Édition du
21 July 2017

La course désespérée de Omar Al Béchir pour éviter le TPI

Al Ahram Head
Soudan. Le président Omar Al-Béchir a proposé une initiative pour la paix au Darfour. Une dernière tentative controversée à l’heure où plusieurs dignitaires de Khartoum sont menacés par un mandat d’arrêt de la CPI.
Al-Bashir web
La « solution définitive » de Béchir

C’est devant un public vide d’opposants que le président soudanais a présenté, le jeudi 16 octobre, « l’Initiative du peuple du Soudan ». Reconnaissant les inégalités qui déchirent le pays, le gouvernement de Khartoum aurait décidé l’allocation de 250 millions de dollars pour le développement du Darfour. « Les solutions fondamentales au problème du Darfour résident dans un développement global équilibré (de la province) et un système administratif non centralisé », a expliqué Omar Al-Béchir. Il a également annoncé sa résolution à trouver une « solution définitive », et appelé « toutes les parties concernées à appuyer les tentatives de l’Etat ». Amr Moussa, chef de la Ligue arabe, et les délégués d’Egypte, de Libye et du Qatar, ainsi que Jean Ping, président de la Commission de l’Union Africaine (UA), ont assisté à ce discours aux côtés de nombreux responsables locaux et régionaux. Mais aucun représentant des rebelles du Darfour n’était présent à Khartoum lors de l’allocution.
sudan victimes darfour
Sud Soudan. Le massacre de Palotaka Boys School. Bombardement aérien
© CRISPIN HUGHES PHOTOGRAPHY

Les 13 factions soulevées contre l’autorité soudanaise ont immédiatement rejeté l’appel, considérant la tentative comme « mort-née ». La réaction des populations déplacées en raison de la violence régnant au Darfour n’est pas moins désabusée. Le coup médiatique du président est ressenti comme une ultime tentative de garder le pouvoir. Seuls les partis de la coalition gouvernementale ont rejoint le projet, essentiellement animé par le Congrès national (parti de Béchir) et le Mouvement populaire de libération du Soudan.

En revanche, les responsables internationaux ont encouragé la proposition. Optimiste, Djibril Bassolé, médiateur conjoint des Nations-Unies et de l’UA, a affirmé que « la communauté internationale mettait beaucoup d’espoirs dans cette initiative ». Tout comme le leader Minni Minawi, premier et unique opposant à avoir signé la paix avec Khartoum, le Soudan connaîtrait « des circonstances exceptionnelles qui nécessitent que tous unissent leurs efforts pour sortir de l’impasse ». Certains observateurs, plus lointains, sont moins enthousiastes : l’universitaire darfouri Abdoul-Jabbar Abdallah Fadel estime que la paix ne sera possible qu’avec la fin du régime actuel. Un diplomate onusien sur place a affirmé à l’AFP que le conflit avait dépassé les capacités du pays. « Un processus de paix crédible au Darfour ne peut être atteint par de seules négociations entre les rebelles et le gouvernement. Ils sont trop faibles et manquent trop de légitimité pour soutenir ou appliquer n’importe quel accord qu’ils signeraient ».

Les accusations qui dénoncent le coup de charme de Béchir sont nombreuses. Ce dernier est menacé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, réclamé par le procureur Moreno-Ocampo. Suite à d’autres demandes déposées durant l’été, un chef de milice pro-gouvernementale, Ali Kosheib, a été arrêté cette semaine pour être jugé dans l’ouest du Soudan. « Un premier pas » vers les attentes de la communauté internationale, juge Eric Chevalier, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. Nicolas Sarkozy lui-même a évoqué la possibilité d’une suspension des poursuites à l’encontre du Soudan, si ce dernier optait pour un changement politique « radical ». De quoi motiver Béchir à impressionner la galerie.

On n’en pense pas moins dans les territoires en question. L’armée soudanaise et ses milices alliées sont toujours visibles à Al-Facher, capitale du Darfour. Des opérations ont été menées dans le désert nord de la région. La plupart des rebelles ont donc réclamé que les discours soient précédés par des efforts concrets : « Le fait est que sur le terrain, ils tuent des gens », déclare Abdel-Wahed Mohamad Al-Nour, chef d’une faction rebelle. Sur les 40 000 réfugiés du mois de septembre, 24 000 ont fui des zones où l’armée soudanaise était présente, selon Gregory Alex, responsable de l’Office de coordination pour les affaires humanitaires (Ocha) de l’Onu. Ces déplacés se montrent aussi peu convaincus par la proposition de Béchir qui inclut pourtant des retours conséquents de réfugiés. Ils dénoncent l’unilatéralité du processus. Les violences semblent avoir duré trop longtemps pour qu’une proposition légale aussi abrupte n’éveille pas la méfiance.

Depuis l’instauration de la charia comme Constitution au Soudan, en 1983, la guerre civile n’a pas cessé. L’ancienne opposition religieuse entre chrétiens du Sud et musulmans du Nord s’est transformée en jalousie économique entre centre et périphérie, avec l’insurrection du Darfour débutée en 2003. Les conséquences humaines n’en sont pas moindres, puisque le bilan de l’Onu dénombre 2,5 millions de réfugiés et 200 000 à 300 000 morts depuis cette date. Khartoum n’en reconnaît que 10 000. Le conflit apparaît trop vieux pour que ses acteurs puissent restaurer un quelconque lien de confiance. Pas surprenant que l’initiative présidentielle échoue à réunir le pays. Selon ce constat, les pistes à privilégier seraient donc la réconciliation interne au Darfour, combinées à des pressions internationales suffisantes.

Vincent Fortin


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