Édition du
21 July 2017

Entre Al Pacino et le public, deux heures de face-à-face passionnant

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LE MONDE | 24.10.08 | 16h43 • Mis à jour le 24.10.08 | 16h43
ROME CORRESPONDANT
Al Pacino
Les organisateurs du Festival de cinéma de Rome, qui se tient dans la capitale italienne jusqu’au 31 octobre, peuvent remercier Al Pacino. A lui seul, l’acteur américain, venu pour recevoir un prix pour le compte de l’Actors Studio de New York, a donné le cachet international qui manque à cette troisième édition, depuis que le nouveau maire de Rome, le conservateur Gianni Alemanno (PDL), a décidé d’italianiser le festival. Sur 22 films en compétition, 6 viennent de la Péninsule.

Mais c’est Hollywood qui s’est présenté, en ouverture du festival, le 22 octobre, sur le tapis rouge de l’Auditorium de Rome. Costume sombre, chemise et cravate bleu nuit, voix rauque, Al Pacino, qui donne peu d’entretiens, a régalé pendant deux heures le public avec sa « leçon de cinéma ». L’acteur a livré des anecdotes, souvenirs et aphorismes. Dont celui-ci : « Dans la vie, on compose, sur le plateau on dit la vérité. Mais de temps en temps, dans la vie, je me surprends à jouer. Il y a toujours quelqu’un pour dire : arrête de faire l’acteur. » Pacino a rappelé la formule de Toni Montana, qu’il incarne dans Scarface (1983), de Brian de Palma : « Je dis toujours la vérité même quand je mens. » Et de commenter : « C’est une phrase à laquelle je crois profondément, surtout en tant qu’acteur. Parce qu’un acteur cherche la vérité de son personnage. »

Al Pacino n’existe pas, il est la somme de ses rôles. Ce regard ? Toni Montana. Ce geste ? Serpico. Cette intonation ? Michael Corleone, dans Le Parrain. Ce sourire ? Carlito Brigante, dans L’Impasse. « D’ailleurs, explique-t-il, il est difficile de laisser partir un personnage une fois qu’on l’a joué. Quand j’étais jeune, les personnages me dominaient. Et puis, en vieillissant, on apprend à s’attacher à autre chose. »

JAMES DEAN ET BRANDO

A 68 ans, Al Pacino aime parler de l’acteur dans toutes ses composantes. De l’inspiration que l’on va chercher auprès des plus grands. Paul Muni pour Scarface. James Dean aussi : « J’aurai tellement voulu voir ce qu’il serait devenu à 50 ans. » Et Brando : « Je me rappelle la première fois où je me suis retrouvé face à lui. Quand j’étais jeune je me prenais au sérieux. Et lui était un mythe après Un tramway nommé désir. Il a changé la façon de jouer pour toujours. J’étais timide, embarrassé. Brando fut avec moi affectueux, presque paternel. »

Jouer et expliquer comment on joue : cette dialectique, déjà à l’oeuvre dans son premier film comme réalisateur (Looking for Richard, 1996), ramène l’acteur à Lee Strasberg, fondateur de l’Actors Studio, d’où sont issus certains des plus grands comédiens américains. « J’ai eu le privilège de fréquenter l’Actors Studio dans les années 1970. La chose la plus importante de ma vie. Les cours de mise en scène étaient donnés par Elia Kazan et le professeur de diction était Lee Strasberg. L’essentiel de l’enseignement était d’essayer, essayer encore, essayer toujours jusqu’à parvenir au plus profond de soi-même et y découvrir des choses que nous ignorions et qui aident à découvrir la vérité d’un personnage. » Il ajoute : « Lee était mon maître et mon ami le plus cher. Il me répétait sans cesse : « Apprends tes répliques. » C’est aussi ce que me disait ma grand-mère. »

Al Pacino a encore révélé qu’un de ses grands-pères était originaire de Corleone, en Sicile. Une ligne biographique qu’il ignorait au moment du tournage du Parrain : « Les réalisateurs qui vous désirent voient en vous des choses que vous ne connaissez même pas. » Aujourd’hui, il dit qu’il prend plus de plaisir « à voir les films qu’à les faire », tandis que le théâtre, « le défi avec le public », est encore une source « d’énergie ».

Il évoque, sans nostalgie, les films des années 1970 « qui regardaient le monde et l’Amérique ». « Cette époque est finie », lâche-t-il. Il revient une nouvelle fois à Strasberg et à la façon dont il l’a imposé à Coppola pour le rôle de Toth Hyman dans Le Parrain II : « Il a joué merveilleusement. Le reste appartient à l’histoire. » Le public a longuement applaudi l’acteur, qui a promis de revenir en 2009. En compétition peut-être avec Salomaybe, le film qu’il réalise d’après Salomé, d’Oscar Wilde, et dont un montage de quelques minutes a été montré en avant-première.
Philippe Ridet
Article paru dans l’édition du 25.10.08.

Photo :L’acteur et réalisateur Al Pacino, lors de l’ouverture du Festival de Rome, le 22 octobre 2008.


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