Édition du
20 July 2017

Un immense vacarme en Algerie : La revolution par la joie !

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par J.Adams

Edition du 07 octobre 2008

Un événement incroyable et inattendu vient de survenir en Algerie. C’est une revolution d’un genre nouveau. Des opposants algériens lui ont donné le nom de  »Nuit de chahut national ». En réponse a la déclaration d’ un dignitaire du régime qui avait qualifié l’insurrection d’octobre 1988 de  »chahut de gamins ».
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Dans la nuit du 04 au 05 octobre, les populations d’Alger et de plusieurs villes algériennes, ont déclenché un vacarme inouï. Bruits de casseroles, de pilons, sifflets, youyous, huées et même sirènes de bateaux, ont réveillé tout le monde. Personne n’a ferme l’œil jusqu’à l’aube. Les gens ont vite compris que c’était la une nouvelle façon d’affronter et de dénoncer le régime et se sont joints massivement a cette dynamique sonore. Jamais, de mémoire d’homme, on n’a vu autant de gens faire autant de bruit. Cela a eu un effet fulgurant, puisque, des les lendemain, la presse du monde entier s’est faite l’écho de cette ahurissante nuit de chahut. Du jour au lendemain, cette nouvelle forme de manifestation politique a permis de montrer sous son véritable jour le vrai visage du régime algérien, et l’indicible souffrance du peuple qu’il opprime.

On ne sait pas ce qui a déclenché cette manifestation extraordinaire, pour le moins qu’on puisse dire, ni qui l’a organisé. Mais tous les observateurs s’accordent à dire que personne ne l’a prévu. Dans la nuit du 04 octobre et jusqu’à l’aube du 05 octobre, dans toutes les grandes villes algériennes, vers minuit, a un moment où les gens étaient habituellement endormis, un vacarme assourdissant éclata soudainement. Partout et en même temps. Ceux qui dormaient s’éveillèrent en sursaut, essayant de comprendre ce qui se passait. Les gens avaient peur, parce que cette nuit coïncidait avec la commémoration des événements tragiques du 05 octobre 1988, des manifestations violentes qui avaient été réprimées dans le sang par la junte au pouvoir.
A Alger, où la répression d’octobre 88 a été la plus sanglante, les gens, tires de son sommeil par le bruit qui allait en s’amplifiant, allongeaient le cou, du haut de leur balcon, tentant de voir si les jeunes étaient descendus dans la rue, et si c’étaient eux qui faisaient tout ce bruit. Mais après un moment d’appréhension, tout le monde se rendit compte que personne n’était dehors. Les gens restaient chez eux, et c’est depuis leurs domiciles qu’ils faisaient tout ce tintamarre.

Les plus âgés se crurent revenus au temps de la révolution algérienne contre le colonialisme français, quand les Algériens narguaient le couvre-feu, sans sortir de chez eux, juste en faisant du bruit. Un demi siècle plus tard, les Algériens ont-ils renoué avec cette méthode de protestation? Spontanément, sans même s’être consultes?
Mais cette fois-ci, si l’on en juge par l’ampleur de cette manifestation pacifique, une colère, longtemps contenue, semble avoir décuplé leur besoin de crier leur ras-le-bol. Car jamais personne n’a encore entendu un tel cri, lancé si fort, par tant de gens. Des millions de gens qui hurlent en même temps leur colère, mais aussi leurs espérances de lendemains meilleurs, des cris d’amour a leur patrie, au milieu de la nuit, sans que rien ne le laissât prévoir.

Cela a commencé vraisemblablement dans des quartiers populaires d’Alger. Un tintamarre de casseroles, de coups de sifflets et de huées. Puis les pilons de mirent de la partie. Le pilon en cuivre est un objet présent dans tous les foyers algériens. Les Algériennes s’en servaient souvent, pendant la révolution algérienne, pour exaspérer le moral des soldats français. Le pilon algérien a l’avantage d’être très sonore et sa résonance extrême ne permet pas de le repérer. Un seul de ces objets peut réveiller tout un quartier. Il faut alors imaginer tout le bruit que les milliers de pillons algérois commencèrent à faire au milieu de la nuit. Puis le téléphone arabe, et le téléphone tout court, commencèrent a répandre la nouvelle: Des consignes venues on ne sait d’où volaient. Cette nuit du 05 octobre devait être commémorée par le peuple, contre le régime. Mais sans violence. Les mots d’ordre, clairs, concis, circulaient de plus en plus vite. Il fallait faire le plus grand vacarme jamais entendu. Le monde entier devait savoir que les Algériens étaient pris en otages par des criminels qui se servaient du terrorisme et d’institutions de façade pour garder le pouvoir. Pour voler les richesses du peuple. Et en le faisant tuer lorsqu’il tentait de résister. Puis de bouche a oreille, les gens apprirent que le régime avait mis en place, comme il lavait fait en 1988, un complot pour pousser les jeunes à des émeutes violentes, voire a des jacqueries qui se tourneraient contre la population elle même. C’est une méthode éprouvée du régime de s’imposer comme le sauveur de la république et de la quiétude publique. Un journal de l’opposition qui parait sur le web, avait alerté la population sur ce complot, et recommandé aux jeunes de ne pas sortir de chez eux, cette nuit là. Le message avait été visiblement bien reçu, puisque les jeunes étaient restes chez eux. C’étaient eux qui tapaient dans les pilons. Puis, comme un cri sorti des tréfonds de la nuit, les premiers youyous montèrent au ciel, comme s’ils volaient d’un toit à l’autre. Une sorte de relais sonore, un cri de ralliement, étrange mélange de liesse et de fureur. Le youyou des femmes algériennes, comme leurs pilons, est particulier à ce pays. Il est plus strident, plus long et opiniâtre que celui des autres femmes du Maghreb. Pendant la révolution algérienne, il galvanisait le courage des combattants. On dit de ce youyou, qui sait être cri de guerre ou d’allégresse, qu’il fait bouillir le sang du frère et qu’il glace celui de l’ennemi. Ce qui n’a certainement pas manqué d’arriver aux barons du régime, et leurs familles, réveillés en sursaut par ces milliers de youyous qui faisaient vibrer le ciel d’Alger. Vers 02 heures du matin, le vacarme était devenu littéralement assourdissant. Le plus grand tapage nocturne de l’histoire. Les klaxons des voitures s’étaient joints, en bruit de fond interrompu, à cette soirée dont on ne savait plus si elle était de fête ou de combat. Tous ceux qui avaient des voitures étaient descendus pour donner leur coup de klaxon. Cela eut pour effet de créer une ambiance surréaliste, une sorte de communion, de connexion, par le bruit. Les gens se hurlaient a l’oreille, pour s’entendre. Les rires fusaient. Puis les drapeaux apparurent aux fenêtres et aux balcons. On ne tarda pas à apprendre que d’autres villes, dont les habitants avaient été appelés au téléphone par leurs parents ou amis Algérois, avaient rejoint le mouvement. Épouvantés et pris de court par un tel phénomène, les autorités algériennes ne surent pas comment réagir. Des patrouilles se mirent à sillonner les rues d’Alger. Des dizaines de barrages militaires et de police furent installés un peu partout dans la ville. Les policiers et les militaires étaient visiblement dans un état de nervosité extrême. Quelques noctambules qui rentraient chez eux en firent les frais. Cette nuit de vacarme dura jusqu’à l’aube. Elle cessa avec les premiers appels à la prière. Elle cessa subitement, clôturée par un chorus de longs youyous. Puis ce fut le silence.

Alger et d’autres villes algériennes se sont réveillés avec un sentiment nouveau, diffus et vague, mais qui brillait dans les yeux de tout le monde. Les gens sentaient qu’ils venaient de donner une leçon d’humanité a leurs dirigeants qui ne les considéraient plus que comme une populace docile et imbécile. Ce fut réellement une leçon. Malgré la chape de plan qui pèse sur leur pays et l’étroite surveillance dans laquelle le régime tient toute la population, celle-ci a fait la preuve d’une capacité admirable a s’unir face a un régime qui a cru l’avoir définitivement désolidarisée et déstructurée. Les Algériens ont encore réussi a nous étonner. Avec cette magnifique révolution sonore, ou les femmes et les hommes de ce pays ont crié leur révolte face a ce régime qu’ils honnissent et qui a réussi a faire taire leurs voix pendant des décennies.

A Alger, nous avons vu dans les yeux des gens, une étincelle de renouveau. Pour les barons du régime, c’était la gueule de bois. Leurs yeux étaient ternes, fuyants, et un rictus amer disait tout leur désarroi. Nombreux d’entre eux, comme ils l’avaient fait en Octobre 88 avaient envoyé leurs familles dans leurs résidences européennes dès le lendemain du chahut national. Le Club des pins, que les Algériens appellent par dérision Club des lapins, et qui est l’endroit hyper sécurisé où loge la majorité de la Nomenklatura, s’est vidé de ses habitants. En l’espace de deux jours. Les dirigeants de ce pays agissent comme s’ils étaient en pays ennemi. Et ils ont bien raison. Ils n’auraient jamais imaginé que les Algériens pouvaient leur faire une telle surprise. Il ne leur faudra pas longtemps pour réaliser que plus rien ne sera comme avant. Les Algériens viennent de découvrir qu’on pouvait vaincre une armée sans sortir de chez soi. Ils venaient de découvrir que leurs dirigeants ne pourront plus les pousser a s’entretuer. Ils avaient découvert, avec émerveillement, la puissance de la force tranquille. Que le peuple est un fleuve puissant, qui n’a pas besoin de sortir de son lit, pour fertiliser la terre.
Un jeune adolescent, dont on serait a mille lieux de penser qu’il s’intéresse a la politique, m’a dit que cette nuit du 05 octobre est le commencement d’une nouvelle vie pour les Algériens, et la fin de vie, pour le régime qui les opprime.

J.Adams
Traduction: A.Bessaci


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