Édition du
23 March 2017

Du statut de chahid au statut de harrag…

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par Sid Ahmed Benlazaar *

Alors que le salaire à venir du député avoisinera, selon les premières informations, les 27 millions de centimes, l’Algérien continue à boire la tasse. Il fut un temps où l’Algérien se battait pour mourir, mourir pour sa Patrie, sa Nation, son Pays.

C’était la grande période des Chouhada et des convaincus pouvoir faire l’Histoire de leur Pays.

Ils ne se posaient pas la question de savoir ce que pourrait être une démocratie, du civisme, ou une bonne gouvernance. Ils étaient Algériens. Et ils se comportaient comme tels.

Puis vint l’indépendance si chèrement payée. Les Héros d’hier, du moins ceux qui avaient survécu, vaquèrent à leur vie, certains d’entre eux décidant toutefois de continuer leur mission Divine en prenant en main le gouvernail de la destinée de l’Algérie.

Et puis le temps passa…

Et leurs enfants, ceux pour lesquels ils s’étaient battus à mort, grandirent, et eurent leur majorité, pour enfanter à leur tour une nouvelle génération.

Aux yeux des Héros d’Hier, ce peuple algérien était resté cet enfant, fragile, dont ils ne sauraient défaire la tutelle. Pire, cet enfant était incapable de prendre en charge la destinée de l’Algérie. Pour cela, il fallait continuer à gérer les responsabilités diverses, quitte à quémander des expertises étrangères, surtout pas nationales, leurs enfants étant, par définition, incapables d’en assumer les prérogatives…

Leur droit à Servir l’Algérie leur fut retiré.

Le temps de l’Héroïsme était bien mort…

Les enfants de l’Algérie tentèrent, à leur manière, de prouver leur existence; ils se reconnaissaient tous dans un match de football Algérie-Allemagne ou un Morcelli coureur de fond. Là, s’arrêtaient leurs possibilités. Le fantasme de l’impossible…Etre Héros ne serait-ce que par intermédiaire et symbolique.

Et puis ils grandirent, en voyant leurs aînés toujours aussi ancrés à leurs à priori et à leurs positions condamnant définitivement leur Nationalité à de simples symboliques tels que élections ou travail, pas forcément dans cet ordre.

Les enfants de l’Algérie, pas pour autant Algériens, confrontés au choix entre leur Avenir et le Passé de leurs aïeux, finirent par se révolter une première fois un certain mois d’Octobre, vite récupéré et transformé et dans la forme et dans le fond.

Définitivement convaincus alors de non seulement ne pas être Algériens mais pire, ne pas exister, ils prirent alors le chemin des Mers. Le Chahid s’est transformé en Harrag, préférant la Mort rapide à la Mort lente…

Nos aïeux, ayant compris alors le désarroi, du moins c’est l’impression que nous en avions eue à l’instant, promirent de réviser une grille des salaires devant permettre la redistribution de l’Algérianité. Ils n’oublièrent pas, toutefois, de bien scinder la grille en deux : celle des Hauts cadres d’Etat (les Pères de l’Algérie d’Aujourd’hui, auquel le droit de vie est un Droit) et les autres, enfants de l’Algérie, devant être traités de manière égale, et juste, en fonction des niveaux d’instruction et de formation, puisque ce sont la cheville ouvrière de l’Algérie. Ceux-là ne devaient surtout pas mourir, il fallait bien assurer leur survie de manière Juste et Equitable… Ce qui ne leur accorde pas toutefois le droit de vivre. Non. Pas encore. Un peu comme le décrivait l’émission pathétique de Hadj Lakhdar 2, émise sur la chaîne de Télévision Algérienne et ayant traité des Harraga. La symbolique était entière. Un vieillard respecté qui promet à ses enfants tout son Amour, en leur demandant toutefois de bien vouloir patienter et attendre de pouvoir hériter ses propriétés pour enfin vivre à leur tour…Il ne faut surtout pas prendre la Mer, il fait beau sous Son Algérie.

Du coup, une Question à 1 Dinar me donne des Migraines atroces : Si les Chouhada d’Hier savaient qu’ils allaient enfanter une génération de Harraga, auraient-ils donné leur Sang et laissé leurs Enfants et leur Familles…

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* Enseignant chercheur


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