Édition du
22 July 2017

La Thaïlande est secouée par de violents affrontements

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Des soldats patrouillaient dans les rues de Bangkok mercredi 8 octobre, au lendemain de violences politiques qui ont fait deux morts et plus de 400 blessés et accru l’instabilité de la Thaïlande

Une atmosphère saturée de gaz lacrymogènes, des montagnes de bouteilles d’eau pour soulager les yeux enflammés. Des traces de sang laissées par des manifestants blessés. Mardi soir, les rues qui entourent le Parlement thaïlandais portaient encore les traces des affrontements entre la police et les manifestants de l’Alliance du peuple pour la démocratie (APD), affrontements qui ont commencé à l’aube pour se finir tard dans la soirée.

Plus de 400 manifestants ont été blessés. Une jeune femme a été tuée. La police maintient que seuls des gaz lacrymogènes ont été utilisés, mais plusieurs médecins affirment que certaines blessures ont été provoquées par des explosifs. Un homme a perdu une jambe et plusieurs autres personnes auraient eu des doigts arrachés. L’explosion d’une voiture non loin du site des manifestations a fait un mort, mais il n’est pas certain que les deux événements soient liés.

Les sympathisants de l’Alliance du peuple pour la démocratie, qui demandent le départ de la coalition au pouvoir, voulaient bloquer le Parlement pour empêcher le nouveau premier ministre Somchai Wongsawat de prononcer son discours de politique générale. Des parlementaires sont restés bloqués dans le bâtiment pendant plusieurs heures.

Policiers blessés par balles

La presse thaïlandaise s’indigne du recours à la force, mais le premier ministre réplique que certains des manifestants étaient armés. Des policiers, une vingtaine environ, ont été blessés par balles et avec des piquets. Dans les rues, certains protestataires avaient des clubs de golf ou des barres de fer à la main. Des soldats non armés ont été déployés mercredi dans le quartier des ministères, où le calme était revenu. Le reste de la capitale n’a pas été touché par les combats.

Bangkok n’avait pas connu d’affrontements aussi violents depuis la répression du mouvement pro-démocratique de 1992. Cette éruption de colère survient après quatre mois de manifestations en grande majorité pacifiques. Fin août, les manifestants de l’APD avaient provoqué de premiers remous en s’installant dans l’enceinte du siège du gouvernement, où ils sont toujours plusieurs milliers à camper, généralement dans une ambiance de kermesse. Ces dernières semaines, l’ambiance semblait même plutôt à l’apaisement, avec la nomination d’un premier ministre réputé modéré et le lancement de discussions entre l’APD et le gouvernement.

Mais le fond du problème subsiste. L’APD refuse tout gouvernement mené par le Parti du pouvoir du peuple (PPP), élu en décembre dernier. Le PPP est composé d’alliés de l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, chassé du pouvoir par les militaires en 2006. Mis en cause dans plusieurs affaires de corruption, Thaksin a fui en Grande-Bretagne début août, où il demande l’asile politique. Les protestataires de l’APD lui reprochent de tirer les ficelles de l’actuel gouvernement : le nouveau premier ministre n’est autre que le beau-frère de Thaksin.

Allégeance au roi

Issus en majorité des classes moyennes aisées de Bangkok, les manifestants estiment que le gouvernement actuel ne doit son élection qu’à l’achat de votes auprès des populations rurales défavorisées. Affichant leur allégeance au roi, ils demandent l’instauration d’un nouveau système politique dans lequel seule une partie du Parlement serait élue.

Certains observateurs estiment que l’APD veut en fait amener l’armée à s’emparer de nouveau du pouvoir, comme en 2006. « Leur stratégie est de pousser à la confrontation, pour qu’il y ait un nouveau coup d’État », estime l’analyste politique Giles Ji Ungpakorn. Mais depuis le début de la crise, le chef de l’armée, le général Anupong Paojinda, ne cesse de répéter qu’il n’interviendra pas. Les militaires semblent avoir été échaudés par quinze mois de gouvernement peu concluants. « L’armée traverse une période difficile. Elle a peu à gagner d’un nouveau coup d’État », souligne Chris Baker, universitaire spécialiste de la Thaïlande.

Le premier ministre Somchai Wongsawat a exclu toute démission ou dissolution de l’Assemblée. Il a assuré aux diplomates étrangers qu’il comptait « résoudre les problèmes internes par des moyens démocratiques ». L’APD appelle à poursuivre le mouvement contre un gouvernement qu’elle qualifie désormais de « tueur ».
Emmanuelle MICHEL, à Bangkok


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