Édition du
21 July 2017

Louisa Hanoune fustige le parlement : «L’APN est un danger pour la nation»


La chambre basse n’a plus sa raison d’être
27 Octobre 2008

Le Parti des travailleurs participera à la prochaine présidentielle 2009 d’une manière ou d’une autre, a assuré la secrétaire générale du parti.
Louisa Hanoune
Louisa Hanoune monte au créneau. Elle dit tout haut ce qu’elle pense. Et elle ne mâche pas ses mots. Elle est connue et respectée pour son verbe acéré. «Le Parlement est un danger pour la nation», a martelé, hier, la secrétaire générale du Parti des travailleurs. Lors d’une conférence de presse qu’elle a convoquée hier au niveau de son siège, Louisa Hanoune a vilipendé l’actuelle Assemblée populaire nationale (APN). Irritée et exaspérée par le vote jeudi dernier de la loi de finances 2009, elle a estimé que la chambre basse n’a plus sa raison d’être. «S’il reste une once de crédibilité dans cette APN, je pense qu’elle a disparu jeudi avec le vote dogmatique», a-t-elle clamé en affirmant: «Nous sommes pour la dissolution de cette institution.» Louisa Hanoune vide son sac.
Elle en a gros sur le coeur: «Ce qui s’est passé jeudi est très grave et même scandaleux», a-t-elle ressassé. «Quand l’intérêt partisan prime l’intérêt national, il y a péril en la demeure», a-t-elle averti. «Non seulement elle a été élue avec un taux de participation de 35%, cette Assemblée tourne le dos au peuple», souligne-t-elle. «C’est la pire des mandatures avec un discrédit total», affirme-t-elle avant de poursuivre: «C’est une dérive sans précédent». Selon la première dame du PT, le passage de la révision de la Constitution par le Parlement ne donnera aucun poids au projet. «Le président ferait mieux de recourir à un référendum pour garantir une crédibilité», a-t-elle suggéré d’autant, souligne-telle, que le problème du timing ne se pose pas.
Le chef de l’Etat a tout le temps pour organiser un référendum ou appeler à l’élection d’une assemblée constituante. Dans ce cas, affirme-t-elle, «le président peut même reporter les élections». Interrogée sur un éventuel retrait du parti de l’hémicycle, la secrétaire a répondu par la négative. «Le jour où on ne pourra plus s’exprimer ou le jour où le peuple nous le demandera, on se retirera», a-t-elle affirmé. Nourrie d’une volonté de fer, Mme Hanoune refuse de lâcher prise et promet de continuer son combat jusqu’au bout. En fait, le vote de la loi de finances a été la goutte qui a fait déborder le vase pour le Parti des travailleurs. L’actuel Parlement se contente uniquement de soutenir l’Exécutif au lieu de le contrôler, regrette Louisa Hanoune.
Pis encore. Le rejet par la commission des finances et des budgets d’une décision prise par le gouvernement traduit clairement qu’il n’y a aucun visibilité ni conscience, explique-t-elle, en référence au rejet de l’amendement introduit par le PT relatif à l’interdiction de l’importation des médicaments fabriqués localement. Un rejet justifié par la commission du fait qu’il contredit les règles du commerce et les accords conclus avec l’UE et l’OMC. Or, le Conseil de gouvernement, qui s’est tenu deux jours avant le vote, a décidé d’interdire l’importation des médicaments produits en Algérie. Les exemples sont nombreux aux yeux de Mme Hanoune. Même si les pratiques malhonnêtes des députés ne sont pas nouvelles au Parlement, la conférencière pense que le scénario de jeudi était flagrant: «Franchement, la majorité a fait preuve d’une cécité politique totale», a-t-elle estimé. Prenant pour preuve la taxe sur les véhicules, elle affirme que les décisions du Parlement n’engagent plus le choix du peuple.
Elle reconnaît qu’un forcing a été exercé sur le vote de la taxe sur les véhicules. «Nous sommes au courant de toutes les manoeuvres utilisées pour truquer le vote», a-t-elle reconnu. Elle confie dans ce sens que son parti a fait l’objet de provocation de la part de certains députés.
Dans son intervention, elle a dressé un réquisitoire sévère contre le ministre des Finances. «C’est un comportement irresponsable d’ignorer la crise internationale», a-t-elle jugé en s’interrogeant: «Où vit le ministre?» Louisa Hanoune perd le sens de la réalité. Elle ne s’explique plus les contradictions affichées par les différents responsables sur un même sujet: «Le bicéphalisme existe en force au sein du gouvernement», admet-elle à contrecoeur. «Les contradictions sont à tous les niveaux», reconnaît-elle. Louisa Hanoune a laissé également entendre que les décisions du président de la République ne sont pas appliquées: «Entre ce que dit le Président et ce qui se fait sur le terrain, c’est tout un monde», avance-t-elle. Dénonçant l’attitude du ministre des Finances et de la commission de l’APN qui a rejeté tous les arguments avancés par son parti, Louisa Hanoune dira que «cette politique est voulue». Interpellée sur l’abstention de son parti au vote sur la loi de finances, elle dira que «la loi ne répond pas aux aspirations des citoyens et ne prend pas en considération les orientations données par le chef de l’Etat».
Par ailleurs, interrogée par L’Expression sur une éventuelle participation du PT à l’élection présidentielle de 2009, la porte-parole affirmera: «Nous allons participer d’une manière ou d’une autre.» Le Parti des travailleurs compte peser sérieusement sur l’échiquier politique: «Le principe est de ne laisser aucun terrain d’expression vide.» Le Parti des travailleurs va-t-il présenter sa candidate traditionnelle ou en préparer un autre? La première hypothèse reste la plus plausible.

Nadia BENAKLI


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