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20 July 2017

Pourquoi les prix du pétrole se sont effondrés

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Par Georges Dupuy, mis à jour le 17/10/2008 18:20:45 – publié le 17/10/2008 16:22

Les Etats membres de l’OPEP ont décidé de se réunir dans l’urgence. Les cours du brut sont descendus sont descendus à 70 dollars le baril: 50% de moins qu’en juillet 2008. Une réduction de la production est à l’étude. Le dossier de LEXPRESS.FR.
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Comment les pays exportateurs de pétrole ne réagiraient-ils pas ? Il y a le feu à leur lac. L’OPEP, leur organisation, a décidé de se réunir, en catastrophe, le 24 octobre prochain

Huit jours après que le cours du Brent de mer du Nord a glissé sous la barre des 67 dollars le baril. Deux fois moins qu’en juillet dernier.

Battons notre coulpe ! Il y a presque trois mois, alors que le pétrole valait 144 dollars le baril, L’Express s’interrogeait pour savoir jusqu’où monterait son prix. Certes, légère anticipation, un encadré était consacré au scénario noir d’un retournement du marché.

Pour le reste, nous nous faisions l’écho de prévisions de cours avoisinant les 200 dollars par baril à la fin de 2008, et pourquoi pas 300 dollars. Aujourd’hui, la vitesse de la descente aux enfers surprend tout le monde.

«Les prix ne répondent plus à rien», note Moncef Kaabi, responsable des matières premières chez Ixis CIB. Le reflux des fonds d’investissement, qui se sont empressés de vendre leurs positions sur le marché pétrolier pour trouver les liquidités dont ils avaient besoin, a amplifié la dégringolade.

Mais les investisseurs ne sont pas tous partis : ainsi en est-il, par exemple, des fonds de pension, qui jouent sur un horizon de 15 à 20 ans.

Aujourd’hui, les contrats «virtuels» à long terme représentent, encore, 30% du marché. Un niveau suffisant pour assurer le fonctionnement normal des transactions mais encore susceptible, à la marge, d’influer sur les cours.

La consommation s’est écroulée
Au delà, l’explication fondamentale, c’est l’écroulement de la consommation, dû au niveau de prix trop élevé de ces derniers mois. En septembre 2008, la consommation est tombée à 84 millions de barils par jour contre 87 millions aux beaux jours.

A partir de 100 dollars le baril, les consommateurs ont commencé à réagir en freinant beaucoup plus que prévu leur consommation de carburants. Outre-Atlantique, l’automobiliste – moins protégé de la flambée des cours que l’européen, qui bénéficie de l’amotisseur des taxes – avait ainsi payé son essence jusqu’à 4 dollars le gallon (3,72 litres). Un niveau jugé insupportable par beaucoup d’américains, confrontés, comme en Europe, à une récession latente et à une baisse de leur pouvoirs d’achat.

Ce coup de frein économique avait entraîné, de facto, une moindre consommation de carburants dans les pays émergents. Par ailleurs, les gouvernements de ces pays – chinois et indiens au premier rang – peu désireux de supporter le fardeau des subventions à la consommation, avaient procédé à une diminution du niveau des prix aidés.

Conséquence : la demande de brut a nettement fléchi dans les pays de l’OCDE, les Etats-Unis enregistrant, en septembre dernier, une baisse de 7% de leur consommation par rapport à septembre 2007, la demande européenne revenant, sur la même période, aux mêmes niveaux que l’an passé. En revanche la progression de consommation chinoise, le moteur international, qui avait enregistré des taux de progression de 8% entre septembre 2007 et septembre 2006, est retombée à + 4%.

L’Arabie Saoudite prête à réduire sa production
« Maintenant que les prix sont retombés, les consommateurs américains vont ressortir leur 4×4 et arrêter le co-voiturage», note Frédéric Lasserre. Le responsable du département matières premières de la Société Générale analyse : « Je pense qu’avec l’effondrement des cours, la demande va rebondir. Désormais, nous allons être confrontés à une restriction de l’offre».

De fait, l’Arabie Saoudite – obstinée, jusque là, à ne rien faire pour gêner la croissance des pays consommateurs, a pris conscience qu’il lui fallait bouger rapidement. Après sept année de vaches grasses, la chute des cours vient malmener ses prévisions de budget basé sur un baril entre 75 et 80 dollars. Ce qui devrait conduire Ryad à réduire sa production. Un revirement par rapport à la politique suivie ces derniers mois par l’Etat Wahabite.

Jusque là, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (0PEP) était divisée entre les pays modérés (Arabie Saoudite, le Koweit et les Emirats Arabes Unis), partisans de prix modérés susceptibles de ne pas nuire aux pays industriels, et les Etats jusqu’au-boutistes (Iran, Libye et Venezuela), enclins à fermer les robinets pour maintenir les cours à un niveau élevé. Accessoirement, la bataille des prix au sein de l’organisation était une manière de se situer, sur l’échiquier géopolitique, dans le camp des amis ou des adversaires des États-Unis.

Concrètement, la réunion de la fin octobre pourrait déboucher sur la suppression de un à deux millions de barils par jour. « L’OPEP est condamnée à bouger», commente François Lescaroux, expert à l’Institut français du pétrole. Les pays exportateurs se sont promis de ne pas oublier 1997. Cette année là, l’organisation, rongée par des dissensions internes, avait complètement sous-estimé l’impact de la crise asiatique. Plutôt que de réagir vigoureusement, elle avait choisi de laisser filer le marché. Sa production avait largement dépassé la demande. Les conséquences avaient été dramatiques : non seulement, les prix étaient tombés dans les abysses – 9 dollars par baril – mais elle s’était retrouvée avec des milliards de barils en stocks. Un effet de cisaille qui avait laissé les Etats producteurs exsangues et mené l’OPEP à un doigt du coma. Il avait fallu alors deux longues années pour retrouver une situation normale. Encore, d’autres Etats producteurs hors OPEP, eux aussi menacés par la fonte des cours, comme la Russie, le Mexique ou la Norvège, avaient-ils décidé de contribuer à la réduction de l’offre.

En octobre 2008, le baril de brut à 70 dollars par baril menace la rentabilité de tous les grands projets de développement, tels les sables asphaltiques du Nord du Canada. Une nouvelle fois, les pays producteurs qui ne sont pas membres de l’OPEP pourraient décider de s’associer aux prochaines décisions de réduction de l’offre. Logiquement, la Russie devrait, ainsi, être un des premiers Etats à appuyer les positions de l’OPEP. Frappée de plein fouet par la crise financière, Moscou, à la recherche de liquidités, ne peut tolérer de voir sa rente pétrolière être réduite à peau de chagrin. Il en va également pour le gaz, sa ressource majeure, indexée sur les prix du brut.


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