Édition du
22 July 2017

Conte de Diab et de Djazia

Ce rapsode de la geste hillalienne, qui continue, depuis presque mille ans, à être conté dans la tribu berbère des Ouled Rechach, faction de la grande tribu des Nemmemchas, est assurément un élément important, et significatif, du brassage culturel et ethnique des populations arabes hillaliennes, arrivées dans nos contrées vers 1050 de notre ère, avec les populations berbères qui en étaient les habitants originels. Il est intéressant de savoir que les Nemmemchas, la deuxième grande tribu du pays après les Ouled Naïl, et qui ont un seul ancêtre éponyme, sont composées de trois grandes fractions: les B’rerchas, les Allaouna et les Ouled Rechach. Curieusement, les Allaouana sont arabophones, les B’rerchas sont partie arabophone et partie berberophone, alors que les ouled Rechach sont berberophones.

Nous extrayons la légende suivante d’un très remarquable travail de Monsieur Vayssière sur la tribu des Ouled Rechaich d’origine berbère, parlant encore le chaouia et qui habitait jadis l’Aurès . L’élément arabe représenté par quelques familles hilaliennes les pénétra vers le milieu du II° siècle . Le chef de famille était un nommé Diab Ben Ghanem renommé entre tous par sa sagesse dans les conseils sa bravoure et sa vigueur dans les combats. On lui donnait le surnom de Bou Khebir , ceux qui le suivaient prirent celui de Bou Mokhaiber.
Etablie d’abord en Tripolitaine après son exode de l’Egypte cette fraction des Ouled Hilal descend des environs de Gafs vers le Sahara par Tamerza, Négrine et Ferkane, séjourne près de M’Sila donne son nom à la rivière qui y passe (Ouled Hellal ou Hila) pousse jusqu’à Badès sur l’oued El Arab , remonte peu à peu cette vallée jusqu’à Khenchela puis s’éparpillant à droite et à gauche laisse dans chaque point où elle fait séjour quelques familles fatiguées par la difficulté de la route.

C’est ainsi qu’on en trouve des traces en peu partout dans l’Aurès mais principalement dans le djebel Cherchar et les monts des Ouled Rechaich.

Les légendes relatives aux Ouled Hilal, à leurs luttes contre les berbères aux exploits de leurs chefs forment une épopée complète qui nous transporte aux âge héroîques et qui nous donne une idée fort exacte de l’esprit et les moeurs arabes ; amour loyauté chevaleresque à côté de ruses voisines de la duplicité, luttes épiques, récits de chasses, scènes de la vie nomade et pastorale, on trouve de tout dans ces chansons de geste dont l’ensemble constitue un véritable cycle héroîque d’un grand souffle poétique et d’une grande originalité. Elles sont en prose vulgaire mêlée de morceaux rythmés ; « les vers sont, disent les Arabes , à l’ensemble ce que le sel est à la viande ». Il est peu de tolba principalement chez les Ouled Rechaîch qui ne les connaissent pas ; elles font les frais des longues veillées autour des feux de bivouac, elles sont assez nombreuses pour qu’on puisse les varier presque indéfiniment.

Les auditeurs du reste ne se fatiguent jamais ; accroupis dans leurs burnous ils écoutent dans un silence religieux la voix du conteur qui s’élève au milieu du calme de la nuit ; de temps en temps un d’eux allonge son bras nu pour attiser le feu et la flamme jette alors un reflet plus vif sur tous ces visages bronzés et attentifs. Le spectacle de ces hommes immobiles dans le cadre merveilleux des nuits sahariennes frappe l’imagination autant que les récits du rapsode et on se croit transporté aux âges héroîques où Diab le Hilali courait la plaine à la poursuite de la Djazia.

Cette djazia joue un grand rôle dans l’épopée hilalienne ainsi que son amant Diab Ben Ghanem ; elle a donné son nom au tombeau romain qui se trouve un peu à l’est de Khenchela dans la plaine de Sbikha près du lieu dit Enchir Oum-Kif. Près de ce point se trouve aussi la Kouba de mergueb Ed Diab. Voici cette légende :

Au moment où la tribu avait planté ses tentes dans le Sahara vivait une jeune fille d’origine noble dont tous les guerriers célébraient la beauté ; elle s’appelait Djazia Bent Serkane . La tribu était fière d’elle et les plus belles chantées le soir autour des feux avaient été composées en son honneur.

Un jour Djazia avait réuni chez elle 40 jeunes filles nobles pour une réjouissance. Or ce jour-là un jeune homme de la même fraction du nom de Diab Ben Ghanem qui était orphelin et avait pour fortune 40 brebis et 01 bélier, avait mené son

troupeau en pâturage dans le voisinage de la tente de la jeune fille. Remarque de loin une réunion de femmes il laissa son troupeau et s’approcha pour les voir de près.

Comme il les examinait il aperçut près de la tente de Djazia 02 vases dans lesquels celle-ci avait planté des artichauts ; ces plantes bien soignées portaient de beaux fruits qui donnèrent envie au jeune homme. Il tira son couteau les coupa et les mangea. Djazia l’aperçut et lui cria : « Za, Hif » le chassant ainsi en signe de mépris par le cri dont on se sert pour pousser les chameaux, et lui souhaitait une maladie habituelle de ces animaux. Diab lui répondit en vers : » Cette maladie est pour celui qui ne soigne pas son hôte – la verdure image du printemps doit être réservée à l’hôte ».

Piquée par ces mots, Djazia dit aux jeunes filles qui se trouvaient avec elle : »Allons prendre chacune une de ces brebis du troupeau de ce jeune homme ».

Elles firent ce qui leur était dit et rapportèrent à la tente les 40 brebis du Diab.

Ce que voyant celui-ci prit le bélier et l’apporta lui-même.
Chacune des jeunes filles égorgea la brebis qu’elle avait apportée, Diab de son côté égorgea le bélier en disant : »La viande de mouton est la viande des amoureux, – elle est savoureuse – les agneaux et le lait caillé sont la nourriture des Arabes – une troupe puissante s’est jetée sur mon troupeau – les guerrières qui la composaient étaient en nombre égal aux brebis. – Elles ont laissé un bélier seul et appelant ses brebis, – comme une mère, par des bêlements plaintifs – ce bélier représentait ma part de butin – le mâle appartient toujours au mâle.- Toutes les brebis ont été égorgées, – j’ai égorgé aussi le bélier.- Tel est le cours du monde, – on est tantôt riche tantôt pauvre – mon bien a été mangé par des jeunes filles nobles ; – C’est un honneur et un heureux présage pour moi ».

Ces paroles et l’air de grandeur avec lesquelles elles étaient prononcées donnèrent à Djazia qui se dit : » Ce Diab Ben Ghanem est un homme ». Elle persuada à ses compagnes toutes filles de grande tente de demander chacune à ses parents une chamelle pour la donner à Diab Ben Ghanem en remplacement des brebis qu’il leur avait si galamment sacrifiées et qui constituaient toute sa fortune. Ce qui fut dit fut fait ; chacune des jeunes filles lui donna une chamelle et Djazia elle-même lui donna un chameau mâle.

Diab Ben Ghanem continua à garder son troupeau de chamelles comme il gardait son troupeau de moutons. Environ 01 an après comme il les avait menées en pâturage il vit venir à lui un homme qui conduisait 02 pouliches par le figure. Une d’elle, de robe blanche se roulait à terre et se relevait si lentement qu’elle ne tirait pas sur le licol et que son maître ne s’apercevait même pas de son manège Diab se dit que cette pouliche devait être de race et de merveilleuse vitesse ; il demanda au maître des pouliches qui était juif s’il voulait les vendre ; celui-ci répondit affirmativement . Diab lui
demanda : »Combien veux-tu de la pouliche blanche ? L’homme répondit : »Donne-moi tout ton troupeau, je te donne ma pouliche blanche ». Diab se récria. Après de longs pourparlers, le juif lui donna la pouliche pour 08 chamelle.

Diab dès ce moment conduisit toujours son troupeau avec cette pouliche blanche ; il lui donnait au lieu d’orge le lait de ses chamelles. 03 ou 04 ans s’écoulèrent et la pouliche blanche devint une belle jument. Pendant ce temps le troupeau de Diab s’était augmenté il était devenu presque riche avait pris une femme et un berger le remplaçait dans la garde de ses chamelles ; lui passait tout son temps à chasser . Il commença dès ce moment à prendre part aux razzias que les gens de sa fraction dirigeaient contre les peuplades voisines et bientôt sa réputation de vaillance et de courage s’étendit dans toutes les tribus. Vers ce temps-là la renommée de la merveilleuse beauté de la Djazia parvient jusqu’aux oreilles d’un juif marchand très riche qui parcourait les tribus pour son commerce. Ne pouvant la demander en mariage l’idée lui vint de l’enlever. Pour exécuter son projet il se rendit au douar de Djazia monté sur un cheval si vigoureux et si rapide qu’il ne lui croyait pas son pareil. Arrivé près des tentes il demanda suivant son habitude : »Qui veut acheter des bijoux, des bracelets d’or et d’argent » ? Djazia qui l’avait entendu dépêcha une de ses femmes avec mission de lui choisir 02 bracelets d’or.

La servante alla trouver le marchand qui après lui avoir demandé de la part de qui elle venait lui remit 02 bracelets pour les présenter à sa maîtresse. Celle-ci les trouva d’un beau travail mais après les avoir essayés les renvoya en disant qu’ils étaient trop grands. Le marchand remit 02 autres bracelets d’un beau travail aussi mais qui cette fois se trouvaient trop petits.

Comme la servante les rapportaient encore, le juif lui dit : » Prie donc ta maîtresse de venir essayer elle-même. C’est seulement en voyant son poignet que je pourrais lui choisir ce qu’il lui faut ».

La Djazia avertie par sa servante sortit de la tente et s’approcha de l’étranger qui était à cheval. « Pourquoi ne mets-tu pas pied à terre » . Il lui répondit : « Je suis pressé et ma marchandise n’est pas encombrante. J’ai d’autres douars à visiter. Essayer vite et je vais partir » . La Djazia s’approcha sans défiance. Comme elle tendait ses mains au juif pour lui montrer la grosseur de ses poignets celui-ci la saisit attira la jeune fille à lui, l’enleva sur sa selle et partit à fond de train.

Immédiatement les gens du douar qui avaient assisté sans avoir eu le temps de s’y opposer à cet enlèvement si audacieux sautèrent à cheval et se mirent à la poursuite du ravisseur appelant à leur aide les gens du douar voisin. Ce jour-là Diab Ben Ghanem était allé à la chasse avec 02 de ses amis, Zidet Bou Zid. Les chasseurs avaient tué une gazelle et s’étaient arrêtés pour en faire cuire un quartier .

Leurs chevaux étaient près d’eux. Les brides pendant à terre mâchant leurs mors encore blanche d’écume. Tout à coup la jument blanche de Diab leva la tête, dressa les oreilles et hennit longuement. Diab s’écria : » La jument blanche hennit, serait-elle donc inspirée ? ou la tribu est razziée ou la Djazia est enlevée » .

Les 03 hommes sautèrent à cheval et se dirigèrent vers leur douar. En arrivant ils apprirent l’enlèvement de Djazia et sans mettre pied à terre se lancèrent à la poursuite du ravisseur. Ils ne tardèrent pas à atteindre en suivant leurs traces les Ouled Hilal qui poursuivaient l’audacieux marchand ; ceux-ci par l’effet même de leur poursuite s’étaient échelonnés suivant la vitesse de leurs chevaux. Diab dont la jument avait autant de fond que de rapidité les dépassa l’un après l’autre et à la tombée de la nuit se trouva sur les talons du Juif. Dès qu’il arriva à portée de voix il cria à Djazia qui tournait la tête pour voir si en poursuivait son ravisseur. « O celle dont les yeux sont semblables à ceux d’une jeune gazelle, – dont les joues brillent comme un soleil, – dont les bras ont l’éclatante blancheur des sabres hindous, – O mon amante de toutes les nuits – pour qui mon coeur brûle d’amour, – O Djazia ! n’aie aucune crainte, – de mes mains je ferai pleurer ce juif fils du pêché, – et nous retournerons en paix à notre campement ».

Diab aurait pu dès ce moment atteindre le Juif mais il pensa que s’il le faisait les autres poursuivants arriveraient presque aussitôt sur lui et qu’il ne pourrait rester un instant seul avec la Djazia . Il prolongea donc la poursuite en retenant sa jument toujours pleine d’ardeur malgré la longueur de la course fournie : A la nuit tombante il comprit qu’il avait assez l’avance sur ses compagnons pour n’avoir pas à craindre d’être rejoints par eux.

Il craignait d’autre part que l’obscurité grandissante qui servait ses projets en lui cachant ses traces ne favorisant la fuite du ravisseur. Il enleva sa bonne jument dans un suprême effort atteignit le juif embarassé de son fardeau et le perça de sa lance.

Diab et Djazia qui s’aimaient secrètement depuis leur 1° rencontre étaient donc enfin réunis ; seuls dans la nuit profonde, libres de se dire leur amour et de se le prouver loin des regards importuns et méchants. Djazia toute la joie de cette rencontre inespérée sentant son amour grandir encore pour celui qui venait de la délivrer des mains de son odieux ravisseur voulu aussitôt descendre du cheval du juif sur lequel elle était restée pour aller se jeter dans les bras de son libérateur et de son amant. Mais Diab bien qu’il eut autant de hâte qu’elle de la serrer sur son coeur n’oublia pas la prudence. Ne voulant pas compromettre celle dont l’honneur lui était plus cher que la vie , il sut pour un moment faire taire son amour et imposa silence aux désirs qui le consumaient. Il pria Djazia de rester en selle puis gagna un peu de terrain sur les cavaliers qui venaient derrière eux, et lui fit faire un grand détour de manière à entrer à leur douar en les évitant.

Ils marchèrent ainsi côte à côte pendant environ une heure. Diab prodiguait à sa compagne les paroles les plus tendres et celle-ci le coeur tout gonflé d’amour ne lui répondait que par des soupirs et des mots entrecoupés. A un moment leurs chevaux s’étaient rapprochés Diab se pencha saisit la jeune fille par la taille l’attira vers lui et posa longuement ses lèvres sur ses lèvres. Frémissant jusqu’au plus intime de son être et à moitié pâmée Djazia après un moment se dégagea de son étreinte : « O Diab ! murmura-t-elle d’une voix aussi faible que la brise du Sahara un soir d’été, Diab doux objet de mes rêveries de vierge, toi que j’aime depuis longtemps sans que ma mère le sache ton amour est encore plus doux que ton bras n’est fort ; je suis ta chose et ton bien . Ne me fais pas souffrir plus longtemps. Mets pied à terre et viens sur mon coeur !.

Diab lui répondit : « O Djazia ta salive est plus agréable à mes lèvres que la fraîche source de l’oasis après une longue course. Je t’aime depuis le jour où je t’ai vue pour la 1° fois et tout mon être frémit à la pensée que tu vas être à moi. Je te veux. Je te désire jusqu’à en mourir. Mais il vaut mieux ne pas descendre de cheval. Demain les cavaliers de notre tribu suivront nos traces et s’ils voient que nous avons mis pied à terre ils ne manqueront pas de médire et de soupçonner ta vertu . L’amour ne doit pas faire oublier la prudence et nous pouvons être heureux à l’insu de tous » .

Il dit et s’appuyant sur sa lance sauta légèrement sur le cheval de la jeune fille . Celle-ci qui avait compris son intention lui fit place derrière elle puis se tournant vers lui l’entoura de ses bras, le baisa sur la bouche et s’abandonna en fermant ses grands yeux de gazelle …

Après qu’ils se fussent livrés à toutes les ivresses de l’amour partagé, Diab Ben Ghanem remonta sur sa jument qui était restée attachée à sa lance fichée à terre et les 02 amants se remirent en route . Ils marchèrent toute la nuit, toute la journée du lendemain et ne rentrèrent à leur douar que vers le soir . Cependant en les voyant revenir tous 02, les Hilailia se doutèrent que Djazia avait donné sa récompense à celui qui l’avait délivrée des mains de cet infidèle fils du mal . Ils envoyèrent 02 cavaliers suivre les traces laissées par les 02 jeunes gens pour voir s’ils avaient mis pied à terre et s’étaient reposés côte à côte ; les cavaliers rendirent compte 03 jours après que les traces étaient partout régulières et que nulle part Diab et Djazia n’étaient descendus de cheval .

Une partie des Hilailia accèptèrent leurs déclarations et admirent que la Djazia était sortie intacte de l’aventure. Il parut impossible à d’autres qu’un homme vaillant et courageux comme Diab venant de délivrer une jeune fille de la beauté de Djazia et restant en tête à tête avec elle durant toute une nuit n’eut pas profité de l’occasion unique qui s’offrait à lui . Parmi ces derniers se trouvait Khalifa Zenati guerrier réputé par sa valeur, le plus influent de la fraction des Zenata dont on le considérait comme le chef. Depuis longtemps il aimait Djazia en sercret ; la pensée que la jeune femme avait appartenu à un autre lui déchirait le coeur et aigri par la souffrance il soutenait avec âpreté et violence que Djazia n’était plus vierge .

Les esprits s’échauffèrent peu à peu ; les Drid défenseurs de la Djazia, et les Zenata qui soutenaient les accusations de leur chef en vinrent aux injures puis aux coups. 02 jours de suite les cavaliers des 02 parties se montrèrent dans la plaine et chaque fois de nombreux cadavres restèrent sur le terrain.

Peiné de ces massacres inutiles qui faisaient périr la fleur des cavaliers de la tribu, Khalifa Zenati proposa à Diab Ben Ghanem que les Drid cosidéraient en raison de sa vaillance comme leur principal champion d’en finir par un combat singulier . Diab accepta . Les 02 guerriers se rencontrèrent le lendemain au milieu d’un grand cercle formé par les gens des 02 parties . La Djazia était présente et semblait en quelques sorte présider ce combat livré pour elle et dont sa réputation de vertu était l’enjeu. Les 02 combattants étaient si maîtres de leur monture et si habiles dans le mouvement du sabre et du bouclier qu’ils luttèrent toute la journée sans parvenir ni à se blesser ni à se démontrer . Ils combattirent ainsi 07 jours de suite sans résultat .

Le 8° jour au matin pour encourager son champion, Djazia lui envoya son collier . Diab le porta à ses lèvres, le baisa, aspira longuement son parfum qui était celui de sa maîtresse puis avant d’aller au combat le passa au cou de sa jument . La lutte ayant commencée à la 1° passe le sabre de Diab glissa sur le bouclier de son adversaire et atteignit la jument de Zenati . Le coup était si violent que la jument s’affaissa pour ne plus se relever . Khalifa Zenati démonté les chances n’étaient plus égales et le combat fut encore interrompu . Diab demanda à son adversaire quand il recommmenceraient ; celui-ci lui répondit qu’il lui en ferait donner avis.

Dès le lendemain matin Khalifa Zenati se mit à la recherche d’une bonne monture . Ne réussissant pas à trouver une il se résolut à envoyer sa propre fille chez Diab Ben Ghanem pour lui demander de lui vendre sa jument ; il savait bien que Diab, généreux et chevaleresque, ne pourrait rejeter la demande d’une femme .

Djazia eut vent de son intention par l’indiscrétion d’un serviteur ; elle se rendit le soir même à la tente de Diab devant laquelle sa bonne jument était attachée à côté d’une autre de moindre valeur également de couleur blanche, enfonça des aiguilles dans les jambes de derrière de sa jument favorie puis les recouvrit de goudron de manière à cacher les aiguilles et à faire enfler les jambes de la bête.

Le lendemain la fille de Khalifa Zenati se présentait à la tente de Diab ; celui-ci lui fit le meilleur accueil et après les 1° souhaits de bienvenue, l’invite à s’asseoir et à prendre une collation . Elle lui répondit : « La meilleure et la plus belle agréable collation que tu puisses m’offrir c’est de m’accorder la chose que je vais te demander ». Diab lui dit : » Je suis heureux si tu as un désir que je puisse satisfaire ».
A ce moment entrait dans la tente Djazia qui venait avec quelques unes de ces compagnes saluer la fille du Khalifa Zenati. Celle-ci alla immédiatement au-devant d’elle, l’embrasse puis l’ayant prise à part lui montra les 02 juments blanches qui étaient à la corde devant la tente et lui demande laquelle Diab montait dans les combats . Djazia lui désigna la moins bonne en ajoutant que l’autre avait les jambes enflées et d’ailleurs était médiocre . La fille du Khalifa rentrant alors dans la tente demanda à Diab de lui vendre pour son père la meilleure de ses juments . Diab lui répondit : » Je ne puis tien te refuser. Les 02 juments qui sont devant la tente sont à moi. Choisis celle que tu voudras, je te la donne. La jeune fille après un moment d’hésitation se décida pour celle dont les jambes étaient saines. Diab lui fit mettre immédiatement un bridon et l’envoya à la tente de Khalifa Zenati.
Khalifa en voyant arriver cette jument dit à sa fille : « Ma fille, cette jument n’est pas celle de Diab. Il t’a trompé et ne mérite pas la réputation de noblesse et de générosité qu’on lui a faite. « La jeune fille répondit : »O mon père Diab était le plus noble et le plus généreux des hommes. Si je ne vous amène pas la jument qu’il montait quand il combattut contre vous, n’en accusez que moi seule. Il y avait 02 juments attachées devant sa tente : l’une avait les jambes saines l’autre avait les jambes enflées. Il m’a prié de choisir j’ai cru bien faire en prenant celle-ci dont les jambes étaient en bon état « . Khalifa reprit : « Ma fille tu as fait pour le mieux ; mais s’aurait été une bonne fortune pour ton père si tu avais choisi l’autre même avec ses jambes malades ».
Il fit ensuite seller la jument , la monta, l’essaya. Quoique bien loin de valoir la jument favorite de Diab elle n’était pas à dédaigner Khalifa comprit qu’il ne pouvait en trouver une meilleure et dès le lendemain envoya son cartel à Diab Ben Ghanem.
Cependant Djazia dès le départ de la fille de Khalifa avait enlevé les aiguilles qu’elle avait enfoncées dans les jambes de la jument favorite de Diab, avait lavé ses blessures avec de l’eau fraîche puis avait fait sur toutes les jambes une application de henné. La bonne bête guérit presque de suite et, sa jument se trouvant en état Diab dut accepter le Cartel de Khalifa Zenati.
Les 02 adversaires se rencontrèrent comme précédemment au milieu d’une sorte de cirque formé par les spectateurs des 02 fractions . Au 1° choc Diab atteignit son ennemi au côté, Khalifa tomba . Diab s’élança sur lui. Les 02 hommes roulèrent l’un sur l’autre . Aucun d’eux ne se relevant les assistants se demandaient avec anxiété lequel des 02 sortirait vainqueur de cette étreinte mortelle. Chacun des 02 parties faisait des voeux pour son champion mais personne n’osait s’avancer sur les combattants.
Après un long moment d’attente Djazia s’écria : » La mort s’est abattue sur eux ».
Se levant alors au milieu de ses compagnons et s’adressant à Diab lui-même elle lui cria : » O Diab lève-toi et viens ». En attendant la voix de son amie, Diab se leva et vint rejoindre ses compagnons en disant : « Toujours le 1° au combat ; – ma lance est comme empoisonnée , – mon sabre est aigu et tranchant, – leurs blessures sont toujours mortelles, – j’ai tué la jument de Zenati, – au jour d’un combat loyal, – mon adversaire a pu s’échapper de mes mains, et le combat a été interrompu, – mais au jour fixé par la destinée, – il ne lui est plus resté de refuge, – je l’ai percé de ma lance aigue, – et il s’est écroulé comme une ruine, – O malheureux Khalifa Zenati – tu est parti et les tiens sont toujours là ».
La victoire de Diab fut considérée par les Hilailia comme une sorte de jugement de Dieu ; elle mit fin aux médisances des Zenata qui s’accordèrent dès lors à proclamer la vertu de la Djazia.
C’est ainsi que Diab Ben Ghanem sauva la réputation de sa maîtresse à la fois par sa prudence et par sa valeur. Elle récompensa en continuant à l’aimer et à lui accorder ses faveurs à l ’insu de tous .
Tout dans ce récit ne rappelle-t-il pas les chansons de nos coeurs d’amour et ne sent-on point que les rapsodes arabes de jadis avaient vécu intimement côte à côte avec nos troubadours ? Ce respect de la femme cette indiscrétion dans l’amour, ce combat qui ressemble tant à ce qu’on nommait le jugement de Dieu , ne prouvent-ils pas que la colonisation arabe de ce temps s’était affiné au contact de nos chevaliers à l’époque des croisades …
Le héros du cycle héroique des Ouled Hilal n’est point Diab ou la Djazia dont nous venons de raconter la légende mais un certain Ahmed surnommé le Hilal.
Il est le plus jeune des 07 garçons fils d’un même roi et demande à son père de marier ses 06 frères et lui-même avec 07 jeunes filles issues du même père et de la même mère . Comme le sultant ne peut les satisfaire ils partent à la recherche d’un royaume errant tous les 07 dans le Sahara .
Ahmed rencontra des ogres, des voleurs, des dragons, des rivières qui se combattent , des montagnes qui s’entrechoquent . Il triomphe de toutes les difficultés et parvient au chateau d’un roi qui a 07 filles de la même femme . Après une série de combats il se marie . Sa femme lui donne un anneau magique qui lui asservit les génies . Ses frères, jaloux de ses services le trahissent et l’abandonnent dans un puits … Mais il s’échappe grâce à son anneau, revient dans le royaume de son père et met ses 06 frères à mort.

Une autre fois il est fiancé à une jeune fille du Souf et habite la plaine de Sbikha près de Khenchela . Son cheval gris nourri par lui-même de lait et de dattes le porte au coeur du Sahara . Il a décidé le père de sa fiancé à passer l’été dans la Sbikha ; mais le père retira sa parole et pendant qu’Ahmed accompagne un de ses troupeaux du côté de Constantine il retourne au Souf emmenant la jeune fille . Des traîtres ont enfermé le cheval d’Ahmed dans un chateau voisin . Il revient, se livre au désespoir et appelle son cheval . L’animal brise de ses 04 pieds les murs du chateau, renverse ses gardiens et rejoint son maître . Ahmed lutte dans le Sahara contre les tourbillons de sable il est aveuglé son cheval reste près de lui et pleure . Un oiseau survient qui indique un remède au jeune héros . Il enlève sa fiancée et retourne à la Sbikha.
Ces légendes héroiques … ne se racontent qu’en langue arabe. On assiste encore aujourd’hui sous les tentes et sous toutes les petites maisons des Chaouia aux représentations rapsodiques des anciens grecs. Le soir, car il est inconvenant de conter pendant le jour, suivant la qualité de voyageur et suivant qu’il se trouve au milieu d’indigènes instruits du passé ou tout à fait sauvage un orateur commente soit les hauts faits de Sidi Abdellah, le convertisseur musulman de l’Aurès, le brûleur de chrétiens, soit les aventures de Ahmed El Hilali, soit les tours d’adresse de quelque voleur illustre, soit une fable enfantine .
La 1° série est la plus ancienne, elle se conte ainsi en arabe : »Comment Sidi Abdellah ruina Tébessa ? … Ce que dit Abdellah devant l’Aurès … Comment Sidi Okba fut tué par les Berbères » …


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