Édition du
26 March 2017

Plus de 600 navires de plaisance introduits en 2008 : Trafic de bateaux de luxe au port d’Alger

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Ce qui n’était qu’une rumeur s’est avérée une réalité amère, qui vient secouer pour la énième fois les services des douanes du port d’Alger. La frénésie constatée ces deux dernières années dans l’importation des bateaux de plaisance n’était pas fortuite. Les importateurs bénéficiaient d’importantes minorations des droits et taxes douaniers.
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Non pas parce que ceux-ci ont connu une baisse, mais tout simplement parce qu’il y avait une histoire de complicité, pour ne pas dire de corruption, au niveau de l’inspection divisionnaire et principale aux régimes particuliers du port d’Alger. Selon nos sources, l’enquête interne lancée par le tout nouveau directeur régional a levé un véritable lièvre. Les 600 dossiers d’importation de bateaux de plaisance, examinés par les enquêteurs, comportaient des factures aux montants hallucinants. Un bateau coûtant 30 à 40 000 euros est déclaré à 2000 et 5000 euros. Ce qui implique une réduction considérable des droits et taxes. La valeur passe de 1 million de dinars à 150 000 DA, voire 100 000 DA le navire.

Pour l’instant, personne ne sait dans la poche de quel responsable ou agent des douanes atterrissait la différence induite par cette flagrante minoration, qui privait le Trésor public de sommes colossales dépassant (selon les premières estimations) largement les 10 milliards de dinars. Il est important de relever par ailleurs que l’enquête préliminaire, ont indiqué nos sources, a fait état de « l’absence flagrante de contrôle interne » au niveau de ce service. Volontaire ou pas, cette défaillance constitue la principale cause de ce courant de fraude. Ce qui a incité le directeur régional à examiner tous les dossiers d’importation de navires de plaisance en remontant jusqu’au début de l’année 2007.

Vraisemblablement, le responsable ne s’attendait pas à ce que le nombre de 600 dossiers de dédouanement soit enregistré en l’espace de 8 mois seulement, d’autant qu’il s’agit d’un produit de luxe censé être frappé de taxes très élevées. En attendant la fin de l’enquête, les plus hauts responsables de l’institution douanière ont donné des instructions en vue de convoquer tous les importateurs concernés et leur appliquer un redressement fiscal. Les réfractaires et ceux qui ne répondront pas aux convocations, nous a-t-on indiqué, seront poursuivis en justice. L’affaire est actuellement suivie de près par tous les responsables de l’institution douanière, lesquels ont d’ailleurs institué une commission pour aller au fond de ce scandale et démasquer les véritables auteurs de ce courant de fraude qui a éclaboussé les services de l’inspection divisionnaire et principale aux régimes particuliers au port d’Alger.

Un service qui, faut-il préciser, fait l’objet d’une autre enquête interne sur les importations des voitures dites grosses cylindrées. Le contrôle effectué sur 8 opérations d’importation de ce type de véhicules, durant cette année, a montré qu’au moins cinq dossiers de dédouanement ont disparu du système, parmi lesquels celui d’un véhicule propriété d’une personnalité de l’Etat. Là aussi, l’enquête est actuellement en cours et risque d’aboutir à des révélations fracassantes, comme celles d’il y a deux ans, lorsque plus de 250 dossiers de vrais faux modèles de dédouanement de véhicules importés, délivrés à des particuliers, sans que les droits et taxes ne soient versés à la recette. De nombreux douaniers ont été d’ailleurs entendus et plusieurs autres poursuivis en justice. Il faut reconnaître que le mérite revient en particulier à l’actuel directeur régional qui, dès son installation, s’est « attaqué » à ce que certains qualifient de « république des containers ». D’abord, les coups assénés aux réseaux de contrebande de pétards, en l’espace de trois mois, et ensuite cette affaire de minoration de la valeur des bateaux de plaisance ou celle de l’importation des véhicules (type grosse cylindrée) qui a nécessité le recours au fichier des voitures volées d’Interpol.

Toutes ces affaires laissent penser que l’institution douanière est décidée à donner un coup de pied dans la fourmilière de la mafia de l’import-import. Si c’est le cas, l’avenir immédiat devrait le confirmer, car ce ne sont pas les affaires de corruption qui manquent.

Par Salima Tlemçani


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