Édition du
30 March 2017

L’économie algérienne dans le rouge : L’Etat face à la crise

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L’Etat algérien va-t-il enfin pouvoir tordre le cou aux intérêts mafieux, ceux qui imposent à la collectivité nationale — en s’appuyant sur la formidable « puissance » de la bureaucratie, noyautée par des réseaux occultes — l’importation massive de denrées, produits en tout genre… qui auraient pu être, depuis déjà de longues années, fabriqués en Algérie ? La crise économique mondiale est à nos portes.
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Si notre système bancaire et financier n’a pas été touché « en raison du retard mis à le moderniser », le ralentissement des économies des pays développés, y compris celle de la Chine, porte un coup dur au marché de l’énergie. L’Opep est aujourd’hui incapable de défendre un prix de pétrole oscillant entre 60 et 80 dollars, à moins d’une très forte réduction de la production. Ce qui n’est pas du tout évident.

Le cycle d’un prix du pétrole élevé inauguré en 1999 s’achève. Les pays producteurs de pétrole vont devoir batailler fort pour empêcher un effondrement du marché du brut ; le scénario de 1986, avec un baril à 6 dollars, est encore dans tous les esprits. L’économie algérienne est, de nouveau, exposée à tous les périls. Tous les dangers. Le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia a eu le courage d’avertir, le 25 juin dernier, lors du congrès du RND, du risque de voir le prix du pétrole passer en dessous des 60 dollars : « Tous les projets du pays seraient chimériques et sans lendemain. » Le président Bouteflika prend le relais le 26 juillet, face aux maires, en critiquant sévèrement les investisseurs étrangers qui font des bénéfices sur le dos de l’Algérie. L’aisance financière est un mythe. La cagnotte financière (140 milliards de dollars) risque d’être aspirée en quelques petites années. La fragilité légendaire de l’économie algérienne se vérifie encore une fois. Le coût social sera élevé, sans préjuger du reste… L’on se pose à nouveau cette question qui taraude continuellement les esprits : est-il normal que la facture alimentaire du pays soit encore à ce point élevée ? Pourquoi toutes ces importations de voitures qui coûtent très cher à la Banque centrale en termes de devises, et l’on apprend, au détours d’une déclaration de la vaillante Unop, que pas moins de 15 unités de médicaments sont fermées pour donner libre cours à l’importation. Qui profite de ces situations de rente si l’on exclut les firmes étrangères ? Depuis 1999, des dizaines de milliards de dinars ont été engloutis par l’agriculture, beaucoup d’argent a été détourné à cause d’une gestion aléatoire des fonds de développement de ce secteur. L’Etat est floué dans cette affaire ; nos importations de produits alimentaires (céréales, sucre, lait, huile, café, légumes secs…) n’ont cessé de gonfler, aggravées, il est vrai, par les augmentations des prix à l’échelle mondiale. Peu importe, les experts algériens (Mme Chaulet, Aït Amara, Bessa, Bedrani…) s’évertuent à longueur d’année, dans les colloques, à travers les colonnes de journaux… à tirer la sonnette d’alarme. Aucun répondant des pouvoirs publics. Ils prêchent dans le désert…

La rente impose ses schémas économiques et son mode opératoire pour l’agriculture. C’est le tout nouveau ministre de l’Agriculture, Rachid Benaïssa, dont la voix était étouffée jusque-là, qui vient d’admettre le danger d’une telle dépendance, au moment où la devise va se faire rare pour pouvoir satisfaire les besoins alimentaires des Algériens. Il ne s’agit pas de verser dans le catastrophisme, mais l’on risque, si l’Etat ne réagit pas avec célérité, avec les stratégies adéquates, de revivre des moments pénibles et franchement désastreux pour la population. Il est dans la capacité de notre pays d’amener, à moyen terme, un taux de couverture d’au moins 70% de nos besoins alimentaires par la production nationale. C’est avant tout une question de décision politique. Les pouvoirs publics doivent faire preuve de volontarisme. Une politique conséquente de soutien à la production nationale revêt un caractère extrêmement urgent. Si l’Etat n’agit pas en empruntant le bon chemin, celui de la rigueur, de la production, il ne faut pas s’étonner que l’on renoue avec l’emprunt extérieur dans 3 ou 4 années pour nourrir la population. C’est une perspective peu glorieuse pour l’Algérie et l’aveu d’une faillite économique… Il en est de même pour l’industrie, totalement laminée par l’informel, dans l’indifférence générale. La crise à nos portes doit être, au contraire, le motif de bousculer les certitudes, de remettre tout à plat, d’analyser les incohérences et de situer les dépendances et les responsabilités. L’Etat doit s’attaquer aux situations de rente si l’on veut, malgré notre pétrole, éviter le naufrage économique.

Par Omar Belhouchet


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