Édition du
28 March 2017

Révision constitutionnelle : Le silence troublant de Bouteflika

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Bouteflika Abdelaziz

Les jours et les semaines défilent et le président de la République poursuit de discourir comme si nulle échéance politique et nul rendez-vous électoral ne le guettent. Tlemcen, qu’il a préférée pour lancer officiellement l’année universitaire et où il était attendu qu’il situe les perspectives, l’aura finalement accueilli sans exagération dans la fanfare et surtout l’a vu repartir comme il était arrivé, c’est-à-dire toujours enveloppé dans son mutisme à propos de la révision constitutionnelle.
Sofiane Aït Iflis – Alger (Le Soir)- Que de voix, tant officielles que comptabilisées comme pirouettant dans la plus proche proximité du sérail, avaient pourtant tonné pour alerter de l’imminence de la révision constitutionnelle. Ahmed Ouyahia, replacé sur le fauteuil de chef du gouvernement après une disgrâce longue de deux années, manquait, il n’y a pas si longtemps, juste de jurer que la Constitution allait être révisée incessamment. Dès lors qu’il est parvenu à reprendre les rênes de l’exécutif des mains de Belkhadem à un moment où ce dernier affichait sérénité et certitude, il n’y avait pas de raison de ne pas prendre au sérieux son affirmation. D’aucuns l’ont cru au point même d’établir la prévision pour cette opération qui verrait la loi fondamentale débarrassée de la disposition limitant les mandats présidentiels à seulement deux consécutifs et qui, partant, permettrait au président Bouteflika de postuler pour un renouvellement de bail pour le palais d’El- Mouradia. Des dates ont été avancées pour ce lifting constitutionnel. Des rendez-vous ont été sériés comme probables réceptacles du laïus présidentiel qui consignera enfin la grande annonce. Dans cet exercice de probabilités, l’ouverture officielle de l’année universitaire intégrait le spectre des éventualités retenues. Faux. Le président de la République a prononcé certes un discours à Tlemcen mais, une fois de plus, s’est retenu de commettre ne serait-ce la moindre allusion à la révision constitutionnelle. Silence troublant de la part de quelqu’un qui fait de sa pérennité au sommet de l’Etat un quasi sacerdoce ! Tout autant troublant le peu d’entrain mis, ce dimanche à Tlemcen, par ses thuriféraires à organiser un chœur pour exécuter la fameuse rengaine de «Ouhda talitha». L’amphithéâtre où il a prononcé son discours n’a fait l’échos que d’une voix solitaire ayant clamé «Ouhda talitha», au moment où le président rappelait qu’il avait prédit en 2001 déjà que l’université algérienne accueillerait un million d’étudiants à l’horizon 2008. La symphonie électorale n’a pas été de mise au moment de la randonnée pédestre pour laquelle des écoliers, en majorité, ont planté le décor. Surprenant tout de même que l’on ne donne pas de la voix pour un troisième mandat, après que, successivement, Ouyahia et Belkhadem aient parlé d’une révision constitutionnelle à brève échéance. Inexpliquée aussi l’attitude du président de la République qui se mure dans le silence alors que la présidentielle approche. D’aucuns expliqueront que, non tenu par des contraintes réglementaires et calendaires, en matière de révision constitutionnelle, le président de la République choisira le moment qu’il jugera le plus opportun pour procéder à l’amendement constitutionnel, d’autant que l’entreprise s’accomplirait, dit-on, par voie parlementaire. Admettons qu’il s’agisse de cela, il n’en demeure pas moins que pareille attitude générerait des répercussions négatives sur le plan économique et dans la relation du pays avec les partenaires étrangers. En effet, le manque de lisibilité politique, maintenu en dépit de l’approche d’une échéance capitale, n’est pas pour booster les initiatives de coopération et de partenariat. La situation favorise, chez les partenaires étrangers, le wait and see. Au plan intérieur, le silence présidentiel autour de la révision constitutionnelle ainsi sur sa volonté ou pas de se représenter pour un troisième mandat agit en facteur sclérosant en matière d’initiatives partisanes. Ces dernières ne devraient normalement pas manquer à six mois de l’élection présidentielle. Le président Bouteflika pourrait faire exprès de durer le suspense, le moyen par lequel il entend de sevrer ses potentiels concurrents d’une possibilité d’échauffement préélectoral. A moins que, a contrario, le président hésiterait réellement à briguer un autre mandat. Là, c’est une tout autre lecture. Mais quoi qu’il en soit, ce n’est pas très démocratique de se comporter ainsi face à une échéance électorale déterminante. La compétition devrait avoir déjà commencé, du moins en ce qui concerne l’expression de velléités de candidatures.
S. A. I.


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