Édition du
27 March 2017

Nul droit ne se perd…….

De la suspension abusive au dénouement heureux….
Par Ahmed ROUADJIA
13 juillet 2009

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Je suis enfin rétabli dans mes droits! Après une année de suspension absolument arbitraire de mon poste assortie d’une privation injuste, arbitraire et illégale, de mon salaire! Je dois cette réhabilitation à la mobilisation des algériens et algériennes qui m’ont manifesté, partout, une solidarité active. Le deux branches soeur du CNES national, représentés respectivement par Abdelmalek Rahmani et Kouider Chouicha, m’ont apporté chacune à sa manière leur soutien sans lequel ma cause aurait été perdue, comme celle des dizaines de mes collègues qui furent contraints à l’exil faute d’avoir été défendu de manière ferme, semble-t-il, ni par les syndicats ni par leur collègue de leur établissement d’origine. Je songe, entre autres cas, à Saïd Kouachi qui, après avoir été muté de l’université de Tébessa, où on lui a suscité bien des ennuis, à celle de Khenchela, s’est trouvé soudainement projeté dans l’enfer des petits complots locaux qui lui valurent quelque nuits en prison, le licenciement abusif, l’humiliation, la déprime, puis ce sentiment d’injustice intolérable…Il dut, lui, son épouse et ses enfants, s’exiler en Arabie Saoudite pour gagner leur pain que l’Algérie des petits chefs, arrogants et parvenus, leur ont ravi de leur bouche…Quelle honte que de traiter ses propres cadres en les coffrant comme s’ils étaient de vulgaires délinquants! Quelle honte de que de les affamer en leur coupant les vivre et en les démettant de leur fonction comme pour les forcer à l’exil afin qu’ils cèdent la place aux médiocres dont l’unique compétence réside dans la soumission formelle et la flagornerie consistant à chanter les louanges du « chef »!

Hommage aux citoyens animés du sens civique

Bref, les syndicats de l’enseignement supérieur n’ont pas été les seuls à me soutenir dans mon combat dirigé principalement contre l’abus du pouvoir local. Des dizaines de collègues des quatre coins du pays, et non affiliés aux syndicats m’ont soutenu qui, par messages électroniques, qui par coups de fils, qui par des articles reproduits sur les divers sites Internet et qui, encore, par virement sur mon compte CCP…Une foule d’autres citoyens anonymes, et venant de tous les horizons sociaux, culturels et idéologiques, m’ont témoigné également leur sympathie, leur compréhension et leur appui moral . Certains quotidiens nationaux, notamment El Watan, Algérie News, Le Quotidien d’Oran, etc. n’ont pas manqué à leur devoir éthique et déontologique d’informer en faisant connaître ce qu’il était convenu d’appeler « l’affaire rouadjia ». Des hommes de culture, de lettres, et de lois, que je n’ai jamais connus, hormis à travers leurs écrits, m’ont apporté par principe et conviction leur soutien moral. Je ne cite ici en vrac que quelques-uns d’entre eux : les professeurs Chems Eddine Chitour, Mohand Issad, Salah-Eddine Sidhoum, le talentueux journaliste Mahmoud Belhimer, Moncef Bentchicou, Mohamed Belhadia, M.-Chérif Boulbier, Ali Derbala et quantité d’autres professeurs d’universités dont il m’est impossible d’égrener ici les noms tant la liste est bien longue…Des compatriotes, en majorité des cadres de haut niveau, établis de longue main à l’étranger ( Australie, Canada, USA, Europe occidentale…) m’ont envoyé des messages d’encouragement pour la lutte que j’ai conduite non seulement pour ma réintégration, mais aussi pour le respect et la dignité bafoués de mes collègues par des gestionnaires autoritaires et pour que soient mis enfin une sourdine à l’arbitraire, à l’incurie et à la médiocrité qui gagnent en nombre et en intensité les rouages de certaines de nos administrations aux chefs souvent incompétents, mais bénéficiant néanmoins de grasses prébendes sans rien faire d’autre que d’entraver la recherche et les initiatives créatrices de ceux qui veulent réellement relever le niveau de l’université en lui donnant ses lettres de noblesses. La pratique d’une partie du corps enseignant n’est malheureusement guère plus reluisante, plus guère glorieuse. Par son caractère timoré, voire obséquieux même, ce corps flasque contribue dans une large mesure au renforcement du pouvoir autoritaire des chef, et partant, au discrédit de l’université et de la science.

Le triomphe de l’administratif et de la médiocrité au détriment du savoir et de la recherche désintéressée

Comme l’écrit si justement le professeur Chitour, on a affaire ici à « L’administratif responsable », une sorte de « paléo- enseignant » qui « fait tout pour qu’il n’ait y pas de vagues pour durer et se faire bien voir de sa hiérarchie, au besoin, en terrorisant son monde au nom d’une impunité réelle ou supposée qui lui permet souvent, voire tout le temps de s’ingérer dans le pédagogique pour rendre présentable les notes, voire imposer des jurys. Enfin, ailleurs, on favorise l’autonomie de l’Université en réduisant au maximum les non productifs et l’administratif [au détriment] du pédagogique et de la recherche; chez nous, on semble prendre le train à l’envers. Les postes administratifs sont autrement surpayés. Honnêtement, il faut se demander combien, parmi ces intronisés, continuent réellement à enseigner. Je ne parle pas de ceux qui sous-traitent leurs enseignements et recherche. Sur la centaine d’établissements universitaires, il sera difficile d’en dénombrer une dizaine! C’est d’ailleurs dans ce cadre, qu’en tant qu’enseignant je suis interpellé par le sort fait au professeur Rouadjia de l’université de Msila, que j’ai le privilège d’avoir vu naître. Si j’ai un message à lui transmettre, c’est de tenir bon. Son indignation pour une éthique et une pédagogie de qualité dans un environnement apaisé et convivial, est digne d’être soutenue. Comment la détérioration est des valeurs est venue? C’est d’abord une lassitude des enseignants qui, harassés de se plaindre contre leur malvie, ont choisi d’investir, pour les plus vulnérables, le chemin de la facilité, les compromis menant comme on le sait aux compromissions. Cher professeur Rouadjia, continuez à donner le meilleur de vous- même malgré les milles pertes de charge au quotidien. Votre combat pour une université éclairée, tolérante, libre de réfléchir mais aussi responsable devant l’Histoire et le peuple, est notre combat. Le « djihad » contre l’ignorance est un « djihad » toujours recommencé; c’est, d’une certaine façon, le « Grand Djihad » sans médaille, sans m’as-tu-vu, sans attestation communale, sans bousculade pour des postes « honorifiques » qui s’installent dans la durée, faisant de leur titulaire un non enseignant. » ( In Le Quotidien d’Oran 7 juillet 2008)

Venant d’un homme, d’un éminent professeur qui ne me connaît pas, sinon par mes écrits, et que moi-même je n’ai jamais rencontré autrement que par le biais de ses publications, ces propos m’ont fait l’effet d’un baume au cœur. Non parce qu’il défend ma cause, mais parce qu’à travers elle, il défend avant tout une conviction, un principe philosophique, une éthique de l’action, principes et convictions qui échappent à l’entendement du vulgaire enseignant prisonnier qu’il est dans les limites étroites de sa pensée grégaire et tribale. Idem pour Belhimer, ce journaliste subtile, qui m’a consacré depuis Washington où il prépare un doctorat d’Etat, un article dans le quotidien arabophone Echourouk ( 15 juin 2009), et dans lequel il restitue de manière fidèle, après lecture attentive et appliquée de mes œuvres, ma trajectoire intellectuelle tout en dénonçant les mesures inquisitoires dont je suis l’objet de la part d’une justice locale peu soucieuse du respect du droit. Cet honnête homme dont chaque phrase de l’article témoigne de sa probité intellectuelle, de son souci du contrôle et de vérification de l’information, ne s’est pas contenté de lire les articles de presse qui ont été consacrés à mon affaire de suspension, mais il s’est empressé de lire de manière minutieuse et critique mes livres en restituant avec exactitude l’esprit qui a présidé à leur élaboration. Comme le professeur Chitour, et comme quantité d’autres collègues des universités de Constantine, d’Alger, d’Oran, de Blida, de Chelef, de Bougie et de bien d’autres, qui ont défendu ma cause et mon combat pour une Algérie débarrassée de l’injustice, des passe-droits, du clientélisme, du piston et du régionalisme dont le pouvoir politique en a fait un principe conducteur de gouvernement et des affaires de la nation, Mahmoud Belhimer a su trouver avec autant de finesse que de compétence un titre fort pertinent à l’ article qu’il m’a consacré : ‘Awdat mahakim al-taftich! (le retour des tribunaux de l’Inquisition!). Quant au chroniqueur Kamel Daoud du Quotidien d’Oran, il donna à son billet le titre : » La falaqâ de Msila », manière pour lui de signifier la triple peine- injuste et absurde- dont je fus victime de la part d’un recteur jouissant d’une impunité quasi absolue et dont on ne trouve de parallèle dans les annales de l’histoire que dans les régimes fondés sur l’absolutisme féodal dont l’Inquisition inspirée par l’Eglise n’est que le prolongement logique.
Et le système colonial n’a-t-il pas imité certaines de ces méthodes inquisitoires aux nationalistes algériens en envoyant des milliers d’entre eux dans les prisons et dans les bagnes des Caraïbes, des Iles- Maurice, des Canaries, etc., pour avoir exprimé tout simplement leur opinion et leur refus de l’injustice colonial? Or, certains gestionnaires de nos administrations se comportent malheureusement comme leur ex-colonisateurs en essayant d’étouffer dans l’œuf la liberté d’opinion et la liberté d’écrire….

Autant mon indignation et ma colère sont grandes contre le rabaissement moral, la servilité et la bassesse dont font preuve bon nombre de mes collègues de Msila devant l’indicible, autant ma joie et mon optimisme sont immenses de constater par ailleurs qu’une quantité innombrables d’Algériennes et d’Algériens n’ont pas perdu le sens de la solidarité, de l’honneur, de l’équité et de la dignité qui sont les marques distinctives des civilisations qui se respectent. En témoignent en effet le nombre important de messages de sympathies et de soutiens que j’ai reçus de la part d’une quantité croissante de mes compatriotes, anonymes et publiques. Discrètement, sans bruits, bon nombre d’hommes au sein des diverses institutions de l’Etat m’ont témoigné de leur solidarité et de leur compréhension. Cela prouve que les femmes et les hommes animés de vertus éthiques et pénétrés de conviction et de principes de justice sont nombreux dans notre pays et résistent vaille que vaille aux tentations corruptrices de l’âme. Ces citoyens qui ont su échapper à la vénalité, qui accordent une importance capitale à la valeur de l’homme, au respect du droit et de l’équité, tous traits confondus et qui sont constitutifs des vertus éthiques et morales d’une nation civilisée, sont l’antidote contre les maux qui gangrènent une partie de l’organisme social et politique de notre pays.

Ces maux sont :la corruption économique et morale, l’autoritarisme politique et administratif, les violations répétées des dispositions de la Constitution par ceux-là même qui sont censés la faire respecter, et qui sont la conséquence logique de l’absence de l’indépendance de la justice par rapport au pouvoir Exécutif dont les ingérences dans les affaires des juges portent de graves entorses à l’Etat de droit. L’administration elle-même n’est pas en reste. Elle se sert du droit qu’elle interprète de manière spécieuse comme un instrument de répression contre le citoyen, et non comme un facteur d’équité et de régulation de l’ordre social et politique.

L’affaissement des valeurs éthiques et morales

Si ma suspension m’a privé de mon salaire durant une année et d’un temps précieux que j’aurais pu consacrer à mes étudiants et à mon projet de recherche agrée par Le Comite National d’ Evaluation et de Programmation de la Recherche Universitaire ( CNEP) et intitulé les facteurs socio historiques de la féminisation de institutions éducatives algériennes (1980-2006), elle m’a permis cependant de découvrir cette extraordinaire dualité chez mes compatriotes : d’un côté, on a affaire à une poignée d’individus ( gestionnaires et enseignants) gagnés jusqu’à la moelle des os par le culte du pouvoir de l’argent et du prestige de la fonction au point de se dépouiller de son dernier lambeau d’honneur, de conscience civique et civile, et de l’autre, une majorité d’enseignants sans autre ambitions que celles de vouloir le bien pour le pays. Et le paradoxe, c’est que cette majorité exclue du pouvoir de décision, de signature, d’imprimatur, se trouve sans influence aucune sur le cours des choses. C’est la minorité qui lui dicte sa volonté en lui imposant une représentation étriquée du monde et des lois du pays selon ses humeurs. C’est que notre régime politique confère à l’administratif plus de poids dans la balance qu’ il ne le confère au pouvoir scientifique réduit à n’être qu’un simple appendice de la grosse machine politico- administrative. C’est ce qui explique que beaucoup d’enseignants se trouvent, à défaut d’imposer leur pouvoir scientifique, contraints de courtiser l’administration, d’essayer de lui plaire et de lui obéir de manière quasi aveugle dans le but soit d’avoir « la paix » et la « sécurité » de l’emploi, soit d’obtenir une fonction administrative pour s’élever dans l’échelle de « commandement ». Sous l’appellation de vice- recteur chargé de la recherche scientifique, du chef de département, du président Conseil scientifique, de chargé de mission et de je ne sais quoi encore, il n’y a en vérité rien qui puisse être identifiable à une fonction véritablement scientifique. Ce sont des « docteurs » plus administratifs que des « docteurs » producteurs d’idées ou d’inventeurs de concepts physiques, mécaniques, chimiques, ou sociologiques.
Tout ce monde de « petits chefs » se contente de trafiquoter plus les registres pseudo scientifiques à des fins mercantiles qu’à produire véritablement du savoir et du sens: obtention de stages, missions indéfinies à l’étranger, frais de mission sans résultats en contrepartie, et surtout sans obligation de rendre compte à qui que ce soit, et tout cela se fait au grand dam du Trésor public! Dans ces conditions, la recherche non seulement pâtit de telles missions fictives, mais elle s’ankylose.

L’affaissement des valeurs éthiques, c’est l’indifférence coupable envers le bien public, le bien commun; c’est l’égoïsme monstrueux qui se traduit par la quête effrénée du gain facile, la cupidité, la poursuite des intérêts mesquins, l’usurpation des titres de « docteurs », de citoyens , de « nationalistes », de Moudjahid ou de fils de Moudjahid dont certains usent et abusent pour masquer leur indigence intellectuelle ou pour dérober aux regards vigilants leur passé douteux…. Ce sont ceux qui affichent un patriotisme de façade, qui crient sur tous les toits de la terre qu’ils sont plus  » Algériens que les Algériens eux-mêmes » qui m’inspirent le plus de méfiance et de défiance. Ces gens là, tout en protestant publiquement de leur attachement à la patrie, aux lois de la République et au respect du droit contenu dans la Constitution, sont des faux, des faussaires et des usurpateurs de tous les symboles sacrés de la nation : qasaman, le sang coagulé des martyrs, le drapeau vert et blanc frappé de l’étoile, le serment de fidélité aux origines et à l’identité nationale….

Les castrats moustachus…

Sans verser dans les généralités abusives, ni trop exagérer la réalité, il est permis cependant d’affirmer, sans crainte de se tromper, que bon nombre de nos établissements scientifiques abritent une quantité appréciable d’enseignants castrés au sens figuré du mot. Les enseignants- et ils sont nombreux- dont les testicules n’ont pas été amputés par la lâcheté ou la peur en souffrent au trèsfond d’eux –mêmes. Ils souffrent et se révoltent intérieurement contre certains de leurs collègues- de grands gaillards flanqués de grosses moustaches à la manière du guerrier Normand combattant le non moins moustachu cavalier arabe-, ramper honteusement devant des chefs appuyés plus sur l’autoritarisme que sur l’autorité légitime et respectable. Ces hommes châtrés se trouvent aussi bien parmi les enseignants intéressés, aux compétences douteuses, que chez les administratifs soucieux de gravir les échelons non par le biais du service qu’ils rendent à l’Etat, mais par le biais des services qu’ils rendent à leur chefs hiérarchiques sous forme d’empressement, d’exécution d’ordres plus oraux que légaux, de lecture erronée des textes de loi et des réglementations en vigueur, etc.
J’aurais à revenir sur ces pratiques, et notamment sur l’exemple de l’université de Msila où le « Bureau d’ordre » ne livre jamais d’accusé de réception au motif que celui-ci est réservé aux seuls fonctionnaires de l’administration, et non aux enseignants comme s’ils étaient un corps étranger à l’université! Les cachets de notre « bureau d’ordre » ont été repris par les « chefs » qui ne veulent pas, semble-t-il, appliquer la loi commune…En me présentant à ce bureau le 7 juillet 2009, pour me faire tamponner une lettre adressée au recteur, le préposé dudit bureau d’ordre me fait savoir qu’il a reçu les consignes de ne pas donner des coups de tampons sur les lettres présentées. Les doyens, le secrétaire général de l’université, les vices- recteurs, les chefs de département, tous, s’en remettent au grand chef. Eux, ils ne savent rien, et ne peuvent prendre aucune décision sans l’aval du chef, le raïs, entre les mains desquels il concentre tous les pouvoirs légaux et illégaux…

A Msila, la seule évocation de Monsieur le recteur en présence de certains de ses administrés suscite des mouvements de peur…Prononcer son nom est un tabou. Il faut le désigner par un sobriquet révérencieux : Le cheikh, le président, son Excellence. C’est comme naguère le nom du Roi Hassan II du Maroc dont la sacralisation interdisait de prononcer son nom en publique, sinon sous la figure de Son Excellence, le Commandeur des Croyants, l’arrière petit-fils du Prophète Mohammed…Notre recteur est vraiment sanctifié par une poignée de collaborateurs, qui n’admettent pas qu’on parle de lui ou que l’on dise « du mal » ou du bien sur son compte…

Lorsque l’honnêteté intellectuelle et patriotique devient suspecte

La grandeur de l’homme se mesure à l’aune d’un certain nombre de vertus, et parmi celles-ci figurent en premier lieu la dignité et l’honneur. Lorsque un homme fait peu de cas de ces valeurs cardinales, il perd en respect et en considération aux yeux de l’humanité commune ; il est déconsidéré et ne saurait prétendre à la crédibilité et au prestige que procure le respect de soi et des autres, et la notion de l’honneur qui se lie à la dignité n’est pas limitative au seul aspect moral (virilité, jalousie sexuelle ….), mais englobe aussi le respect de la parole donnée ( on dit en langage ordinaire : parole d’honneur), l’exactitude dans l’exécution des actes, le sens de l’équité, de la droiture, de la rectitude du jugement, de l’impartialité, et enfin le refus net d’accepter le joug ou le diktat de l’opinion ignorante. L’honneur, c’est aussi le refus de se résigner moyennant des avantages matériels ou symboliques à la soumission à son semblable ou de flatter honteusement l’ego de celui-ci pour les mêmes desseins intéressés. Un homme d’honneur est un homme juste et libre, et ces deux valeurs qui en dérivent, lui donnent de la hauteur, de l’élévation au sens moral, et en même temps qu’elles lui inspirent chez les autres, respect et admiration. Comme on le voit, la notion de l’honneur est un concept polysémique duquel dérive plusieurs significations pouvant inclure l’honnêteté, l’autonomie de l’esprit et le sens critique. Or, la dignité va toujours de pair avec l’honneur ; elle connote également plusieurs sens : la fierté bien sûr, mais aussi le respect de soi et de l’autre, le refus de s’aplatir devant autrui et, symétriquement, le rejet de la hogra saisie au sens d’injustice ou d’atteinte à l’intégrité physique ou morale des plus faibles que soi. En un mot, un homme digne et honorable, c’est celui qui se respecte tout en respectant l’Autre. Or, ces valeurs semblent se perdre au profit non seulement de la hogra, mais aussi au profit de la bassesse, de la résignation à la servilité qui se traduit de plus en plus à travers des comportements de nature quasi « esclavagiste ». Dans l’ordre institutionnel comme dans l’ordre social, la hogra est devenue, malheureusement, une pratique si courante que les agents sociaux ont tendance à l’intérioriser à leur insu et sans qu’ils sachent qu’elle peut constituer une source de graves désordre à notre édifice politique et institutionnel. Lorsqu’un homme se sent touché dans son « honneur » par la hogra ou que ses droits les plus élémentaires sont déniés, violés, et bafoués, on ne doit pas s’étonner de le voir devenir « violent » avec toutes les tentations « noires » de se faire justice lui-même. Pour que nos prisons et nos maquis se désemplissent de ce surplus de violence, ne faut-il pas s’attaquer à la hogra qui semble plonger ses racines, tant dans l’ordre politique que dans l’ordre social ? L’université qui devrait être non seulement un havre de paix, un lieu de réflexion, d’élaboration d’idées et de projets pour aider à la construction, au renforcement de l’Etat de droit, à la stabilité du système institutionnel, est gagnée également par la violence, y compris institutionnelle ; elle s’est transformée malheureusement, par endroits, en un lieu de reproduction non seulement de la hogra, mais aussi d’un profil d’enseignants et de chercheurs enclins à l’obéissance, à la servilité, au refus de l’esprit critique, à la démission et au désengagement civique et civile. Croire que l’Etat peut se construire, se renforcer et étendre sa puissance et son prestige par la seule vertu de l’administration, c’est oublier que sans l’aide de tous, et notamment sans le soutien et la participation active des intellectuels dans l’élaboration des idées, il ne saurait y avoir d’Etat solidement enraciné sur son socle, stable. Ce que certains de nos enseignants et chercheurs, et en particulier ceux dont le profil bas s’accommode de l’humiliation au point de boire sans broncher affronts et insultes, ne comprennent pas, c’est le fait qu’ils considèrent l’Etat non pas comme un bien commun qu’il faut « améliorer », préserver et défendre contre ceux qui le court-circuitent et parasitent de l’intérieur, mais comme une aubaine dont il faut puiser la substance pour s’alimenter, et point à la ligne. L’Etat employeur, nourricier, leur importe plus que l’Etat symbole de droit , de justice sociale et de puissance suggestive vis-à-vis des nations étrangères. De là s’explique en effet les raisons qui les poussent à envisager l’Etat sous le seul angle de pourvoyeurs de salaires, et l’administration locale, sous la figure d’un « contremaître » auquel on doit obéir sous peine de « perdre » son poste…. Pour moi, critiquer l’Etat ou le « pouvoir » n’est pas synonyme de dénigrement, mais synonyme de critique constructive destinée à son « perfectionnement ». Telle est la différence essentielle entre les deux attitudes..

L’ostracisme de certains chefs d’établissement

Aujourd’hui, plus que par le passé, lorsque on crie, on râle, on proteste contre l’injustice, l’incurie, la gabegie, le gaspillage des ressources, du temps et d’énergie; lorsque on dénonce l’incompétence des gestionnaires, de certains juges et avocats, de certains hommes politiques plus démagogues qu’hommes d’Etat soucieux avant tout de la respectabilité de celui-ci, on est très vite étiqueté de perturbateur de l’ordre, voire de traître à la solde des puissances occultes ou d’un « clan du pouvoir ». L’honnêteté manifestement a mauvaise presse. Dire que certains chefs de nos établissements scientifiques et industriels sont inconscients ou irresponsables lorsqu’ils ne font rien qui puisse intégrer ou retenir les meilleurs de leurs cadres dans le dispositif local, ou lorsqu’ils se comportent à la tête de l’établissement comme s’ils étaient leurs propriétaires légitimes, ne relève ni du fantasme ni de la paranoïa. C’est une vérité qu’atteste mille indices.

Chassé comme un pestiféré de Constantine et de Batna, puis poursuivi en diffamation à Msila

Ainsi, certaines recteurs des universités de l’Est et du Sud Est du pays m’ont-ils fait savoir de mille manières directes ou détournées qu’ils ne veulent pas de moi au motif implicite que je serais un élément « ingérable », un perturbateur du premier ordre de l’ordre établi. Refusé à l’Ecole Normale Supérieur de Constantine, accueilli froidement par l’Université de Mentouri, recruté en 2005 puis éjecté in extremis par l’Université de Hadj Lakhdar de Batna au motif que j’aurais un « lourd dossier sécuritaire » sur le dos et sur lequel le DRS, pauvre bouc émissaire de tous nos prétendus maux, serait en train d’étudier pour m’impliquer dans un grand complot de trahison ou d’intelligence avec l’étranger, j’atterris enfin presque en catimini, comme un « clandestin », à Msila où bientôt je découvre, par malchance, l’enfer d’une communauté universitaire de 800 hommes en majorité brimés et tenus en laisse par une poigne de fer. Petit de taille, comme moi, mais un peu plus nerveux, plus irascible, et plus acariâtre que Messaoud, le chameau de mon feu père, le recteur de cet établissement avec qui je voulais nouer, dès mon arrivée, un contact serein en vue de parler enseignement et recherche de qualité, et surtout de mon désir de susciter une vocation à la recherche par la création d’un laboratoire qui aurait, entre autres missions, de mettre en place un séminaire auquel participeraient chercheurs et étudiants en thèse, n’entendit rien à ma démarche. Il ne m’accorda point un instant d’écoute et me congédia de manière abrupte, comme si je venais l’importuner par quelque aumône indue! Une seconde tentative de le revoir échoua de manière lamentable lorsque je fus face à sa secrétaire à qui je demandai :

-Serait-ce possible de voir Monsieur le recteur?
-Il ne reçoit pas, me dit-elle d’un ton désagréable et autoritaire.
-Pourrais-je lui laisser un courrier en échange d’un accusé de réception?
-L’accusé de réception, c’est à la poste! Pas ici!
-A-t-il un jour de réception particulier pour qu’il puisse m’auditionner?
-Vous posez trop de question, et je n’ai pas le temps de vous répondre!
-Ecoutez, Melle, soyez gentille, remettez-lui ce courrier et je vous épargne la peine de me donner l’accusé…
-Je ne prends pas votre courrier et même si vous venez un jour de réception, vous, je ne vous laisserai pas, je vous jure, de le rencontrer!
Je suis resté hébété devant l’insolence de cette demoiselle, sûre d’elle, autoritaire et. agressive. Je me dis en aparté : puisqu’elle parle avec une telle assurance, elle ne peut être rien de moins que parente, épouse ou amante de Monsieur, sinon elle ne se comporterait pas de cette manière hautaine en violant les règles de politesse, de droit et de bienséances avec une telle aisance…Elle pousse encore l’outrecuidance jusqu’à se lever de son siège, se met droitement debout, place ses deux mains sur les hanches comme elle s’apprêtait à me faire une prise de judo avant avancer sa tête vers moi en manière de défi. Puis elle me lance sur le visage : hi! Toi! Je ne te laisserai jamais voir le directeur, pour qui te prends-tu? Va-t’en!
Je suis finalement parti, non seulement bredouille, mais gagné par un désenchantement doublé d’un dégoût insupportable. Depuis cet instant, j’ai déduit que la recherche, l’enseignement et la science ne peuvent pas progresser d’un atome lorsque les critères requis de politesse, de professionnalisme et de bon accueil ne sont pas de mise dans l’entourage de celui qui est censé promouvoir l’enseignement et la recherche dignes de ce nom…Il m’était apparu comme une évidence cristalline que sans les consignes tacites ou explicites du chef, cette secrétaire hargneuse n’aurait pu se comporter de la sorte…Elle paraissait dotée d’un pouvoir aussi exorbitant que celui de son chef, lequel, s’avère plus grandiloquent que grand au sens de vertu, de hauteur et de dignité…
Après la secrétaire, je découvrais peu après, éberlué, stupéfait, des agents de sécurité, sorte d’escorte, qui ne quittait jamais d’une semelle le « patron » se pavanant dans les couloirs, les amphithéâtres, hurlant, tempêtant, ordonnant, menaçant de sévir contre quiconque se mettrait en travers de la loi, des règlements, que lui –même piétinait allègrement…
Observant de près ces conduites contraires non seulement à l’esprit scientifique, mais aussi contraires à l’esprit de la loi, aux principes qui fondent la civilité, la coopération, l’échange pacifique, l’écoute et le respect mutuel, j’ai pris mes responsabilités de chercheur et de citoyen pour dénoncer, dans le but d’améliorer les choses, en publiant le fameux article : l’Université algérienne en général, et celle de Msila en particulier, publié dans El Watan du 10 mai 2008, et qui m’a valu les ennuis que l’on sait : suspension, blocage du salaire, plainte pour diffamation auprès de la justice…

A propos de cette secrétaire recrutée sur le mode du « piston », et dont la hargne n’a rien envier aux faces agressives des agents de sécurité naguère affectés à « la sécurité » du recteur, il convient d’ajouter encore quelques mots : le recteur l’a renvoyée dans un autre service non en raison de son comportement indécent tel que je viens de décrire, mais parce qu’elle avait, selon des informations qui restent à vérifier, une affaire en justice dont la teneur ne m’a pas été révélée. Après quelque mois passés dans un autre bureau comme secrétaire, elle s’est mise en disponibilité et elle serait actuellement en France pour repenser et méditer tranquillement les passifs et les actifs de sa vie antérieure, loin de la rumeur publique msilienne, médisante et impitoyable. Quant aux deux agents de sécurité qui flanquaient le recteur dans ses moindres déplacements, comme s’il était un général aux pouvoirs sensibles, il s’en était débarrassé depuis, suite à l’article publié les concernant. Ils furent renvoyés au nouveau pôle universitaire où ils s’étiolent à l’ombre des murs et des couloirs nouvellement construits. Ils paraissent « assagis », faisant leur travail tout en rasant les murs. Ils ont perdu en effet de leur superbe et ne sont rien que l’ombre d’eux-mêmes. Il faut rendre toutefois hommage au recteur d’avoir compris, bien que tardivement, l’inconvénient que représentent pour lui et pour l’université de tels compagnons peu ordinaires… Mon article n’aurait-il pas joué dans le sens de ce « divorce » consommé entre le recteur et ses agents empressés? Peut-être…Mais passons outre.

Les conseils du recteur de Biskra

Si je n’avais pas eu de chance de tomber sur l’université de Msila, qui m’ valu bien des tribulations, le recteur, lui, n’a pas eu non plus la chance de m’éviter. Par innocence ou par manque de malice, d’absence de calcul, « de peur » ou de méconnaissance de la personne que je suis, il m’a accueilli en donnant son imprimatur à mon recrutement. C’est seulement après le bruit que j’ai suscité autour de sa personne, et sans nulle intention de ma part de lui nuire, qu’il a amèrement regretté de m’avoir accueilli « chez lui ». En découvrant mon « vrai visage » et l »excès » supposé de ma plume, il m’en a voulu à mort, il s’en est mordu les doigts tout en se mettant à questionner et à se questionner :
– Qui est ce rouadjia?
-Qui l’a recruté?
-D’où vient-il?bon sang!
-faites-moi venir de suite son dossier du personnel! Leur ordonna-t-il.
Qu’y découvre-t-il? Mes diplômes vrais, ma situation matrimoniale, ma nationalité,
et rien d’autre…Le dossier était complet…Pas de faille…Pas de « DRS » derrière!
Il reste la « diffamation ». Il en usa et abusa. Seule arme de revanche! Il lie diffamation à suspension et à tarissement de mes ressources, comme ça. Il s’est fait juge et partie, avocat,et justiciable, victime et « bourreau » à la fois. En voulant, sur le conseil d’amis, de proches et de protecteurs, m’affamer pour que je quitte armes et bagages mon pays, pour que je m’en retourne en Europe ou que je me consume à petit feu sous le soleil incandescent de mon Sahara…Ce fut peine perdue…

– Je t’avais mis en garde, lui aurait dit, le recteur de Biskra. Je t’avais déconseillé de le recruter. Moi, j’ai refusé de l’accueillir chez moi…

La force des fausses rumeurs…

S’il avait écouté le » sage » conseil du recteur de Biskra, qui est le président du Conseil d’Administration de l’Université de Msila, les choses se seraient peut-être bien passées pour tout le monde, y compris pour l’auteur de ces lignes….Pourquoi M. Slimane Barhoumi n’avait-il pas pris en considération les conseils supposés lui avoir été donnés par Monsieur Slatnia? Mystère. C’est que Monsieur Slatnia me connaissait un peu lorsque j’ai été enseignant à Constantine dans les années quatre vingt, et il avait dû pour des raisons que j’ignore, former une mauvaise opinion sur ma personne (mes orientations idéologiques? Mes accointances avec tel ou tel groupe de personnes? Mon look, qui ne lui revient pas? Ma formation? Ma vision iconoclaste de l’extrémisme religieux?). Toujours est-il que ce Slatnia à qui j’ai envoyé plusieurs demandes de recrutement ou de réintégration de 2003 à 2005, n’a jamais daigné répondre à mes courriers, ce qui dénote une méfiance de sa part envers ma personne. En 2005 deux de ses collaborateurs, dont l’un me connaissait surtout à travers mes livres qu’il avait exploités et cités pour les besoins de sa thèse, me proposèrent de me le faire rencontrer. Parvenus à la salle d’attente, la secrétaire nous fit savoir qu’il était en discussion avec un quidam et qu’il fallait attendre un peu pour nous faire passer dans son bureau. Une fois cette personne au dehors, les deux enseignants pénétrèrent dans le bureau, passèrent plus d’une douzaine de minutes en conciliabule avec Monsieur le recteur avant de ressortir pour me dire :
-Le recteur est désolé; il ne peut pas te recevoir, il vient d’avoir un coup de fil du wali pour une réunion urgente avec lui!
Nous sortîmes tous les trois, les deux enseignants et moi-même, et chemin faisant, je remarquai sur leur visage et dans le ton de leurs propos un changement radical : ils étaient moins avenants qu’au début, mois enthousiastes par ma présence, qui ne semblait plus les enchanter. Le charme de départ était donc rompu, et une certaine froideur s’était manifestée de manière évidente sur leur physionomies grimaçantes…D’ailleurs, ils se montrèrent tout à coup fuyants, et comme confondus…
J’en infère de cette fin de non recevoir de la part de Monsieur le recteur Slatnia qu’il y avait un refus de sa part et qui s’apparente à une sorte de méfiance ou d’hostilité à mon égard et dont, jusqu’à présent, je n’ai pas réussi à découvrir les ressorts cachés.
Comme je viens de l’indiquer, il n’est pas le seul, à manifester à mon égard une telle méfiance. Et la question que je me pose : serais-je un pestiféré, un boute- feu dont la fréquentation porterait atteinte à l’image tranquille de ces Messieurs qui se veulent de respectables commis de l’Etat? Qu’est ce qui, chez moi, provoque chez eux cette frilosité, cette méfiance, pour ne pas dire cette hostilité qui les pousse à m’interdire par des moyens illégaux l’accès aux universités qu’ils dirigent? Défaut de compétence? Orientation idéologique « radicale »? Incompatibilité d’humeur? Mon esprit critique ou rebelle? Ma non appartenance à leur « clan ethnique », régional, et à leur réseau clientéliste? Allah seul le sait! Ce que je sais, en revanche, c’est que tous ces gestionnaires, disposeraient d’un dossier « compromettant » sur moi, et qui toucherait à la « sécurité de l’Etat »! Chacun de ces recteurs prétend, d’après la rumeur colportée, et qui m’est parvenue, grâce au bouche à oreille, détenir la preuve qui, d’abandon de poste, qui d' »agent infiltré » au service de l’étranger et dont le DRS serait à ses trousses pour ces motifs…J’aurais même été radié, sans que je le susse, par la fonction publique pour des raisons liées à des atteintes que j’aurais commises contre l’Etat national!
Toutes ces fausses rumeurs ont été distillées sur mon compte depuis mon retour d’exil….Ce sont ces types de gestionnaires crispés sur leurs positions acquises, leurs privilèges et le « pouvoir » que leur procure leur fonction qui contribuent dans une large mesure à faire fuir les compétences, à les inciter à l’exil, ou à défaut, à les confiner dans la marginalité….Chez eux la médiocrité se fait vertu, et la vertu éthique se fait facteur de « désordre »…Etre honnête et compétent est moins bien vue que d’être médiocre, servile et opportuniste…

La fuite des « cerveaux », dites vous?

Par la faute de la bêtise humaine ou l’imbécile gestion des ressources humaines, l’université de Msila a perdu elle aussi, après Khenchela, Batna, Tebessa, Constantine, Oran et bien d’autres encore, des compétences de renom international au cours de ces dernières années. Compétences que des pays étrangers ont su capter et estimer à leur juste valeur. Je cite à titre indicatif Nadhir Bouarissa. Qu’est-il au juste? Professeur et chercheur confirmé en théorie physique, Bouarissa était le doyen de la faculté des Sciences de Msila où il s’était distingué par sa volonté manifeste et ses efforts d’apporter, en matière d’enseignement et de recherche un « plus » à cet établissement stérile, amorphe et sans autres objectifs déclarés que celles de faire obstruction à ceux et à celles qui voulaient mettre leur savoir-faire au service de la science et de la collectivité nationale. Pour rompre la stérilité de cet établissement et lui insuffler de l’énergie vitale, pourrait-on dire, Bouarissa décide d’ initier au début des années 2000 (2004?) un colloque International à Msila autour des questions fondamentales de la physique, colloque qui avait drainé de célèbres spécialistes étrangers. Ce colloque aurait eu, selon nos informations, un franc succès tant les débats furent élevés et tout fait à la hauteur de l’évènement. Au lieu d’être félicité et encouragé par les siens, ses collègues de Msila, à poursuivre ses efforts sur cette voie d’incitation et de diffusion de la science, Bouarissa le fut au contraire par ces experts étrangers qui durent reconnaître publiquement ses grandes compétences dans les domaines de la recherche en science physique!
Plutôt que de lui valoir des gratifications de la part des siens, collègues et compatriotes, l’instigateur de ce colloque réussi n’a suscité que jalousie, animosité, voire même des rancœurs tenaces. Plutôt que d’en tirer honneur et fierté- fierté d’avoir un compatriote dont le niveau de compétence sinon supérieur, du moins égal, à celui de ses pairs étrangers, on a au contraire tirer un motif absurde, irrationnel, fait de jalousie et d’envie et qui ont abouti à une véritable conspiration contre l’auteur de cette initiative. Peu de temps après ce colloque, notre professeur part pour un stage de courte durée à l’étranger et ce, dans le cadre de ses activités scientifiques. Aussitôt, on s’est mis à murmurer et à chuchoter : pourquoi part-il en stage? Pourquoi délaisse-t-il sa charge administrative de doyen pour aller à l’étranger? On médit de lui, on insinue des idées et des sentiments malfaisants, on suggère qu’il est parti pour se promener ou s’amuser avec l’argent du stage…Bref, toutes les armes de la lâcheté, du mensonge, de la calomnie sont mises en branle…On l’attend au retour pour lui signifier qu’il a failli à ses devoirs et obligations. On réactive alors la grosse machine à manigancer, à machiner et à produire les petites intrigues, les complots et les basses œuvres…Les auteurs en sont certains cadres de l’administration, bien sûr, mais aussi ces enseignants aux compétences si douteuses qu’ils se font les instruments et les auxiliaires dociles et obligés des « coups montés » en conciliabules. En sus de ces actions en coulisses, on menace l’éminent professeur de le dénoncer au Ministre de L’Enseignement Supérieur, pour avoir soit- disant, manqué à ses obligations! Et comme la médiocrité ne peut pas s’accommoder d’ avec l’intelligence, elle doit toujours œuvrer dans l’ombre, en sous main, pour la discréditer en qualifiant ses promoteurs d’anti-patriotiques, d’espions de l’étranger, de fomenteurs de trouble contre l’Etat et l’ordre public…Les armes des incompétents et des pistonnés, faites d’idées mensongères, d’a priori, de préjugés et de raccourcis sont si faciles à manipuler et à accréditer que les récepteurs sont déjà prédisposés à ce type de sornettes…

Le mensonge comme arme favorite des incompétents…

De guerre lasse, et faute d’avoir obtenu l’appui et la considération qu’il mérite, notre professeur a fini par lâcher prise en se laissant « acheter » par les étrangers qui ont su apprécier les valeurs dont il est porteur : compétences et savoir-faire. Deux pays se seraient disputés pour l’ « acquérir » : Les USA et l’Arabie Saoudite. Hésitant entre Boston qui le sollicitait, et l’Arabie Saoudite qui le courtisait, Bouarissa a fini, sur le conseil pressant d’honnêtes et professeurs originaires de Bordj Bou Arréridj, d’opter pour l’Arabie afin que ses compétences profitent plutôt à un « pays frère » qu’à une nation surdéveloppée, et de surcroît, « impérialiste »…Tenant compte de ce sage conseil, il choisit l’Arabie Saoudite qui, malgré son archaïsme quasi légendaire, a très bien compris le parti qu’elle peut tirer d’une telle figure scientifique…
Mais ce n’est pas tout : L’Université de Msila a fait subir le même sort à un autre de nos savants : Ayadhat Tahar, professeur en génie civil, qui fut d’abord marginalisé délibérément par une flopée de courtisans et de vauriens avant d’être forcer à l’exil, lui aussi! Y en aurait-il d’autres? Naturellement. En voici un autre : le professeur Zoughlache a quitté l’université de Msila pour les mêmes motifs pour se « vendre » aux Nord Américains. Il quitta, comme les autres, et à son corps défendant la « mère- patrie » en emportant avec lui le savoir dont on a cruellement besoin! Quel gâchis! Il y a aussi un certain Nadir X, originaire de Boussaâda, qui exerçait en qualité de Maître de Conférences à Msila (GTU). Il partit, lui aussi, début 2001 aux Emirats Arabes- Unies. D’après les bribes d’informations que j’ai pu recueillir ici et là, il était un brillant enseignant chercheur dans son domaine. Une enquête plus approfondie et systématique démontrerait que la plupart des universités algériennes ont perdu ces dernières années quantité de bons chercheurs que les pays étrangers ont su attirer et exploiter avec profit, et au grand dam de l’Algérie!

Dès lors, il n’est guère exagéré d’affirmer que bon nombre de nos établissements scientifiques, souvent avec la complicité passive de notre Ministère de l’Enseignement Supérieur, passé et présent, contribuent à saigner à blanc le pays de ses matières grises -et des meilleures! Les preuves matérielles qui témoignent d’une telle fuite en avant sont nombreuses et ne sauraient être occultées par les discours triomphalistes de la tutelle relatifs à la croissance quantitatif de nos diplômés… C’est pourquoi les enquêtes sérieuses, conduites de manière impartiale et indépendante, sur l’état de l’enseignement et de la recherche et surtout sur les causes profondes qui poussent à l’exil ou à la marginalisation des compétences locales ne sont pas en odeur de sainteté et l’on préfère confier ce type d’enquêtes à des chercheurs assermentés, à l’image des imams des mosquées. Dans ce cas, comme dans bien d’autres, la responsabilité morale et éthique de la tutelle est pleinement engagée, et elle sera tôt ou tard comptable de ses actes devant la nation qui lui exigera des comptes.
Si l’on voulait parler le langage du cœur, et non celui de l’esprit, je dirais à ce Ministère, et à tous ceux que le mot « patrie », « nation », pays, émeut véritablement: que faites-vous pour épargner à nos élites, à nos cadres, les humiliations, les vexations et les obstacles qui les poussent soi au repli sur eux-mêmes, soit à la marginalisation, soit à l’exil contraint? Que faites-vous pour valoriser les ressources humaines et matérielles dont dispose le pays? Sinon pour les sacrifier sur l’autel d’un discours creux, teinté d’un faux nationalisme qui ne trompe personne, tant il est prononcé au bout des lèvres, et sans nulle autre conviction que celle de préserver vaille que vaille sa rente de situation? N’est-ce pas vrai?


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