Édition du
24 July 2017

Les disparus du franquisme déchirent la justice espagnole

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Par Elodie Cuzin | Journaliste | 24/10/2008 | 16H16
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Deux vieux amis séparés par la guerre civile. L’histoire n’est pas nouvelle mais cette fois elle implique les plus hautes autorités juridiques espagnoles. Empêtrés dans une bataille judiciaire depuis plusieurs jours, le célèbre juge d’instruction Baltasar Garzon et son « ami de vingt ans », le procureur en chef du parquet, Javier Zaragoza, s’écharpent à coup de procédures de plus en plus envenimées.

En jeu ? La décision du juge de se déclarer compétent pour enquêter sur les « crimes contre l’humanité » commis, selon lui, en Espagne pendant la guerre civile et sous les premières années du franquisme.

Des échanges venimeux

Amis de longue date, le juge Garzon et le procureur en chef Javier Zaragoza avaient commencé leur dispute procédurale dans une ambiance relativement respectueuse, le chef du parquet ayant averti le juge avant même qu’il ne se déclare compétent qu’il ne pourrait accepter une telle décision, selon les médias espagnols.

Mais, sûr de lui, Baltasar Garzon a tout de même ouvert une instruction, jeudi 16 octobre. Et la tension est vite montée. Dès le lundi suivant, le parquet a annoncé un recours contre son enquête et depuis les échanges venimeux ne cessent pas.

Le 24 octobre, le quotidien El Pais diagnostique :

« Leur amitié en a pris un coup. »

Et explique à quel point l’initiative la plus récente du parquet témoigne de la dégradation de la situation. Javier Zaragoza en est en effet venu à :

« déclarer l’incompétence objective et fonctionnelle du juge, prévu par l’article 23 de la loi de mise en accusation criminelle qui, parce qu’il est jugé violent et stigmatisant, n’avait jamais été invoqué lors des 31 ans d’existence de l’Audience nationale (la plus haute instance pénale d’Espagne). »

L’Audience nationale devrait trancher dans dix jours

Dans ce bras de fer, aucun coup n’est épargné. Hier, Baltasar Garzon accusait le procureur d’avoir agi « bien qu’il sache que ce recours était une procédure inadéquate ». Zaragoza avait lui décrit avec mépris sa démarche comme étant un « échafaudage juridique singulier » après l’avoir accusé de vouloir mener une « sorte d’inquisition ».

Une formation collégiale de magistrats de l’Audience nationale devrait finalement trancher dans une dizaine de jours, pour laisser au juge Garzon le temps de se remettre d’une intervention chirurgicale prévue pour le lundi 27 octobre.

Le parquet ne cherche pourtant pas à empêcher la récupération des restes des dizaines de milliers de disparus du franquisme enterrés dans des fosses communes. Il estime que la loi sur la mémoire historique, adoptée en octobre 2007, devrait suffire à assister les familles de victimes avec le concours des tribunaux locaux, selon les emplacements des fosses communes.

Des pirouettes juridiques qui inquiètent

La voie suivie par Garzon ne diffère finalement pas tant que cela de cette position puisqu’il prévoyait de renvoyer le cas vers les tribunaux territoriaux une fois que la mort des accusés, Franco et son entourage politique, aurait été certifiée et leur responsabilité pénale du même coup annulée.

Ces pirouettes juridiques inquiètent en tout cas les principaux intéressés, les familles de victimes et membres des associations pour la récupération de la mémoire, qui avaient laissé exploser leur joie le jour de l’annonce de l’ouverture de l’instruction du juge Garzon.

Ils attendent aujourd’hui de voir si l’exhumation des dix-neuf premières fosses qu’il avait ordonnée la semaine dernière pourra bien être menée à terme.

Photo : le mémorial de victimes de la guerre civile du cimetière d’Oviedo (Reuters/Eloy Alonso).


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