Édition du
25 March 2017

« Délires » d’un général et affabulations d’une certaine presse

La publication par la presse française du témoignage d’un général français, ancien attaché militaire à l’ambassade de France en Algérie, durant les années de braise, concernant l’horrible assassinat des moines de Tibehirine a provoqué et à l’unisson, une levée de boucliers de la presse privée algérienne dite « indépendante », cette « presse au dessus de tout soupçon » qui n’est pas sans nous rappeler sa « mobilisation spontanée» durant les années 90 à chaque fois d’une lueur d’espoir de paix apparaissait à l’horizon (initiative de Zeroual en 94, Contrat National de Rome en 95….). Ce témoignage d’un officier français, versé dans le dossier qui est loin d’être fermé (crime contre l’Humanité donc imprescriptible) des moines trappistes, semble déranger certains cercles occultes qui ne voudraient pas que la VERITE éclate sur cette triste histoire, parmi tant d’autres. Qui a peur de la VERITE ? Qui avait dit que le MENSONGE NE DURE QU’UN TEMPS ?
Nous publions une série d’articles de la presse privée algérienne consacrés à ces révélations. Nous laissons le lecteur apprécier leur teneur à leur juste valeur.

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L’AFFAIRE DES MOINES DE TIBHIRINE
Les affabulations d’un général français
L’Expression, 07 Juillet 2009

Sans dévoiler l’identité de sa source pour des raisons de sécurité, un général français atteste avoir recueilli les confidences d’un «Monsieur X» qui attribue l’assassinat des moines à l’armée algérienne.
Quel sens faut-il donner aux «révélations» tardives du général français, François Buchwalter, sur les moines de Tibhirine? L’interrogation est d’autant plus opportune que d’aucuns ne s’expliquent pas le timing de cette intervention. En attribuant l’assassinat des moines à l’armée algérienne, plusieurs années après les faits, cet ancien attaché militaire à l’ambassade de France à Alger ajoute (à dessein?) des complications à des relations algéro-françaises déjà suffisamment controversées.
Dans sa déposition citée hier par le journal français, Le Figaro, proche du président Nicolas Sarkozy, le général Buchwalter avait «confié», le 25 juin dernier, au juge d’instruction Marc Trévidic que l’assassinat des sept moines était une «bavure» commise par l’armée algérienne. Un tel témoignage peut-il être crédible, ou pris pour argent comptant? Le général ne cite aucune source militaire qui lui aurait dévoilé ce «secret» classé défense, ni aucun témoin oculaire présent sur les lieux qui aurait confirmé une telle affirmation.
Dans son témoignage sous serment, ce général indique avoir recueilli – lors de son passage à Alger, comme attaché militaire à l’ambassade de France, entre 1995 et 1998 – les confidences d’un ancien officier de l’armée algérienne, dont le frère était chef d’une escadrille d’hélicoptères affectée à la première région militaire, dont dépendait la région de Tibhirine.

Sans dévoiler l’identité de sa source, ni celle de son frère, le général Buchwalter raconte qu’un «Monsieur X» lui a confié, après l’enterrement des moines en 1996, que son frère qui patrouillait en hélicoptère entre Blida et Médéa dans le cadre d’opérations antiterroristes, lui aurait révélé que l’armée a tiré sur un bivouac qui ressemblait à un groupe djihadiste armé. «Ils ont donc tiré sur le bivouac. Ils se sont ensuite posés (…). Une fois posés, ils ont découvert qu’ils avaient tiré notamment sur les moines. Les corps des moines étaient criblés de balles», a expliqué le général français au juge, dont les propos ont été rapportés par la presse française dont Le Figaro. Il y a cependant comme un défaut, le témoignage de l’ancien militaire français n’est au final qu’un témoignage de seconde main, M.Buchwalter rapporte un oui-dire que rien ne vient confirmer.
Ce nouveau témoignage ne précise en aucun cas les conditions de l’enlèvement et encore moins les auteurs du rapt, curieusement passés sous silence par le témoin. D’ailleurs, la thèse d’une «bavure» de l’armée algérienne a été qualifiée par le même quotidien «d’une possible mise en scène sordide, décidée au plus haut niveau du pouvoir» français. Or, l’enlèvement des moines de Tibhirine a été revendiqué le 26 avril 1996 à l’époque par le chef du Groupe islamique armé (GIA), «Abou Abderrahmane Amine», alias Djamel Zitouni. En 2004, une commission rogatoire internationale n’a retenu et validé que la thèse selon laquelle les moines ont été liquidés par les groupes islamistes.
Mieux encore, la République française a envoyé des émissaires, mandatés à l’époque par Alain Juppé, Premier ministre, et Charles Pasqua ministre de l’Intérieur, à son ambassade à Alger pour mener des «négociations» avec les éléments du GIA afin de procéder à la libération des moines. Le GIA avait proposé d’échanger les moines contre ses militants islamistes détenus. Quelques jours plus tard, cette organisation terroriste annonce avoir décapité les captifs – assassinés le 21 mai – les terroristes accusant le gouvernement français d’avoir «trahi» les négociations-. Annonce faite le 23 mai par le GIA, soit deux jours après le crime commis. Interrogé à l’issue d’un sommet franco-britannique sur ces déclarations, Nicolas Sarkozy a répondu qu’il faut laisser la Justice faire son travail.
«Il y a un juge d’instruction qui est en charge de ce dossier, la justice est saisie. Les déclarations de ce témoin ont été faites devant un juge. Laissons la justice faire son travail», a dit le président français dans une déclaration rapportée par l’AFP. Et d‘ajouter: «Que puis-je dire maintenant, si ce n’est compliquer le travail de la justice? Et on verra à l’issue de cette instruction ce qu’il en sera. Que la justice fasse son travail, aille jusqu’au bout de son travail, je n’ai pas d’autres commentaires à faire», a conclu M.Sarkozy. A la lumière de ces données, il y a lieu de s’interroger sur le pourquoi du rebondissement de ce dossier à ce moment, plus précisément. Autrement dit, pourquoi le général François Buchwalter a attendu 13 ans pour révéler «ses secrets d’Etat»? Cette déclaration intervient au moment où les deux chefs d’Etat, Abdelaziz Bouteflika et Nicolas Sarkozy, affichent leur volonté de promouvoir et tisser de meilleures relations politico-économiques entre Alger et Paris. Comme en témoignent les deux visites effectuées par le chef de l’Etat français en Algérie et celle qu’effectuerait Abdelaziz Bouteflika à Paris dans le dernier semestre de cette année.
Ainsi, pourquoi et surtout à quelles fins, le général Buchwalter a-t-il apporté de tels témoignages? Pourquoi n’a-t-il pas parlé plus tôt au moment de l’ouverture de l’enquête qui remonte déjà à quelques années? Beaucoup d’ombre entoure un témoignage qui vient, trop à propos. L’avenir apportera, sans doute, une réponse.
Tahar FATTANI

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La Tribune 07-07-2009
Un général français attribue le massacre de Tibhirine à l’armée algérienne
Le «qui tue qui» a la peau dure en France

Par Abdelkrim Ghezali

Un général français, entendu par la justice, a affirmé que le massacre des moines de Tibhirine, en 1996, était une «bavure» de l’armée algérienne, a indiqué hier une source proche du dossier. Attaché militaire de l’ambassade de France à Alger à l’époque des faits, le général François Buchwalter, aujourd’hui à la retraite, avait recueilli les confidences d’un ancien militaire algérien, dont le frère avait participé à l’attaque, a-t-on précisé de même source, confirmant une information parue dans plusieurs médias français.
«Les hélicoptères de l’armée algérienne ont survolé le bivouac d’un groupe armé et ont tiré ; s’apercevant par la suite qu’ils avaient non seulement touché des membres d’un groupe armé mais des moines», a expliqué cette source, rapportant les propos du général Buchwalter, entendu le 25 juin par le juge antiterroriste Marc Trevidic. Le général Buchwalter «a appris les faits quelques jours après les obsèques» des moines et «a écrit des rapports au chef d’état-major français des armées et à l’ambassadeur qui sont restés sans suite», a-t-on précisé de même source. Interrogé à l’issue d’un sommet franco-britannique, Sarkozy a estimé qu’«il y a un juge d’instruction en charge de ce dossier, la justice est saisie. Les déclarations de ce témoin ont été faites devant un juge. Laissons la justice faire son travail». «Que puis-je dire maintenant, si ce n’est compliquer le travail de la justice ? Et on verra à l’issue de cette instruction ce qu’il en sera. Que la justice fasse son travail, aille jusqu’au bout de son travail, je n’ai pas d’autres commentaires à faire», a conclu le chef de l’Etat français, soulignant qu’il s’agissait d’un «drame qui (l)’avait bouleversé» et qu’il s’était lui-même rendu sur les lieux du drame. Manifestement, le qui tue qui a la peau dure en France. Le général en retraite semble avoir retrouvé la mémoire après tant d’années pour saisir la justice française sur le massacre des moines de Tibhirine, en citant l’ours qui a vu l’ours. Ainsi donc, les moines ont été tués par erreur par des tirs d’hélicoptère en plein nuit. Un hélicoptère qui survolait les montagnes de l’Atlas blidéen et qui a aperçu un feu de camp avant de les anéantir au même moment qu’un groupe du GIA. En premier lieu, les terroristes du GIA n’auraient pas été aussi dupes au point de ne pas entendre les vrombissements de l’hélicoptère et de rester sur place autour d’un feu qui les aurait démasqués. En deuxième lieu, les tirs d’un hélicoptère n’ont pas cette précision chirurgicale qui épargne les visages et les têtes des moines que l’opinion publique nationale et internationale a vues après leur découverte près de Médéa. Enfin, les services secrets de tous les pays ont le devoir d’infiltrer les groupes terroristes dans la mesure du possible pour, sinon les anéantir, du moins en limiter les effets néfastes. Autrement, sur quoi reposent les défenseurs de la thèse du qui tue qui si ce n’est sur des «révélations» de transfuges de l’ANP qui ont prouvé leur mauvaise foi qu’il s’agisse de Teguia devenu voleur à Bangkok et dont le témoignage n’a été connu qu’en 2002, ou Samraoui, principal témoin dans l’affaire de Hassein, qui s’est rétracté. Enfin, le témoignage de Benhadjar ne peut être pris au sérieux, car quand il l’avait fait, il était dans les maquis et avait tout intérêt à semer la zizanie entre les services secrets algériens et français. Quand à sa déduction sur le degré d’infiltration du GIA par les services secrets algériens, il s’agit en fait d’une appréciation personnelle d’autant qu’il était en désaccord avec la direction du GIA qu’il allait quitter quelque temps après pour créer la LIDD. Mais, au-delà de ces considérations, qui a intérêt aujourd’hui à miner les relations algéro-françaises et dans ce contexte précis ?
A. G

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La dépêche de Kabylie 07 juillet 2009
Le “qui tue qui ?” refait surface
Polémique sur l’assassinat des moines de Tibéhirine, 13 ans plus tard !

Ricochet intrépide dans l’affaire de l’assassinat des sept moines de Tibehirine en 1996. En effet, on se souvient de la campagne de lynchage médiatique qui a défrayé la chronique et dont a été victime l’armée algérienne poussant le général Lamari à tenir une conférence de presse en 2002 afin de démentir toutes les informations rapportées par certains médias et formations politiques sulfureuses et, notamment les adversaires du contrat de Rome (1995), qui ont innocenté tous les crimes commis par les GIA en accusant l’institution militaire algérienne de tous les maux.
Ainsi, 13 ans après cet acte qui a bouleversé la communauté catholique en Algérie, un rebondissement inattendu dans cette affaire vient comme un grain de sable semer la zizanie dans les relations algéro-française. Ce rebondissement ne doit certainement rien au hasard, quand on sait que les partisans du « qui tue qui ? » s’affairent toujours à compromettre un processus de paix entamé et une sérénité retrouvée. Ce rebondissement est-il une manière de défendre les partisans du “qui tue qui ?” et de justifier, à première vue, leur position prise ? François Buchwalter, général français, aujourd’hui à la retraite, à l’époque, attaché militaire à l’ambassade de France à Alger, a déclaré que le massacre des moines de Tibéhirine en 1996 « était une bavure de l’armée algérienne », selon l’AFP, qui a été repris par l’APS. Le général affirme avoir « recueilli les confidences d’un ancien militaire algérien » et dont le frère avait participé à l’attaque, précise la même source. L’information a été confirmée par plusieurs grands médias français. Selon la source rapportant les propos du général à la retraite Buchwalter, « les hélicoptères de l’armée algérienne ont survolé le bivouac d’un groupe armé et ont procédé à des tirs nourris avant de s’apercevoir qu’ils avaient atteint des moines qui étaient sur place ainsi que des terroristes ». Le général a été entendu le 25 juin dernier par le juge antiterroriste Marc Trevidic. Selon ce juge, « les autorités françaises savaient, au moment des faits, que l’attentat n’était pas commis par un groupe islamique armé qui ne représentait que la main-d’œuvre de l’opération ».
Les sept moines français ont été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère de notre Dame de l’Atlas à Médéa par les GIA de Djamel Zitouni, qui a revendiqué l’enlèvement et la séquestration des sept moines en proposant d’échanger les religieux français contre des frères religieux incarcérés à l’époque.
Un moine a été chargé de proposer l’échange par téléphone : « S’il vous plaît, faites ce qu’ils vous demandent sinon ils vont nous égorger. » Le groupe armé était clair : « Si vous libérez, nous libèrerons, si vous refusez, nous égorgerons. » Les sept moines seront égorgés le 21 mai et les GIA annonceront leur exécution deux jours plus tard. Néanmoins, et selon le général à la retraite, « les corps des moines étaient criblés de balles”. “Les sept moines ont été enterrés à Tibéhirine.” Selon le quotidien Le Monde, le témoin du juge Trevidic pourrait-il être l’informateur d’un journaliste italien, Valerio Pellizzari, qui avait fait des révélations en ce sens, il y a tout juste un an ? Cette affaire relance le débat du “qui tue qui ?” qui alimente la haine et lave de tous crimes les groupe armés comme pour les massacres du GIA commis à Bentalha et Raïs. Le plus curieux est que cela ne doit rien au hasard du calendrier, ce rebondissement dans cette affaire vient en plein Festival panafricain et au lendemain de la fête de l’Indépendance.
Hacène Merbouti
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Coïncidences
par Ghania Oukazi, Le Quotidien d’Oran, 8 juillet 2009

C’est au moment où il est question de restructurer les services de sécurité et de réfléchir en parallèle sur la problématique d’une amnistie générale au profit des terroristes qu’un militaire français vient d’affirmer que c’est l’armée algérienne qui a tué les 7 moines de Tibehirine.

La déclaration du général français à propos de l’assassinat en 1996 des 7 moines trappistes qui vivaient sur les hauteurs de Médéa, à Tibehirine, coïncide avec des événements très particuliers pour l’Algérie. L’auteur de la déclaration et les médias français ont en effet, bien choisi le moment pour la rendre publique. L’Algérie célèbre ces jours-ci un double événement, son indépendance et la fête de la jeunesse. Un moment où l’armée est glorifiée pour avoir réussi à chasser le colonisateur français. Et le 4 juillet dernier, le président de la République a décoré de nouveaux généraux sur les hauteurs des Tagarins, siège du ministère de la Défense. C’est donc une conjoncture où l’institution militaire est mise à l’honneur.

Le général français n’est pas le premier à douter des commanditaires et exécutants de l’assassinat des moines français. En 2001, un journaliste français a remonté les traces de ce tragique événement et avait affirmé que ce sont les services de sécurité algériens qui ont commandité le crime. Le journaliste ne dira pas plus. Il sera assassiné en France quelque temps plus tard. L’on ne connaîtra peut-être jamais le mobile de son assassinat. Pour le moment, c’est celui des moines qui remontent à la surface. Le général français affirme avoir été informé par un ancien militaire algérien sur ce qu’il a qualifié de bavure de l’armée algérienne.

Vu du côté algérien, ces affirmations sont très lourdes de sens lorsqu’on apprend de sources crédibles que le président de la République réfléchit sur un projet amnistiant tous les terroristes. Pour rappel, c’est lui-même qui a répondu instantanément à une voix qui s’était élevée du milieu d’une salle pour lui demander «El âafou echamil, sid Er-raïs !» (l’amnistie générale, monsieur le Président !). C’était lors d’un meeting électoral qu’il avait animé à Tamanrasset, une région qui n’avait vraiment souffert du terrorisme durant les années 90. «Une amnistie générale, jamais !», avait-il crié avant de préciser: «Je ne déciderais d’une amnistie générale qu’à condition que tous les terroristes déposent les armes, ceux qui ont commis des crimes demandent pardon à la Nation et le champ politique soit redéfini», avait-il affirmé. Ainsi, avait-il fait savoir implicitement que l’option d’une amnistie générale faisait bel et bien partie de son programme durant ce troisième quinquennat présidentiel. Ceci, bien sûr, si tout marchera comme il l’aura voulu et décidé.

Mais d’ores et déjà, l’on apprend que sa montée aux Tagarins, le 4 juillet dernier, ne lui a procuré aucun bonheur. Il était de très mauvaise humeur. C’est du moins ce que soutiennent ceux qui l’ont vu de près. «Il avait même accroché des galons à l’envers, tellement il était énervé», nous dit-on. La colère du président aurait une cause importante, du moins à ses yeux.

La raison d’une colère

Bouteflika avait, selon nos sources, demandé qu’on lui remette la liste des militaires retraitables mais il ne l’avait pas eue. Il faut croire que l’établissement d’une liste pareille remet en cause la force qu’a toujours eue l’institution militaire à garder ce qu’elle veut de ses responsables et éjecter ce qu’elle veut d’entre eux et au moment où elle le décide. Les exemples de limogeage inattendus lui sont légion. Le chef de l’Etat compte, selon nos sources, procéder lui-même à la mise à la retraite des hauts gradés qui doivent l’être et retenir pour nécessité de service ceux qu’il estime indispensables pour la situation. Bouteflika n’a pas encore eu, selon nos sources, les informations qu’il veut avoir à ce sujet. Sa colère contre l’institution militaire intervient à un moment où la sécurité du pays exige plus que jamais des institutions de l’Etat, rigueur, présence et efficacité absolues. Selon nos sources, le président n’est ni content ni convaincu de ce qui se fait sur le terrain. Revoir le fonctionnement de l’institution militaire est une option qui coïncide avec la rumeur faisant état du retour de l’ancien chef d’état-major, le général de corps d’armée Mohamed Lamari, en remplacement de Abdelmalek Guenaïzia, l’actuel ministre délégué auprès du ministère de la Défense. Annoncée il y a quelques temps dans ces mêmes colonnes, l’information a fait dire à certains hauts responsables que «ce retour serait très possible puisque Lamari a été invité aux deux cérémonies, celle de l’annonce par Bouteflika de sa candidature à l’élection présidentielle du 9 avril dernier et à celle de sa prestation du serment présidentiel. Une invitation et une présence qui auraient selon certains irrité des responsables militaires, notamment Guenaïzia.

En même temps que l’armée, la restructuration des services de sécurité, tous corps confondus, toujours selon nos sources, apparaît très visiblement dans les approches sécuritaires développées en haut sous le sceau de la révision de la stratégie antiterroriste. L’assassinat des 18 gendarmes et celui de plusieurs gardes communaux durant ces derniers temps posent aujourd’hui véritablement la question de l’efficacité de ce qui est opérationnel en matière de sécurité. Le décès de Smaïl Lamari et du général Fodil Chérif imposent le changement. Il y a eu déjà vent dans ces mêmes colonnes de la création d’un super ministère de la Sécurité que dirigerait l’actuel ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Nouredine Yazid Zerhouni. «L’Algérie a plus que jamais besoin de centraliser ses services de renseignements parce que le monde l’exige tout autant que la sécurité dans le pays», nous disait hier un ancien responsable. Cette option imposerait la mise sous contrôle par Zerhouni de l’ensemble des services de sécurité existants. Ce qui signifie qu’il déchargera les services actuels y compris ceux de l’institution militaire d’importantes prérogatives qu’ils ont toujours gardées jalousement tout au long de l’histoire du pays. Réputé pour être un malgache influent (membre du MALG: ministère algérien des Liaisons générales) pour avoir été le chef de la région Ouest, «très proche de Bouteflika», Zerhouni a de fortes chances d’accaparer cet héritage sous une nouvelle appellation, bien sûr, mais aussi sous une nouvelle forme, moderne et professionnelle.

Le retour du «Qui tue qui ?»

Telles que présentées, les choses sont loin d’être simples dans un pays comme l’Algérie où le renseignement fait presque défaut. «Sauf peut-être quand il s’agit de ficher des futilités», nous disait un haut fonctionnaire. Entre la restructuration des services et l’idée d’amnistier les terroristes, il y a l’armée qui, même si elle a toujours été placée en tête des pouvoirs selon un ordre d’importance bien établi, elle a eu, pour rappel, grand-peine à faire entendre sa voix quand les adeptes du «Qui tue qui ?» avaient envahi les enceintes des grandes institutions occidentales pour l’accuser d’être à l’origine de nombreux crimes. Depuis, l’accusation la poursuit jusqu’à continuer de menacer la quiétude de ses responsables. L’aventure à l’aéroport militaire français, le Bourget, de Khaled Nezzar, lorsqu’il a été évacué sur Alger en urgence et dans le secret, en reste un exemple frappant. Les échos du «Qui tue qui ?» et de cet épisode retentissent aujourd’hui à travers les propos tenus par ce général français qui dit avoir été informé par un ancien militaire algérien. En fait, tout est dans cette affirmation, d’un Algérien qu’on dit ancien colonel qui aurait informé un général français. Si l’armée est accusée d’avoir assassiné les moines trappistes, c’est que ceux qui le soutiennent veulent continuer à faire semer le doute sur l’origine des criminels des années 90. Du coup, ce sont les terroristes islamistes qui gagnent en sympathie auprès des opinions publiques pour ne pas être considérés comme étant les seuls à avoir assassiné durant cette tragique décennie. Une amnistie générale leur serait donc permise au cas où le chef de l’Etat déciderait de la décréter. Ceci étant dit, une amnistie si elle est générale, elle pourrait aussi profiter à l’armée. Pour rappel, la charte pour la paix et la réconciliation nationale a beaucoup servi aux agents de sécurité de l’Etat, tous corps confondus, pour leur avoir consacré une disposition qui les absout de tout dépassement ou bavure. Aucune personne n’a en effet le droit de poursuivre en justice ces agents-là pour quoi que ce soit même si elle possède tous les éléments utiles pour cela. Le président de la République pourrait décider d’un texte qui prendrait en compte tous les aspects de la question d’amnistie pour que tout le monde trouve son compte. Encore une fois, la déclaration du général français sur les moines français, 13 ans après leur assassinat, n’est pas fortuite.

Il faut reconnaître que l’ouverture de dossiers aussi brûlants dans une conjoncture qui l’est tout autant pour le pays tombe dans un moment où le président de la République vient de perdre sa mère avec qui l’on dit qu’il avait des liens particulièrement forts. L’on dit qu’elle a été le ciment qui gardait la famille très unie, surtout dans les moments les plus difficiles. «C’est grâce à elle et à sa présence à ses côtés, que le président a pu traverser tout ce parcours, depuis son très jeune âge à ce jour», nous disait un de ses proches. Le président a aussi son frère Mustapha qui est très malade et est hospitalisé à Genève depuis plus d’un mois. Mustapha, gentil et aimable qu’il est, a lui aussi été à ses côtés et lui a été d’une grande disponibilité. Il faut dire qu’il a été au président, depuis sa maladie, son médecin de garde permanent.

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La Dépêche de Kabylie 08 juillet 2009
L’affaire des moines de Tibéhirine refait curieusement surface
Le «qui tue qui ?» a la peau dure

On ne s’attendait pas à de telles accusations, 13 ans après les faits ? L’affaire de l’assassinat des moines de Tibéhirine, dans la région de Médéa en 1996 refait, encore une fois, surface afin de disculper les islamistes armés des crimes odieux. Pourtant, le GIA avait revendiqué, quelques jours après, cet assassinat. A cela s’ajoute la barbarie avec laquelle les sept moines avaient été tués, portant sans l’ombre d’un doute, le cachet du Groupe islamique armé.
Les faits sont têtus, que cherche-t-on derrière cette cabale contre l’ANP, montée de toutes pièces par les tenants du «qui tu qui ?». Après l’échec cuisant de leurs tentatives de soumettre la République au diktat des islamistes et de leurs sponsors politiques, réunis à San’t Egidio, l’on assiste pantois à un retour d’écho auprès de ces mêmes cercles.
Le «qui tu qui ?», qui a fait son petit bonhomme de chemin pendant que les forces de sécurité, tous corps confondus, les Patriotes, certains démocrates, la résistance citoyenne, bravaient l’épée des islamistes et même la propagande menée contre la résistance par ces cercles occultes, revient encore une fois à la charge pour imposer sa vision de la future Algérie. La décision salutaire prise par des hauts responsables algériens d’arrêter le processus électoral, devant aboutir à l’instauration pure et simple d’une République théocratique, en 1992, la lutte sans relâche menée par la République contre les hordes terroristes islamistes, aboutissant à une défaite militaire de l’islamisme ont pu, grâce à des sacrifices, épargner la disparition de l’Algérie !
Ces cercles, qui exhument une aussi scabreuse affaire de remise en cause du caractère républicain de l’institution militaire, confondent allégrement l’essence même de la réconciliation nationale. Pour ces adeptes du projet de Ali Benhadj, la réconciliation nationale est synonyme d’abdication de la République et d’impunité pour les criminels. Ceci dit, la main tendue de l’Etat envers les égarés islamistes, la démission du discours anti-intégrisme sont l’équivalent d’une victoire de l’hydre terroriste.
Nonobstant les multiples tentatives de mettre l’Algérie au ban de l’histoire, les moults essais pour blanchir les véritables criminels de leur barbarie, l’on assiste exaspérés à une recrudescence du discours pro-fanatiques, après une guerre de plusieurs années contre l’Algérie. L’on se souvient aussi de l’attentat au boulevard Amirouche qui a coûté la vie à des dizaines d’Algériennes et d’Algériens et que les militants politiques du FIS, à leur tête, Anouar Haddam, avaient revendiqué, alors qu’ils étaient en réunion avec leurs « amis » politique à Rome. Les signataires de ce contrat, le moins que l’on puisse dire, provocateur de par son atteinte gravissime au combat de l’Algérie contre son ennemi islamiste, vise essentiellement à mettre à genoux la résistance algérienne, en procédant à la disculpation du monstre islamiste de ces crimes, en les imputant aux services de sécurité.
Le FLN de Mehri, le PT, le FFS, Ennahda de Djaballah, les militants du FIS en exil, la communauté religieuse à Rome, ainsi que les partisans du «qui tue qui ?», en Europe, notamment à l’intérieur de l’Internationale Socialiste, épaulés par les Souaïdia, le MAOL…ayant réalisé des fortunes avec ce créneau commercial, doivent répondre de leur forfait devant les tribunaux algériens.
M. Mouloudj

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QUI EST LE GÉNÉRAL FRANÇOIS BUCHWALTER ?
Un vieux spécialiste du renseignement et de la désinformation
Le Soir d’Algérie, 9 juillet 2009

Le général François Buchwalter qui fait l’actualité depuis sa déposition devant le juge d’instruction Marc Trévidic, au tribunal de grande instance de Paris, le 25 juin dernier, affirmant que les sept moines français enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 par le Groupe islamique armée (GIA) ont été tués par l’Armée algérienne, n’est pas un inconnu des spécialistes du renseignement : c’est un vieux spécialiste du et de la désinformation en Afrique et en Outre- Mer pour le compte du gouvernement français.
Le général François Buchwalter a notamment dirigé, avant sa mission d’Alger, puis après (de 1998 à 2000), le Cabinet militaire SER et Bureaux d’études, chargé du renseignement en Outre-mer français, spécialisé dans l’intox et connu pour ses bavures et ses coups tordus. Le 9 janvier 2008, Christian Estrosi, Secrétaire d’Etat aux DOM-TOM, annonce dans Le Parisien, la dissolution de toute cette structure. Dans le même temps, il confirme les soupçons pesant sur ces structures, politisées, génératrices de bavures et contre-productives au final. Les RG ne surveillant plus les partis politiques depuis 1995, pourquoi ces structures militaires le feraient ? Le général Buchwalter, chef d’une structure désavouée par le gouvernement français en 2008 pour ses bavures, devient subitement crédible en 2009 ! Créé en 1959, le cabinet militaire rattaché aux services du ministre de l’Outre-mer est un une entité particulièrement discrète. Jusqu‘a sa dissolution par Christian Estrosi en 2008, elle avait deux missions essentielles. D’une part la gestion et le suivi du Service militaire adapté (SMA) dans les DOMTOM, et d’autre part une mission de renseignement assurée par la Section d’études et de renseignement (SER) au sein de ce cabinet.
En 2000, le général François Buchwalter cède la place au général Charles Fernandez
La SER était chargé de suivre, au profit du ministre des DOM, l’évolution politique, économique, sociale et syndicale dans les DOM-TOM. La SER recevait des synthèses et des notes d’informations des différents services centraux (DST, SDECE, DCRG, SM….) et les répartissait selon les besoins sur le terrain. D’autre part, les bureaux d’études lui faisaient remonter quotidiennement des bulletins de renseignements concernant les événements marquants dans leurs territoires. A partir de ces différents documents, le chef de la SER réalisait un Bulletin de renseignement mensuel, document classé Secret-Défense d’une soixantaine de pages à diffusion très limitée. En fait, la SER, apparemment tournée vers l’analyse, était beaucoup plus «active». De l’aveu même du Secrétaire aux DOM-TOM en janvier 2008, «la mission de ce cabinet militaire était de faire du renseignement politique, visant les élus ou même des journalistes pour le compte du ministre. J’ai considéré que cette mission, que les renseignements généraux n’ont plus le droit d’exercer depuis plusieurs années, n’avait aucune raison d’être aujourd’hui». L’histoire de ces bureaux d’études et de la SER est en effet traversée par plusieurs affaires s’apparentant à des «coups tordus». Dès sa création en 1964, le poste de Papeete chargé de coordonner les mesures de la sécurité des installations atomiques de Fangataufa et Mururoa se lance dans un renseignement tous azimuts digne de la STASI. Les ressources financières des églises protestantes, les contacts étrangers des mouvements de jeunesse, les problèmes de naturalisation de la minorité chinoise, le train de vie des femmes de ménage, les projets des mouvements autonomistes, tout est épluché, collationné et indexé. Chaque semaine, quelques happy few, le gouverneur, le patron des sites nucléaires, le ministre de la Défense, notamment, reçoivent un «bulletin de renseignements» extrêmement complet sur la vie publique et privée parfois des Polynésiens en vue, et des gens de passage. Mais ce n’est pas tout. Le «Bureau d’études» est aussi chargé de contrôler de manière très stricte l’activité des journalistes. Ainsi, en mai 1967, une équipe de la prestigieuse émission «Cinq Colonnes à la une» arrive à Papeete. Branle-bas de combat. Le «Bureau d’études» prend en main les reporters, qui interrogent plusieurs opposants aux essais. Très vite, les barbouzes s’inquiètent. Le chef du «Bureau d’études» écrit : «Les intentions du journaliste ne paraissent pas bienveillantes à l’égard de la présence française et du centre d’expérimentation nucléaire.» Conclusion : «Il serait prudent, à Paris, de censurer l’émission. » Tout simplement. Une part non négligeable du travail des officiers de la SER à Paris était consacrée aux contacts avec les élus ultra marins de passage à Paris. Et dans un souci de recueil de renseignement et de culture des contacts utiles, il n’était pas rare que certains services leur soit rendus (des enveloppes ???). Aux Antilles, dans les années 1980, les bureaux d’études sont au centre de la lutte antiterroriste. Un mouvement indépendantiste pratiquant la lutte armée est alors en plein essor en Guadeloupe et dans une moindre mesure en Martinique et en Guyane. Yves Bonnet, l’ancien directeur de la DST, est nommé préfet de Guadeloupe en 1986 avec comme mission principale l’éradication de ce mouvement. Décrivant les organes de renseignement sur lesquels il s’appuie dans sa tâche, sur place, il cite notamment le colonel Bertrand (un pseudonyme), chef du Bureau d’études à Basse-Terre. Les écoutes téléphoniques sur place, qui — on l’a vu — sont l’apanage de ces bureaux, seront l’une des armes les plus efficaces dans cette lutte. Dans ces même années 1980-1990, un autre point sensible de l’Outre-Mer français est la Nouvelle-Calédonie. Si l’on en croit cet article un peu confus, il semble que Guy Mascres, le chef du Bureau d’études sur place de 1993 à 1996 (qui a fait, depuis, une honnête carrière) ait été chargé des négociations avec un indépendantiste emprisonné. Pour un lieutenant-colonel analyste, c’est singulier !!! Enfin, en 2004, une ténébreuse affaire aux forts relents politiciens éclabousse le Bureau de Basse-Terre dirigé par le commandant De Rodez. Des commissions rogatoires se retrouvent on ne sait comment (enfin si, on sait) en sa possession. Le piquant de l’affaire est que le principal objectif de cette CR n’est autre que Victorin Lurel, le nouveau président socialiste du Conseil régional ; Assemblée qu’il a arrachée de haute lutte à la représentante locale de l’UMP, Mme Michaux Chevry. Et quand on apprend après une rapide enquête que celui qui a passé ces documents juridiques (en principe confidentiels) à la préfecture n’est autre que le colonel de gendarmerie sur place, on ne peut que renifler un remugle nauséabond de basse politique. Pourquoi un service d’analyse et de coordination a détenu ces documents ? Que comptait-il en faire ? A ce jour, ces questions restent sans réponses.
L. M.
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MOINES DE TIBHIRINE
La France a souillé leur mémoire
L’Expression, 09 Juillet 2009

Les moines sont morts, mais les tirs sont loin de s’arrêter
L’offensive menée par Nicolas Sarkozy cache une triste réalité: le suicide du journaliste Didier Contant qui s’apprêtait à démonter la thèse selon laquelle l’Armée algérienne était impliquée dans l’assassinat des 7 moines de Tibhirine.
Nous sommes en février 2004, après un premier sujet publié dans le Figaro Magazine, l’ancien rédacteur en chef de l’agence Gamma s’apprête à proposer un second reportage à l’hebdomadaire français, fruit d’une longue et minutieuse investigation, qui l’a conduit sur les lieux du drame. Ses conclusions sont sans bavure: les sept moines trappistes ont été enlevés puis assassinés par le GIA (Groupe islamiste armé). Sur le terrain, Didier Contant avait récolté de sérieux témoignages qui battaient en brèche les accusations d’un ombrageux sous-officier déserteur de l’armée nationale, qui mettaient en cause les militaires algériens et les désignaient comme étant les instigateurs du massacre des sept hommes d’église.
Ces révélations de Abdelkader Tigha (patronyme du militaire déserteur) ont été largement exploitées et diffusées par les tenants de la thèse selon laquelle les autorités algériennes de l’époque manipulaient les groupes terroristes armés. Ce fut le cas d’un certain Jean-Baptiste Rivoire, journaliste de son état à Canal+, à ce moment-là, qui préparait une enquête sur le sujet en question. Ses sources: Abdelkader Tigha.
Les investigations de Didier Contant le dérangent au plus haut point. Il faut le court-circuiter. Il le fera de la manière la plus ignoble! Sans hésitation, il fera le tour de toutes les rédactions parisiennes pour faire courir le bruit et accuser injustement Didier Contant d’être un agent des services secrets algériens. Le Figaro Magazine et les autres rédactions ferment leurs portes au Grand Reporter. Pour l’avoir connu et côtoyé, nous pouvons témoigner de son professionnalisme sans complaisance mais surtout de sa sensibilité extrême.
L’hebdomadaire Marianne dans un article intitulé «Un certain lobby médiatique qui s’évertue à dédouaner les intégristes algériens de leurs crimes» commente ainsi cette dramatique histoire: «Sur l’affaire des moines, Rivoire prépare justement un livre avec le dénommé Tigha.
Les investigations de Contant le dérangent. On fait circuler le bruit que Contant est un agent des services secrets. On exerce des pressions sur le Figaro Magazine, qui refuse de publier la seconde partie du reportage de Contant. Ce dernier adresse mail sur mail à ses amis Algériens, les familles victimes du terrorisme. Il craque. Le 15 février, il saute du 7e étage.» Cinq années après la mort de Didier Contant, un communiqué de presse fait savoir que le juge d’instruction, Patrick Ramaël, qui enquêtait sur les circonstances de ce décès a décidé de renvoyer le 5 février 2009 Jean-Baptiste Rivoire devant le tribunal correctionnel de Paris du chef de violences volontaires préméditées. Sarkozy pourrait, peut-être, au cas où l’on saurait pour qui roulait Rivoire et ses reportages, connaître le fin mot de l’histoire sur le terrible assassinat des sept religieux, à moins que le procès tant attendu du journaliste de Canal+ ne soit tronqué. Le sang des moines de Tibhirine a coulé sur cette terre d’Algérie et, est mêlé à celui des dizaines de milliers d’Algériens victimes du terrorisme aveugle.
L’histoire les a déjà hissés au rang de martyrs de l’Algérie post-indépendante. L’histoire retiendra qu’au moment où la France officielle recommandait à ses ressortissants de fuir l’Algérie, eux ont choisi de rester! L’histoire retiendra aussi que c’est pendant que l’Afrique s’est donné rendez-vous à Alger pour attester de ce qu’elle a pu donner à l’humanité que la France officielle a voulu gâcher cette fête planétaire. Comme ce fut le cas à Dakar, ce fameux jour de Juillet 2007 où Nicolas Sarkozy a refusé de prononcer le nom de Cheikh Anta Diop pour désigner l’université de la capitale sénégalaise, mais il ne s’est pas gêné de dire que «le drame de l’Afrique, c’est que l’homme Africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan Africain, qui depuis des millénaires, vit les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connait que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles».
Aujourd’hui, l’homme Africain et Cheikh Anta Diop sont célébrés à Alger tandis que les 7 moines de Tibhirine sont dans le coeur des Algériens. Il viendra ce jour où la France officielle leur demandera «Pardon» et se repentira de ses crimes coloniaux commis en Algérie, n’en déplaise à Sarkozy et aux nostalgiques de l’Algérie Francaise.

Mohamed TOUATI
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Affaire des moines : affaires d’Etats !
par Larbi Ghrieb, Le Quotidien d’Oran, 9 juillet 2009

Ça commence par les déclarations d’un général, retraité de la DGSE, les services secrets français, ancien attaché de défense à Alger, puis s’enchaîne l’intervention d’un ancien chef du gouvernement, Jean-Pierre Raffarin, et, enfin, la déclaration de Sarkozy sur le mensonge et la vérité entre grands Etats et sur la levée du secret-défense.
Ça ressemble à une orchestration de haute voltige ! Mais, c’est avant tout l’ouverture des hostilités, dans le silence accablant des autorités algériennes.
Mais que dit le témoignage du général Buchwalter ? Qu’un officier algérien lui a raconté que son frère lui a raconté… De même, sur le meurtre de l’évêque d’Oran, Mgr Claverie, en 1996, qu’il lie, sans preuves, aux auteurs du même crime : «L’armée algérienne !». Voilà que la manipulation sub-sensorielle de l’opinion chemine vers la schématique du «qui tue qui !», où les réseaux islamistes de Genève, Paris, Berlin, Madrid et Londres ont été exploités à souhait. Bientôt, ce sera le tour des «attentats de Paris», «le détournement de l’avion d’Air France, les massacres…».
S’il n’y a aucune nouvelle preuve tangible dans ce dossier, une certitude est maintenant soulignée d’un trait officiel qui ne souffre plus d’aucun doute : les autorités françaises, ses services d’intelligence en premier ordre, étaient dès le début acquises aux thèses de la fameuse nouvelle «question ! » du «qui tue qui ?».
Souvenons-nous du premier rapport condamnant les autorités algériennes de l’organisation de défense des droits de l’Homme, qui n’est venu… qu’en 1997. Souvenons-nous aussi du témoignage de «Nicole Chevillard (journaliste, Risques internationaux) : «Après les attentats de Paris, j’ai été appelée pour consultation par la DST dirigée officiellement par Philippe Parent. Raymond Marthe, un spécialiste des questions algériennes, qui était présent, défendait les positions des services algériens. Philippe Parent, proche de Juppé, me demande, en 1995, une étude pour voir comment faire fléchir les généraux algériens et leur faire accepter les accords de Rome» [Voir : Débat sur Françalgérie à Paris : la France accusée de complicité http://www.algerie-dz.com/article839.html]. Ensuite, toute la déferlante de témoins qui obtenaient quasi automatiquement le statut de réfugié en France, qui était refusé à des intellectuels algériens menacés par les islamistes, témoins devenus auteurs de livres, célèbres, sur la thèse du «qui tue qui ?»… La liste est longue mais elle atteste du double jeu de la politique française : une position officielle quasi neutre ou affichant un «soutien au peuple algérien contre le terrorisme» et une autre officieuse derrière les ONG et certains groupuscules pour faire avancer la thèse de l’implication «organisée» et «délibérée» de l’armée algérienne dans les exactions contre la population… et, par extension, l’Etat algérien auquel il a été désormais taillé, par un travail de longue haleine, un costume sur mesure de «pouvoir militarisé».
En parallèle, c’est toute la rhétorique sur les «bienfaits de la colonisation» avec la relégation au degré de simples erreurs – et peut-être sous forme de dommages collatéraux, voire de «bavures» – de cette «mission civilisatrice de la France» qui est déployée pour couvrir les véritables chefs d’inculpation que retient encore l’Histoire et qu’une rive de la Méditerranée reproche à l’autre : les innommables crimes contre l’humanité de la colonisation !

Que des individus, quel que soit leur habit, leur culte ou leur origine, eurent été assassinés et qu’on veuille connaître toute la vérité et faire appliquer la justice est une chose, que les jeux de pouvoir, les manigances des services d’intelligence et les intrigues à peine feutrées des grandeurs nationalistes s’en mêlent pour des objectifs inavoués, c’en est une autre !

Mais si, coup pour coup, il fallait répondre : souvenons-nous aussi du huitième mort de Tibéhirine, le journaliste David Contant, de la campagne de calomnie organisée par les mêmes officines dont il est établi qu’il eut été victime… Posons-nous aussi la question sur les circonstances de sa mort. Car, s’il y a des journalistes qui ont la conscience de chercher à savoir ce dont a été vraiment victime leur confrère, ils se rendraient sur le lieu de son dit suicide. L’immeuble est fait d’une façade raide, qui ne permet pas à une personne qui se jette de tomber chez le voisin du dessous. Et même si les secrets de la physique ne nous ont peut-être pas tout révélé, comment peut-on envisager qu’une personne qui se jette de son balcon et tombe chez le voisin du dessous se relève pour retenter ce geste si dur et si impensable qui est de mettre fin à sa vie ? Cela ressemble au suicide à deux balles dans la tête ! Comment peut-on ignorer que le défunt avait fait état d’être suivi par les services secrets français juste avant le drame ? Alors qu’il revenait d’un voyage et comptait publier une enquête contre la thèse officieuse qui faisait rage dans les cercles maîtres-penseurs parisiens ?
Ainsi soit-il, puisque des journalistes comme la justice d’un Etat dit de droit et des lumières (!) accordent le rôle de témoin à des personnes qui avouent n’avoir rien vu et puisqu’ainsi les plus grandes enquêtes se battissent sur les plus simples polémiques…

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Douteux silence
El Watan, 9 juillet 2009

C’est devenu une forme de gouvernance : chaque fois que le pays est attaqué et diffamé à l’étranger, les autorités algériennes pratiquent carrément la politique de l’autruche. Elles entretiennent un silence gênant pour leurs amis et pour ceux qui éprouvent le besoin de les défendre. Un nouvel exemple de cet immobilisme vient d’être donné après les déclarations d’un général français, attaché de Défense à l’ambassade de France à Alger à l’époque des faits, accusant l’armée algérienne d’avoir tué en 1996 — une « bavure », a-t-il dit — les 7 moines de Tibéhirine enlevés par le gia. Du coup, les esprits se sont enflammés de l’autre côté de la Méditerranée. Le président Nicolas Sarkozy en personne est monté au créneau pour mettre de l’huile sur le feu et pour tenir des propos désobligeants, voire insultants, à l’égard de l’Algérie. Aucune réaction à Alger alors même que l’honneur de la patrie est piétiné. Malheureusement, l’Algérien s’est habitué à ce genre de comportement et n’éprouve donc aucune surprise. Lorsque dans les années 1990, le terrorisme islamiste a transformé l’Algérie en un vaste cimetière, nos stratèges en communication n’avaient pas trouvé mieux que d’interdire le pays aux journalistes qui voulaient faire leur travail et s’enquérir de la situation. Une aubaine pour les assassins du gIA et de l’ais qui s’étaient mis à accuser l’armée des massacres qu’ils avaient eux-mêmes perpétrés. Et lorsque l’on posait la question au ministère des Affaires étrangères, au ministère de l’Intérieur et aux services de sécurité, chacun accusait les deux autres d’être responsables en matière de communication et de bloquer les visas pour les hommes des médias.
Même nos ambassadeurs étaient dans le flou et se contentaient, de ce fait, de naviguer à vue et de faire dans l’à-peu-près. Plus proche de nous encore, l’affaire Hasseni. Ce diplomate, connu de toutes les chancelleries à Alger, a été arrêté en France dans des conditions humiliantes et emprisonné d’abord à Marseille puis à Paris, parce que soupçonné de s’appeler Hassani, un homme supposé être le commanditaire de l’assassinat d’un opposant algérien dans la capitale française. Le mae avait préparé un texte de protestation, mais il avait été bloqué sur décision venue « d’en haut ». L’Algérie a attendu plusieurs jours pour réagir timidement, mais notre diplomate avait été pratiquement abandonné à son sort. Tous les Algériens étaient dans le noir dans cette affaire. La centralisation excessive de la communication n’a pas permis à notre appareil diplomatique d’agir efficacement. Ces faiblesses en matière de communication, outre qu’elles ont fait le jeu du « qui-tue-qui ? », contribuent à décridibiliser le pouvoir algérien et à laisser le terrain aux ennemis de l’Algérie. On se met à rêver de l’époque où le grand M’hammed Yazid, porte-parole du fln durant la guerre de libération et avec uniquement ses convictions, a réussi à transformer le massacre de Mellouza en crime du colonialisme. De toute évidence, ce silence des autorités devient douteux et semble obéir à d’autres considérations qui n’ont rien à voir avec les intérêts de l’Algérie.

Par Tayeb Belghiche
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Après l’accord de Sarkozy sur la levée du “secret-défense”
Moines de Tibhirine : Qui a peur du déballage ?
Par : Mounir B, Liberté, 9 juillet 2009

En accusant Alger, Nicolas Sarkozy a pris le risque de perdre définitivement l’amitié
du président Bouteflika et d’affaiblir la position de la France en Algérie. Ce risque semble calculé de la part de l’Élysée tant l’affaire des moines de Tibhirine va faire une autre victime de taille en la personne de… Jacques Chirac. Décryptage.
Qu’est-ce qui a donc poussé Sarkozy à déclencher une crise diplomatique avec l’Algérie ? Les “révélations” du général François Buchwalter ne sont pas à même de favoriser une implication aussi franche du président français dans un dossier des moines qui semble être devenu une priorité de l’Élysée après 13 ans d’instruction sans résultats probants.
Sarkozy, ainsi que l’ancien ambassadeur de France à Alger, Bernard Bajolet, coordinateur du renseignement à l’Élysée, donc inévitablement informé des conséquences dramatiques que peut avoir cette affaire sur l’image des services secrets français, savent, tous les deux, que le témoignage de l’ancien attaché militaire à Alger est sujet à suspicion.

Un témoin ayant rencontré le GIA
La thèse du bombardement par hélicoptère ne tenant pas la route, le général Buchwalter avait, dans un passé récent, fait des déclarations contradictoires quant à la bavure militaire qui mérite un petit rappel, tout comme son implication directe dans les négociations avec le GIA, ayant reçu son émissaire dans ses locaux, n’en fait pas un témoin au-dessus de tout soupçon.
Le même général est décrit sous les traits d’une “personne se trouvant provisoirement en Finlande. C’est un haut fonctionnaire d’un gouvernement occidental qui, durant ces années-là, travaillait à Alger, avait des relations personnelles avec des personnages locaux très importants, et qui n’avait pas de contacts avec le monde opaque des services” par le journaliste italien, Valerio Pellizzari, de la Stampa.
Il l’avait rencontré à Helsinki et lui avait confié le déroulement de cette affaire d’hélicoptère. “L’engin aérien survolait la zone des reliefs montagneux de l’Altlas tellien autour de Médéa en compagnie d’un autre hélicoptère. C’était la mi-mai, après le crépuscule. L’équipage avait repéré le feu d’un campement et le chef d’escadrille en personne, un colonel, avait tiré sur le bivouac.” Sur ce, les hélicoptères auraient atterri sur les lieux ! et le colonel incriminé aurait déclaré que “nous avons commis une idiotie, nous avons tué les moines”.
Dans une autre version, rapportée par le livre de John Kiser passion pour l’Algérie, les moines de Tibhirine, le militaire français dira qu’“il y eut un échange de coups de feu et les moines furent tués par des grenades ou par balle !”
John Kiser identifie sa source comme étant “l’attaché militaire de l’ambassade de France” qui a admis que les services de renseignement avaient intercepté une conversation dans laquelle un pilote d’hélicoptère algérien aurait dit : “Zut ! nous avons tué les moines.”
Devant le juge d’instruction, le général Buchwalter livre une version légèrement déformée en insistant sur le bombardement par hélicoptère, mais en omettant de dire qu’il s’agit d’une interception radiophonique de la DGSE qui espionne les télécommunications de l’armée algérienne en soulignant “avoir recueilli les confidences d’un ancien officier de l’armée algérienne, dont le frère était chef d’une escadrille d’hélicoptères”.
Quelle est la véritable version du général ? Est-elle assez cohérente pour lever le “secret-défense”? Et que vise Sarkozy ?
La droite chiraquienne dans le collimateur
Si jamais le “secret-défense” est levé, il y aura forcément du beau linge dans les bureaux du procureur qui instruit le dossier des moines trappistes.
En imaginant la scène, se bousculera l’ex-ambassadeur de France à Alger, Levêque, son ancien patron au Quai d’Orsay, Hervé de Charrette, l’ancien premier ministre Alain Juppé, l’ancien mentor de Sarkozy
Charles Pasqua, ex-ministre de l’intérieur, deux officiers de la DGSE, le général Rondot et le préfet Marchiani de la DST et, cerise sur le gâteau, Jacques Chirac.
Toute la “chiraquie” au grand complet qui devra se justifier devant la justice française de son indigence dans la gestion de l’affaire des moines marquée par une guerre souterraine terrible entre la DST (Pasqua-Marchiani) et la DGSE (Juppé-Rondot), qui avait inévitablement condamné les moines à leur sort macabre. Devant cette déferlante d’anciens barons de la droite gaulliste, l’affaire de Villepin-Clearstream ressemblera à un fait divers.
Que peuvent dire ces acteurs de cette crise à la justice française ? Juppé, longtemps concurrent de Sarkozy, devra justifier pourquoi au 9 mai 1996, son porte-parole avait dénoncé les “contacts parallèles” menés par son rival, place Beauvau, Charles Pasqua, à travers la DST avec le GIA, condamnant les moines.
Le général Rondot, dépêché à Alger, devra s’expliquer sur les contacts avec l’émissaire du GIA, “Abdullah”, qui est reparti dans une voiture blindée de l’ambassade de France, avec des numéros de téléphone et une lettre signée par la DGSE dans laquelle était écrit à l’adresse de Djamel Zitouni : “Aujourd’hui, le 30 avril 1996, à midi, nous avons reçu votre messager, Abdullah, qui nous a remis votre lettre accompagnée d’une cassette. Nous souhaitons maintenir le contact avec vous.” Jean-Louis Debré, ex-président du parlement et fidèle invétéré de Chirac, doit expliquer pourquoi il avait réuni les deux patrons de la DGSE et de la DST en pleine crise pour que les deux services rivaux cessent leurs “con…ies”.
Jean-Charles Marchiani devra expliquer pourquoi la DGSE n’avait pas informé le DRS algérien de ses contacts directs avec le GIA et comment les services français ont menti au général Smaïn Lamari qui avait tout mis en œuvre pour aider les émissaires français. Mais le plus terrible serait de savoir que pourrait dire Jacques Chirac, qui avait promis de ne pas négocier avec les ravisseurs du GIA et qui avait laissé la DGSE prendre des initiatives qui ont débordé.
Même le général Buchwalter devra creuser dans sa mémoire pour expliquer comment la DGSE avait réussi à entrer en contact avec les moines, à travers un de leurs agents, qui leur avait remis un microémetteur dissimulé dans une custode remplie d’hosties, selon le témoignage de l’abbaye cistercienne d’Aiguebelle, dont dépendait le monastère de Tibhirine, et qui a été réduit au silence par sa hiérarchie sous la pression du Quai d’Orsay. Le déballage qui en résultera n’inquiète pas Alger, si Sarkozy croit dans sa démarche de joueur de billard à trois bandes. Le “secret-défense” risque de mettre à mal non pas les relations algéro-françaises, qui ont atteint un niveau déplorable, mais bien la droite française. Chirac, qui culmine à 72% d’opinions favorables, n’a jamais été aussi populaire en France. Sarkozy, qui occupe la 28e place de ce classement, doit certainement se dire que son prédécesseur sera obligé de retoucher terre si une affaire de cette sensibilité éclabousse son règne. Quitte à froisser son meilleur allié, l’Algérie, dans la lutte antiterroriste.
Mounir B.
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