Édition du
24 March 2017

La fin de l'illusion Bouteflika

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Un président qui hait son peuple. Un peuple qui honnit son président. Déjà en 2001. Rétrospective d’un article sur le bilan calamiteux d’un président mégalomane …
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par Baya Gacemi, mis à jour le 23/01/2004 – publié le 21/06/2001
Le président croyait en ses chances de faire bouger le régime. Deux ans après, conspué par la rue, il n’a plus aucune prise sur les événements

Son arrogance en a pris un coup. Les événements sanglants de Kabylie, qui ont fait une soixantaine de morts et des centaines de blessés, et qui semblent faire tache d’huile dans tout le pays, ont déstabilisé le président Bouteflika. Même si, dans un sursaut d’orgueil, il est allé se faire acclamer, lors d’une tournée dans les wilayas du Sud, par des Sahariens dont le pacifisme est légendaire. La manifestation d’Alger, jeudi 14 juin, a tourné à l’émeute et à la bataille de rue. La seule réponse des autorités a consisté à annoncer que les marches populaires seraient désormais interdites. Et, comme un verrouillage ne vient jamais seul, au moment où l’on enterrait les deux journalistes tués lors des échauffourées du 14 juin, le Sénat votait sans états d’âme les amendements au Code pénal qui répriment sévèrement la presse et toutes les libertés.

Jamais en Algérie un chef d’Etat n’avait été à ce point conspué par la rue. Pourtant, en accédant au pouvoir, en avril 1999, Abdelaziz Bouteflika avait quelques raisons de croire qu’il allait pouvoir changer les choses. Il était convaincu qu’il allait prendre une revanche sur ceux qui, quelques années auparavant, l’avaient exclu – du pouvoir et du parti – après avoir terni sa réputation en l’accusant d’avoir puisé dans les caisses de l’Etat dans les années 70, lorsqu’il était le fringant et sulfureux ministre des Affaires étrangères de la toute jeune et révolutionnaire république algérienne. Il avait même caressé le rêve d’obtenir – comme son «ami» Nelson Mandela – un prix Nobel de la paix. Et, pour cela, il avait ses recettes, qu’il pensait pouvoir faire valoir devant l’opinion publique internationale. D’abord, se montrer ouvert au dialogue en proposant une amnistie générale aux groupes armés islamistes. Ensuite, séduire les Occidentaux en multipliant les voyages à l’étranger, en lançant des appels au retour des juifs et des pieds- noirs d’Algérie ou en serrant la main de l’ex-Premier ministre israélien, Ehud Barak.

Mais cette stratégie a vite tourné court. Car aucun des problèmes de fond n’a été résolu. Sur le plan de la sécurité, la loi sur la «concorde civile» a principalement servi à blanchir des criminels, dont certains, enrichis par le racket, étaient désireux de reprendre une vie sociale normale. Alors que le texte voté par le Parlement excluait du champ de l’amnistie les personnes coupables de crimes de sang, des meurtriers ont été autorisés à rentrer chez eux sans qu’aucune enquête judiciaire préalable n’ait été faite. Il leur suffisait de déclarer à une commission de probation qu’ils n’avaient joué qu’un rôle secondaire! Résultat: les plus déterminés sont toujours dans les maquis et les attentats continuent. Plus de 2 000 personnes ont été tuées ces deux dernières années.

Une révolte qui risque de dégénérer

Quant à la politique d’ouverture sur le monde, elle s’est limitée à des effets d’annonce sans consistance. Et la multiplication des voyages à l’étranger a donné aux Algériens le sentiment d’une absence au sommet de l’Etat. «Il a oublié qu’il avait un pays en crise à gérer», dit l’un de ses anciens compagnons. «Pourtant, ajoute-t-il, Bouteflika a eu une chance inouïe. Pour une fois, l’armée était vraiment déterminée à laisser faire le civil.» Mais le président a voulu décider de tout, allant jusqu’à vouloir nommer lui-même les fonctionnaires des wilayas, déniant publiquement à son Premier ministre le droit d’avoir un programme. En même temps, dans son désir de paraître consensuel, il a tenté de rallier à lui l’ensemble des représentants de la vie politique et associative. «Il a tout laminé. Depuis son arrivée, il n’y a plus de société civile», dit un autre représentant du sérail.

Surtout, il n’a pas réussi à redonner espoir aux Algériens. Les promesses d’investissement ont été oubliées, le niveau du chômage a continué de monter, la crise du logement s’est aggravée… La révolte qui gronde actuellement risque de dégénérer sans qu’aucune solution ne soit apportée à cette «mal-vie». Contrairement aux rumeurs, l’armée refuse, pour l’heure, de participer à la gestion de la crise. Le président n’a d’autre choix que de s’en remettre à ses protecteurs les plus proches. Au premier rang desquels son directeur du cabinet, le redoutable et inamovible Larbi Belkheïr.


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