Édition du
30 March 2017

«Nous devrions nous retirer de tous les territoires occupés»

LE JEUNE INDEPENDANT

Par Nordine Mzalla

Ehud Olmert, le Premier ministre israélien démissionnaire, confondu pour des affaires de corruption par la justice de son pays, vient pourtant d’inscrire son nom dans les pages les plus mémorables de l’histoire de ce conflit au Proche-Orient. Tandis que le processus de paix souffre toujours de reports chroniques, l’ex-leader de Kadima vient de plaider publiquement pour l’incontournable retrait des territoires palestiniens dans leur quasi-totalité.
el-qods.jpg

Les mauvaises langues déverseront probablement leur fiel sur cette sortie plutôt étonnante du chef du gouvernement israélien sortant en raison de sa démission mais toujours chargé de l’intérim jusqu’à la formation d’un nouveau cabinet. «Je dis ce qu’aucun dirigeant israélien n’avait dit auparavant : nous devrions nous retirer de presque tous les territoires, y compris de Jérusalem-Est et des hauteurs du Golan» a-t-il déclaré lors d’un entretien accordé au quotidien Yedioth Ahronoth, publié hier. Le controversé négociateur poussé à la porte par la justice de son pays et une classe politique s’acharnant à réclamer son départ vient compliquer la tâche de sa remplaçante à la tête de Kadima, Tzipi Livni. Cette opinion personnelle prend les dimensions d’un aveu au sujet de la faillite politique du sionisme, pourtant ciment essentiel de l’Etat d’Israël.
Une opinion forcément bien mûrie pendant de longs mois de pourparlers avec la partie palestinienne, et certainement d’autres acteurs sur la scène internationale qui n’ont pu conseiller d’autres voies pour la paix que celle reposant sur un retour aux frontières de 1967. Dans la foulée, Olmert évoque aussi la restitution du Golan, région syrienne occupée par Israël, suite à la guerre des Six Jours. Son annexion par l’État hébreu le 14 décembre 1981 a été condamnée par le Conseil de sécurité des Nations unies et n’a jamais été reconnue par la communauté internationale. Une grande concession que défend le Premier ministre israélien dans un deal possible qui ramènerait la paix avec les Palestiniens, sans oublier les Syriens. D’ailleurs, il ajoute à ce propos : «J’aimerais voir s’il y a une seule personne sérieuse dans l’Etat d’Israël qui croit possible de faire la paix avec la Syrie sans renoncer finalement aux hauteurs du Golan.» Il faut dire qu’il connaît la position de Damas depuis l’amorce des négociations enclenchées ces derniers mois grâce à la médiation d’Ankara. Certes, on peut se demander pourquoi il n’a pas développé cette thèse lors de son plein exercice de chef du gouvernement quand, paradoxalement, son passage aux commandes a favorisé l’expansion des colonies, notamment à Jérusalem-Est qu’il évoque. Mais, naturellement, exprimer un avis et gouverner un pays sont deux entreprises bien différentes, surtout lorsqu’on se remémore les difficultés de sa formation politique, Kadima, jouissant d’une fragile majorité à la Knesset. Un parti majoritaire talonné par les travaillistes, le Shass et le Likoud, catégoriquement opposés à des accords de paix trop coûteux en territoires. D’autre part, aucune réaction pour l’instant du côté des Palestiniens par rapport à cette sage rédemption d’un politique israélien, mais le point de vue d’Olmert rejoint le plaidoyer d’Ahmed Korei, l’un des négociateurs de la délégation de Mahmoud Abbas : «Nous ne pouvons pas avoir un Etat truffé de colonies qui scindent notre territoire», faisant allusion au morcellement de la Cisjordanie. On peut donc spéculer sur une certaine satisfaction dans les territoires occupés où cette sortie israélienne sera sûrement vécue comme une bataille politique remportée dans le camp adverse. En effet, du côté d’Israël, la realpolitik d’un Premier ministre, au chevet de son action politique, risque de gâcher les fêtes du nouvel an juif débutant hier et qui coïncident avec cette tonitruante actualité politique.
D’ores et déjà, les territoires sont bouclés avec interdiction de passage aux Palestiniens vers les bourgades occupées. Des mesures classiques, comme le fait remarquer l’AFP, avec ce souci d’éviter toute explosion ou attentat, sauf que cette fois c’est au sommet de l’Etat sioniste que le kamikaze Olmert a fait exploser la vérité sur la seule solution possible dans ce conflit où Israël ne pourra jamais avoir raison, en dépit de sa force militaire et de ses alliés inconditionnels parmi les grandes puissances. N. M

Commentaire: Cette déclaration est d’une importance capitale. Elle aurait eu plus de chances de susciter un débat au sein de la société israélienne si Olmert l’avait faire avant sa defaite politique et ses démêlés avec la justice de l’Etat hébreu. Mais il n’en demeure pas qu’elle fera date et qu’elle ne manquera pas de poser la problématique en des termes clairs. D.B

Nombre de lectures : 844
PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

Congrès du Changement Démocratique