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21 July 2017

Téhéran a aidé Bush dans sa traque d’Al-Qaida

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ÉTATS-UNIS/IRAN | L’Iran a aidé l’administration Bush dans sa «guerre contre le terrorisme». L’ex-négociatrice du Département d’Etat le révèle dans une interview. Signe d’un possible rapprochement entre Washington et Téhéran ?
AhmadiNejad

© AP | Le Président de la République islamiste d’Iran, Mahmoud Ahmadinejad.

OLIVIER BOT | 10.10.2008 | 00:00

«Bomb Iran, bomb, bomb.» Le refrain d’hostilité américaine à l’égard de Téhéran, fredonné jusqu’à la caricature par John McCain, candidat républicain à la présidence, est peut-être trompeur. L’Iran – ce pays désigné en 2002 comme faisant partie de «l’Axe du mal» par George Bush – a aidé le président américain dans sa «guerre contre le terrorisme». Hillary Mann Leverett, qui l’affirme, est bien placée pour le savoir. Elle a été la négociatrice de l’Administration Bush avec la République islamique d’Iran entre 2001 et 2003.

Dans une interview donnée mardi à l’agence AP, elle précise même qu’après les attaques du 11?Septembre, l’Iran a arrêté des centaines de combattants d’Al-Qaida à la frontière afghane. Elle raconte également que Téhéran a transmis alors à Washington, via les Nations Unies, plus de 300 photocopies de passeports d’islamistes expulsés vers des pays arabes.

Des positions renforcées

Cette révélation n’intervient pas par hasard dans la dernière ligne droite de la présidentielle américaine. Le mari d’Hillary Mann Leverett, lui-même expert pour le Moyen-Orient dans divers organes du pouvoir américain et à la CIA, est aussi un membre éminent du think-thank New America Foundation.

Or, ce laboratoire de la politique américaine appelle le futur président, quel qu’il soit, à revoir la politique de la Maison-Blanche à l’égard de l’Iran, de manière aussi radicale que l’a fait Richard Nixon, dans les années 70, pour la Chine. «L’Amérique doit expliquer qu’elle ne cherche pas à changer la nature du régime iranien mais ses choix politiques, tandis que l’Iran doit accepter certaines limites à son programme nucléaire», écrit Flynt Leverett.

«Après le 11 Septembre, l’Iran a été un des rares pays musulmans à manifester son soutien aux Américains», rappelle
Mohammad Reza-Djalili, professeur à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève. «Et les talibans sont les ennemis jurés de l’Iran, des sunnites très antichiites»,
explique-t-il.

«Pour les Américains, les Iraniens peuvent jouer un rôle positif en Irak, gouverné par un premier ministre chiite. L’Irak baassite qui était le contrepoids régional à l’Iran n’existe plus. Et depuis la guerre des 33-Jours, les positions iraniennes se sont aussi renforcées au Liban», poursuit le politologue de nationalité suisse et iranienne.

Un certain réalisme diplomatique impose donc de composer avec cette puissance montante de la région. D’autant que «l’Occident cherche à réduire sa dépendance au gaz russe et qu’il ne peut le faire que grâce à l’Iran, deuxième réserve de gaz au monde, et au gazoduc qui le lui livrera, d’ici à deux ou trois ans, par la Turquie», conclut-il.

Le président de la République islamique d’Iran, Mahmoud Ahmadinejad. La révélation n’intervient pas par hasard dans la dernière ligne droite de la présidentielle américaine: le futur président devra revoir la politique des Etats-Unis à l’égard de l’Iran, comme Nixon l’avait fait pour la Chine.


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