même de l’encourager dans sa quête spirituelle et surtout pour le récompenser pour son effort et son courage. D’abord, ils choisissaient le jour durant lequel l’enfant va jeûner pour sa première fois. Pour cette date symbolique ce fut souvent le milieu du mois ou bien «Laylat el kadre», la Nuit du destin, 27e jour du Ramadhan qui était choisi. De l’achat des vêtements, à celui de la vaisselle ou encore la confection des gâteaux, les préparatifs de ce jour particulier se déroulaient selon des rituels rigoureux.
Et cela passait par les mets qui étaient servis durant le ftour. La petite fille qui jeûnait devait aider sa mère dans la préparation du ftour. Dans certaines régions, comme Alger, la fille devait préparer elle-même la chorba dans les ustensiles qu’on lui avait achetés spécialement pour cet événement, à savoir un fekhar, et un couscoussier. La préparation du repas finie, c’était au tour du choix de la tenue qu’allait porter l’enfant. Ce jour se voulait être un événement joyeux où il était le principal acteur et donc au centre de l’attention. Il était donc d’autant plus important de choisir la tenue dans laquelle l’enfant allait se présenter lors de la fête qui était donnée en son honneur. Les Algérois choisissaient de vêtir leurs enfants avec la tenue traditionnelle de la région. La fille, se voyait vêtue d’un seroual chelka, d’une bedyia (chemisier), d’une kamizoura, d’une mahrmet leftoul et de la bchimka (sandales). Sur sa tête, était posé khit erouh, un collier de perles, faisant office de couronne. C’est ainsi qu’elle se présentait pour passer à table et dîner avec les siens. Lors du ftour, elle présente à l’autorité masculine de la maison la chorba qu’elle avait préparée.
Le garçon, quant à lui, s’habillait d’un seroual kaâda, d’une kamizoura, d’une bediyia, bchimka, mais aussi et surtout d’un burnous et d’une chachiat stanbul.
Dans cette dernière, posée sur la table lors du ftour, les parents, ainsi que les invités présents à cette célébration, mettaient de l’argent ou des objets précieux en guise de récompense. Par ailleurs, dans les traditions algéroises, les enfants devaient boire dans un récipient, une «kolla», dans laquelle était mis un objet en or pour la fille, en argent pour le garçon, durant le repas.
Ce dernier fini, les parents invitaient les voisins, les amis et les proches pour faire la fête autour d’une «sniwa» garnie de gâteaux et de friandises, accompagnée de youyous exprimant la joie et la fierté de ces derniers. Ce rituel était le même dans presque toutes les régions du pays, à quelques différences concernant les toilettes portées par les enfants. A Tlemcen, par exemple, c’est la chedda que l’on faisait porter à la petite fille, alors qu’à Constantine, c’est une petite djebba Fergani.
D’autres régions comme la Kabylie, plus simples, organisaient des cérémonies moins complexes, dont une en particulier, où il était d’usage de faire monter l’enfant sur le toit de la maison, sur la terrasse de l’immeuble, ou encore sur le balcon, les yeux dirigés vers le ciel et de lui faire manger un, voire deux oeufs et lui faire boire charbat.
Malgré le fait que certaines familles algériennes perpétuent encore ces traditions séculaires, ces dernières tendent à disparaître et laisser place à un grand vide culturel, social et religieux.

Yasmine ZOUAGHI


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