Édition du
28 March 2017

Affaire Mecili : Et la confusion fut!

Machiavel avait émis, dans son fameux « Prince », un précepte qur tous les politiciens véritables, ceux qui prennent et gardent le pouvoir, vont adopter comme le premier commandement de la réussite politique.
« Martèle le mensonge jusqu’à ce qu’il devienne vérité! »

Cette vérité absolue, la seule voie qui mène au coeur des foules imbéciles, a eu le temps, depuis Machiavel, de se doter de moyens très efficaces. La harangue sonore, avec des envolées de mains et de coups de poing sur le pupitre a fait son temps. Fini le temps de l’hystérie de masse. Des foules qui se piétinent pour toucher la main du menteur, pour se masturber de sa voix. Quoique!

La vérité qu’on injecte à la multitude a été adoucie. Du fiel enrobé de miel. Elle a été mise au goût du jour. De plus en plus fignolée, jusqu’à tromper la vigilance des plus sceptiques. Ceux qui ne gobent pas le mensonge enrobé d’une fine pellicule de vérité n’ont qu’à digérer leur propre salive. S’ils s’avisent de donner de la voix, il faut lancer contre eux ceux là mêmes qu’ils prétendent vouloir défendre. Ce sont des panacées toutes simples. Et tout à fait digérées. La meilleure preuve est que ces menteurs sont adulés, bien souvent. Y compris par eux-mêmes. Parce qu’ils ont réussi à tromper eux mêmes. Les méthodes ont donc bien évolué.

Mais le principe est le même : Martèle le mensonge jusqu’à ce qu’il devienne vérité.

Le malheur est que ce principe est à double tranchant. Car si tu martèles la vérité, elle n’en paraîtra que mensonge. Plus tu la martèles et plus tu suscites le doute. Car la vérité n’a pas besoin de s’imposer. Elle nait de l’intime conviction. Elle se nourrit de sa propre lumière. Mais elle n’est accessible qu’à celui qui la recherche. Car celui qui a un désir de vérité, et le désir de la voir triompher, est sourd au mensonge.

L’affaire Mecili est ainsi, à bouillonner entre la clameur des menteurs qui vocifèrent, qui tapent du poing, qui recueillent des millions de signatures, qui brandissent la nuit, et cette lumière qui ne brille que pour ceux qui veulent ouvrir les yeux ne parvient pas à éclairer l’évidence.

Mais voyons voir, dit le muet à l’aveugle!

Le plus incroyable dans l’affaire Hassani, ou Hasseni, est la position de l’Algérie après l’arrestation de son diplomate.

Voilà donc un État souverain, ou qui se prétend comme tel, dont un ressortissant, diplomate de surcroît, et Directeur du protocole au Ministère des Affaires Étrangères, qui plus est, ce qui n’est pas rien, même en Algérie, qui est interpellé par la Police des frontières du pays où il s’était rendu en villégiature.

Cet homme est donc arrêté par la police française. Il était sous le coup d’un mandat d’arrêt dans l’affaire de l’assassinat de l’opposant politique algérien Ali André Mecili.

La première observation qui vint à esprit de tout le monde était de savoir pourquoi ce monsieur, détenteur d’un passeport diplomatique, n’a t-il pas joui de l’immunité que lui confère sa fonction?

Le gouvernement algérien, lui même, nous a appris, dès le lendemain de l’arrestation de ce diplomate, que celui-ci ne faisait pas partie du « listing » des personnes jouissant de l’immunité diplomatique. C’est ce qu’on appelle une gestion du temps mort. Le temps de laisser le temps à tous ces messieurs d’enterrer la hache de guerre.

Nous saurons,par la suite, que lui même était parfaitement au courant de cette disposition.

Lors de son interpellation, sans se démonter, il dira à la police , en soutenant que la la personne recherchée était son homonyme et qu’il n’avait rien à voir dans cette affaire.

Indice intéressant, il n’avait pas mis les pieds en France, depuis que le mandat international avait été lancé contre son « homonyme », alors que ses enfants y résident. Cet élément gagnerait à être vérifié. Il ne faudrait pas, tout de même que nous nous mettions, nous aussi, à marteler.

Connaissant l’affaire Hassani, comme il l’affirma lui même à la Police française, comment expliquer qu’il soit venu en France, sans prendre la précaution de se prémunir contre son arrestation éventuelle. Puisqu’il a reconnu, presque avec désinvolture, devant la Police, qu’il connaissait très bien l’affaire et qu’il n’était pas la personne recherchée. Il déclarera même aux policiers que s’il était cette personne recherchée, il ne serait pas fourvoyé, de lui-même, dans le guêpier.

Autre fait troublant, Il demandera avec insistance aux policiers d’entrer en contact avec leur hiérarchie. Comme s’il était sûr que l’ordre de le relâcher allait tomber. Comme s’il avait reçu des assurances, en Algérie, avant de s’embarquer vers Marseille, qu’il ne serait pas inquiété. Et que si cela arrivait, par le plus grand des hasards, les « amis » allaient remettre de l’ordre. Une connivence entre les services français et algériens qui avait été longtemps éprouvée par ce DRS dont on parle tant. Et dont Hassani connaissait bien toute l’efficacité. Pour ce qui est des facilitations en territoire français.

Donc, Monsieur Hassani, ou Hasseni, est arrêté à l’aéroport de Marignane, à Marseille.

Il était sous le coup d’un mandat d’arrêt international qui avait été émis contre lui, par le juge Thouvenot.

Il est transféré sur Paris où, après avoir été auditionné par le juge d’instruction, il sera mis en examen et placé sous contrôle judiciaire.

Curieusement, et alors qu’une réaction officielle très énergique était attendue de l’État algérien, celui-ci se confina dans une réserve pour le moins inusitée en de pareils cas. On se serait attendu, de la part du très ombrageux régime algérien, à une vive protestation.

N’importe quel État, normalement constitué, dont un diplomate est arrêté et inculpé, dans une affaire d’assassinat, et dont on sait qu’il y est étranger, aurait, tout aussitôt, mis en branle toutes les procédures idoines pour protester contre une telle violation des principes les plus élémentaires du droit international. En l’espèce, c’était la souveraineté même de l’Algérie qui était bafouée. En plus de l’humiliation qui était faite à un citoyen. Mais bon! Nous comprenons que ce régime se fiche de la dignité de ses citoyens. Il n’y a qu’à se renseigner sur le sort affreux qui est fait aux prisonniers algériens en Libye, pour se faire une idée sur la question.

Au lieu de cela, comme si le régime polycéphale algérien n’avait pas encore décidé s’il fallait ou non intervenir, et que les clans qui le constituent devaient d’abord se mettre d’accord, le Ministère des Affaires étrangères, et tout l’État algérien se murèrent dans un silence coupable. Comme s’ils voulaient confirmer, sans le reconnaître, que la justice française tenait le coupable. Même la presse algérienne, qui se vante du titre glorieux de presse indépendante, mit une sourdine à sa proverbiale vocation. Une sourdine, un bâillon et un bandeau sur les yeux.

Lorsque la clameur enfla , et que la presse mondiale s’empara de l’affaire, le MAE algérien, dans des déclarations ampoulées et tout à fait neutres, parce que le duel, par scandales interposés n’avait pas encore abouti, déclara qu’il fallait laisser la Justice française agir dans la sérénité. Avec une timidité qui confinait au crétinisme.

Est-ce là une réaction appropriée,d’un état souverain, dont un diplomate de haut rang avait été injustement arrêté, puis mis en examen, dans une affaire aussi grave?

Une autre observation, très intéressante, est que des observateurs politiques algériens, rompus aux réalités du régime algérien, ont tout aussitôt émis l’hypothèse que Hassani avait été piégé par un clan du régime. Par des personnalités qui se trouvent aux plus hauts niveaux de responsabilité du DRS.

Monsieur Hassani aurait donc été poussé à effectuer ce voyage en France, où on le savait sous le coup d’un mandat d’arrêt, et où lui même se savait recherché dans l’affaire de l’assassinat de A.A.Mecili. Cette cabale aurait cherché à compromettre le général major Larbi Belkheir et de le couper de ses soutiens français.

Ces observateurs soutiennent que l’actuelle direction du DRS n’ayant joué aucun rôle dans l’assassinat de A.A.Mecili, et étant en butte à une menace provenant du clan Belkheir, aurait décidé de jouer cette carte, en exhumant le dossier Mecili dont l’assassinat aurait été commandité par Larbi Belkheir,pour le neutraliser.
En clair, Hasseni aurait été piégé pour se rendre en France. Pour faire une crasse à un clan adverse de la mafia algérienne. Un pion sacrifié,pour faire tomber une pièce maîtresse.

Les mêmes observateurs émettent la probabilité que Hassani aurait été convaincu que l’affaire aurait été réglée avec les « amis » français et qu’il était désormais, pour la police française, l’homonyme de la personne recherchée. Il n’était plus lui, il était l’homonyme de lui.

A noter que cette histoire d’homonymie n’avait jamais été évoquée avant cette arrestation.

Comment un diplomate, dont le parcours, le nom, et la physionomie, trait pour trait, correspondent à celles de l’agent traitant de l’assassinat d’un opposant politique de l’envergure de A.A.Mecili ne se soit jamais préoccupé de lever une telle ambiguïté?
Surtout venant d’un diplomate qui est appelé à voyager, dont les enfants se trouvent en France, et qui sait que son homonyme supposé est sous le cas d’un mandat d’arrêt international? Et pourquoi, avant ce voyage fatidique, ne s’était-il jamais rendu en France depuis l’émission du mandat d’arrêt?

L’autre question, et pas des moindres, est l’identité du véritable agent traiteur. Est-ce un fantôme? Qui est-il?
Sachant que ce fantôme était capitaine dans la redoutable sécurité Militaire, au moment des faits, que sa photo circulait, qu’il a une famille, que c’était un ponte du rez-de-chaussée. Où est-il?

Ne serait-il pas plus commode pour le régime algérien de l’appréhender et de le livrer à la justice française? Ainsi que le tueur Amellou, connu comme un loup blanc en Algérie, et qui coule des jours tranquilles dans sa retraite en bord de mer? L’équation est pourtant simple. Choisir entre un honorable diplomate injustement inculpé pour un crime qu’il n’a pas commis et une paire d’assassins.

Puis, entre temps,le régime algérien se réveille. Il saute sur ses deux pieds et se met à rugir. Quoi? On ose attenter à la dignité de l’Algérie? Le pays du million et demi million de chouhadas? Comment? On ose traiter un honorable diplomate algérien comme un malfrat? On le maltraite? On l’humilie? Visiblement,les clans s’étaient mis d’accord. Ce n’était plus la peine de sacrifier le pion. Surtout que celui-ci, qui avait compris, entre temps, qu’on l’avait utilisé comme le pion qu’il était, pourrait se mettre à table. Sait-on jamais.

L’affaire Hassani est devenue, comme si un coup de sifflet avait été donné, une affaire nationale.

La presse indépendante a retrouvé sa capacité d’indignation. Ce ne sont plus qu’ éditoriaux enflammés, interpellations sévères d’un gouvernement qui ne défend pas ses diplomates, que brûlots sur cette France rancunière qui se venge sur son ancienne colonie, en humiliant ses enfants les plus dignes.

Le porte parole du gouvernement, et néanmoins ministre de la « communication » a même poussé le patriotisme rugissant, si tant est qu’un mouton peut rugir, jusqu’à accuser la France d’avoir arrêté ce diplomate pour punir l’Algérie après que son ministre des Moudjahidines ait déclaré que le président Sarkozy était mû par ses origines juives.

Un journal arabophone, donc destiné à la consommation locale, a lancé une initiative pour le moins zélée: Recueillir un million et demi de signatures pour dénoncer cette « campagne haineuse de la France ». Un million et demi de signatures. Le même chiffre que celui, officiel, du nombre de martyrs pour la lutte de la guerre contre le colonialisme français. Le grand jeu! Pour permettre aux « amis » français qui ne savent plus quoi faire, et qui ont joué un rôle principal dans l’exfiltration du tueur, de pouvoir faire jouer la « raison d’état » Je les vois d’ici, en train de marteler leurs « convictions » de ne pas compromettre les échanges fructueux avec l’Algérie. Après tout, que ces bicots s’étripent entre eux, c’est pas les affaires de la France. Ouais, bonh! Mecili avait la nationalité française,et même qu’il s’appelait André, ouaiiiiiis. Bonh!

Le lieutenant-Colonel Samraoui, opposant au régime algérien et qui s’est jeté dans les routes de l’exil pour dénoncer l’horreur que la junte a fait subir à son pays, est un témoin clé dans cette affaire. Il soutient mordicus que le diplomate Hassani est bien l’agent traitant de l’assassinat de A.A.Mecili. Il affirme qu’il était présent lorsque celui-ci a remis une somme, en Francs français au tueur. A ce moment là, il était lui même un officier au sein de la sécurité militaire.

Un qualificatif lui est tout aussitôt décerné par toute la presse indépendante. Celui d’officier félon. Le Colonel Samraoui est donc un traître qui vend son pays à la France. Bonh! Admettons! Pour parler comme ces spécialistes en raccourcis. Mais comment faire, même avec les plus mauvaises intentions du monde, pour comprendre que ce témoin, qui ne vit même pas en France, qui est contraint de travailler pour nourrir sa famille, qui est une figure respectable de l’opposition algérienne, qui est réputé très intelligent, qui est membre dirigeant d’un association connue de jeu d’échecs, qui a acquis une stature morale incontestable au sein de l’opposition algérienne, et dont on dit qu’il est un musulman pratiquant, comment cet homme pourrait se fourvoyer ainsi dans une telle impasse, et dans une telle compromission pour le restant de sa vie, en continuant de soutenir que Hassani est bien l’agent traitant, si cela n’était pas le cas? Cet homme aurait donc sacrifié une carrière brillante, il serait général s’il n’avait pas déserté, il aurait bouleversé sa vie et celle de sa famille, il aurait ruiné tout son avenir, et se serait mis dans la situation atroce de l’exil, juste pour enfoncer un innocent? Pourquoi? Pour qui? Sachant que les maîtres du pays, pour qui il pourrait rouler sont ses ennemis mortels. Quel serait donc son mobile? Pourquoi persiste-t-il à accuser un innocent? Je n’apporte pas de réponse. Je me pose la question.

Si j’étais à la place du juge d’instruction, malgré ma conviction intime, je solliciterais le « témoignage » de Larbi Belkheir et de Chadli Bendjedid, les ordonnateurs présumés de l’assassinat de A.A.Mecili.
Et je demanderais aux autorités algériennes de me livrer le tueur Amellou et l’homonyme de Hasseni.
Après tout l’Algérie est un État de Droit. Un État doté d’institutions républicaines. D’une justice indépendante. Ce n’est pas n’importe quelle république couscoussière, dirigée par des voyous. Chiche monsieur le juge! Osez seulement! Vous allez avoir l’agréable surprise de voir que l’Algérie est victime d’une ignoble calomnie. Vous allez découvrir combien ses Institutions sont bien réelles. Que ce pays n’acceptera jamais de protéger un criminel, en laissant un de ses diplomates, injustement accusé, être inquiété pour des crimes qu’il n’a pas commis. Osez seulement, et vous allez voir!
Sinon, vous aurez toujours la possibilité de vous rendre à la logique de Machiavel.
D.Benchenouf

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