Édition du
26 March 2017

Sollicitations douteuses

Hoggar
par Abdelhamid Mehri

Il n’échappe pas aux observateurs avertis ni aux Algériens que l’Algérie est sollicitée avec insistance depuis des années pour adhérer ou au moins donner son aval à des projets qui influent, à moyen et long terme, sur sa politique extérieure, sa politique énergétique, sa sécurité et sa politique de défense. Ces projets visent à amener notre pays à établir des relations de plus en plus étroites avec l’OTAN, à «ouvrir» notre politique énergétique, à avaliser de manière indolore la version américaine de la paix au Moyen-Orient, à adhérer à l’Organisation de la Francophonie et, tout récemment, à l’Union pour la Méditerranée. Pour beaucoup, il ne s’agit en l’espèce que d’un habile subterfuge pour proroger les décevants accords de Barcelone.

Ces projets divers se combinent et convergent vers un même objectif, programmé ou induit : détourner l’Algérie de sa vocation de développer une politique extérieure indépendante et enracinée dans sa propre expérience. Une expérience riche, profonde, et, parfois, douloureuse.

L’enracinement de cette politique est le gage d’une adaptation nécessaire, lucide et courageuse, aux réalités du monde d’aujourd’hui. Certes, ces réalités sont marquées par des développements positifs dans les relations internationales, mais elles se caractérisent également par des tendances persistantes à la domination, aux manipulations et aux mensonges «décomplexés» ainsi que par le recours aux politiques de force. Afin de faire plus facilement entériner ces projets, leurs promoteurs prennent grand soin de les revêtir d’apparences acceptables ou au moins inoffensives et consensuelles. Ils avancent prudemment, à pas mesurés, mais avec méthode et détermination. En la matière, l’axe central de la communication en direction de notre pays consiste à entretenir l’illusion que la signature de l’Algérie au bas de ces projets serait l’expression achevée de son retour sur la scène internationale et le signe indiscutable de sa grandeur.

Du côté algérien la gestion de ces grands dossiers est empreinte de tâtonnements, d’hésitations, d’absence de vision et de transparence.

L’absence de débats, de concertations, l’effacement du rôle des institutions élues, marques inhérentes au système de gouvernement, sont aggravés par une pratique sommaire qui consiste à classer ces grands dossiers dans la gestion courante des relations extérieures et les soumettre, par conséquence, à la même logique de prise de décisions. La gestion du dossier de l’Union pour la Méditerranée en fournit un exemple édifiant. Alors que l’Union entre pays européens eux-mêmes avance à partir d’études rigoureuses, de débats contradictoires, de concertations, d’interventions des institutions démocratiques représentatives et de consultations populaires, rien de semblable n’est proposé au peuple algérien. L’opinion publique nationale a tout juste eu droit à un discours fait de généralités et d’évidences et à la mise en exergue de quelques engagements théoriques, tout comme lors de la souscription à la déclaration de Barcelone. Le peuple algérien, meurtri et traumatisé par une longue et sanglante lutte pour sa liberté et son indépendance, est animé, néanmoins, par une volonté d’ouverture et de construction d’un avenir à la hauteur de ses sacrifices. Il est en droit d’être pleinement édifié sur des thèmes importants qui engagent son avenir et risquent de toucher les fondements mêmes de l’Etat démocratique. L’appréciation globale de ces grands dossiers de notre politique extérieure appelle, dans l’immédiat, rigueur, prudence et lucidité. Pour l’avenir, si la refonte de la Constitution est sérieusement envisagée, il serait opportun d’encadrer, par des dispositions constitutionnelles claires, les modes de prise de décision sur toutes les questions qui engagent l’avenir de la nation et qui requièrent, par conséquent, un consensus social et politique large et organisé. Les grands choix de notre politique extérieure méritent la plus grande attention tant les enjeux sont cruciaux à une époque où se redéfinissent les relations internationales sur la base d’intérêts politiques et économiques bien compris. L’implication du plus grand nombre aux choix stratégiques de politique étrangère est un impératif pour éviter les impasses préjudiciables, éluder les sollicitations douteuses et renforcer l’autonomie de l’expression internationale du pays.


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