Édition du
25 March 2017

Le général Buchwalter met en cause Alger dans l'assassinat de Mgr Claverie

Par Philippe Broussard,
publié le 06/07/2009 12:43 – mis à jour le 06/07/2009 13:02
L’EXPRESS.fr

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L’ex-général François Buchwalter, dont le témoignage vient de relancer l’enquête sur la mort des moines français de Tibéhirine au printemps 1996, s’est aussi interrogé, devant le juge Trevidic, sur le rôle des autorités algériennes dans l’attentat contre Mgr Claverie, quelques mois plus tard.
L’ex-général François Buchwalter, dont le témoignage devant le juge antiterroriste Marc Tredivic vient de relancer l’enquête sur l’enlèvement et la mort des moines de Tibéhirine (Algérie) au printemps 1996, a évoqué une autre affaire lors de son audition du 25 juin dernier: la mort dans un attentat, le 1er août 1996, de l’évêque d’Oran, Mgr Pierre Claverie.
Le général Buchwalter, qui était à cette époque attaché de défense à l’ambassade de France à Alger, connaissait bien Pierre Claverie. Il était même avec lui trois heures avant sa mort. Selon lui, Mgr Claverie était convaincu de « l’implication du pouvoir algérien » dans l’enlèvement des sept religieux. Des accusations souvent avancées – en particulier par d’ex-membres des services de renseignement locaux – mais qui n’ont jamais été prouvées, la thèse officielle restant celle d’une opération menée de bout en bout par des islamistes du GIA.
Interrogé par le juge sur le destin tragique de Pierre Claverie, François Buchwalter a laissé entendre, à mots à peine couverts, que les autorités algériennes de l’époque auraient une part de responsabilité dans sa mort. A ses yeux, il pourrait en effet s’agir d’une sorte de mesure de représaille contre la France à la suite d’une visite houleuse du ministre français des Affaires étrangères, Hervé de Charette, ce même 1er août 1996, en Algérie.
« Je pense qu’il y a un lien entre l’insistance d’Hervé de Charrette à aller à Tibéhirine et cet assassinat, a déclaré Buchwalter au juge Trévidic. J’ai été témoin de la fureur du ministre algérien des Affaires étrangères quand Hervé de Charrette a modifié le planing prévu pour aller à Tibéhirine. Les Algériens ont bataillé pendant des heures pour s’opposer à ce déplacement. »
Comme le juge lui demandait « en quoi les autorités algériennes auraient tenu Monseigneur Claverie pour responsable de ce déplacement », François Buchwalter a donné cette réponse éliptique et déroutante: « Vous savez comment il est mort. Il a changé son billet au dernier moment. Très peu de gens étaient au courant. Les autorités n’appréciaient pas sa liberté de ton, tant à l’égard des islamistes que du pouvoir algérien. » A l’époque, la responsabilité de l’attentat avait été attribuée aux islamistes, soucieux, disait-on, de « punir » la France et son ministre.
Selon l’ex-général, cette colère était dûe au fait que, pour les Algériens, Hervé de Charette était venu en Algérie afin de « renouer les relations », « repartir sur de nouvelles bases » et non pour se rendre dans un lieu aussi symbolique que le monastère. « Ils ont dû mobiliser d’importants moyens pour organiser cette visite impromptue, a déclaré François Buchwalter au juge, et ils ont eu l’impression que la demande était liée à des objectifs de politique intérieure française. » Ce jour-là, quelques heures avant de rentrer à Oran et d’être victime d’un attentat, Pierre Claverie avait participé à cette visite organisée à la hâte.
Les graves insinuations du général Buchwalter – comme celles imputant la mort des moines à une bavure de l’armée algérienne – devraient très vite susciter des réactions du côté d’Alger.


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