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27 March 2017

Les Moines de Tibhirine : un aval français à l’horreur ?

Par Abdelwahab BENYELLES
12 juillet 2009

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Comme l’a mentionnée, en quelques sortes, une intervention d’un internaute averti dans ce Quotidien d’Algérie : Une bavure, ce n’est pas aussi grave qu’un tissu de mensonges et de cachotteries, surtout sous couvert d’un secret-défense d‘une république démocratique fondatrice de la matrice de la charte des droits de l‘homme.
Et c’est d’autant plus grave et inquiétant pour la France, sa « politique » et son électorat lorsqu’il s’agit d’actes barbares et de mutilations commis sur des religieux, inertes, puisque déjà réellement morts, criblés et déchiquetés par balles de gros calibres «inhumains », puisque l’une des têtes des victimes dans les cercueils, suivant un témoignage crédible, avait complètement la moitié du visage arrachée.
Si les moines aurait été tués simplement par balles de « calibre humain » et peu importe qui aurait tiré, le GIA ou les services, la bavure aurait été « banale », comme on en constate souvent dans les conflits terroristes ou autres, et que l’information aurait été diluée subtilement de manière à la faire accepter auprès de l’opinion publique française comme un autre drame et un autre dommage collatéral de cette « guerre subversive contre-insurrectionnelle » des années noires du « terrorisme algérien ».
Sachant qu’une coopération opaque existe toujours entre les services algériens et français, principalement la DST de l’époque, comme par exemple la mascarade de l’enlèvement des otages consulaires français en 1993 à Alger, lequel a abouti par magie à l’opération de ratissage « d’islamistes » en France, sous le nom de code « chrysanthème », supervisés par Charles Pasqua et le barbouze de Marchiani – ce dernier a été gracié l’année passé par Sarkozy – avait donné, il faut le rappeler, un antécédent de « confiance mutuelle » entre les « services tordus » pour recommencer une opération similaire comme celle du rapt des moines qui devait avoir comme principal objectif d’augmenter le sentiment exécrable du terrorisme islamiste en Algérie dans la sensibilité de l’opinion publique française et mondiale ainsi que dans les clergés internationaux chrétiens, et évidemment de surcroit, réconforter le pouvoir, encore pour un délai indéterminé, de la junte militaire algérienne après le « pétard mouillé de force » de l’opposition algérienne à San Egidio et bien sûr du slogan assassin de « qui tue qui? », « commandé et téléguidé » en outre de la part de certains clans de part et d’autre de la méditerranée envers l’oligarchie militaire et de son équilibre en exercice du moment.
Malheureusement on ne saura jamais pourquoi et c’est une énigme clé jusqu’à date. L’opération avait mal tourné apparemment cette fois ci, vue que la DGSE – sous les auspices d’un certain clan de la droite politique française – avait doublé non seulement sa consœur la DST et en même temps le DRS algérien pour avoir noyauter, dès le départ, le groupe de ravisseurs – téléguidés déjà par le DRS – en créant et en maintenant un contact « direct » avec ce dernier, et surtout en le plaçant de visu, par dessus le marché, sous surveillance GPS, vu la nature accidenté du terrain sur les monts du Tibhirine. Une tactique différente par rapport à celle du rapt du couple Thouvenot en 1993, lequel avait été une « opération urbaine » mise sous filature discrète de la DST, avec la bénédiction de bon aloi du DRS, depuis le début de l’opération.
Et c’est ce qui avait conduit probablement au cafouillage, à la compétition et à l’excès de zèle des services, et à la bavure inévitable, en rendant le DRS et principalement Toufik tellement furax pour donner l’ordre d’arrêter la manipulation immédiatement – malgré les conseils contraires de son adjoint omnipotent et proche de la DST, le général Smain Lamari – et à éliminer tout le bivouac des moines en le bombardant sur le champ par des hélicoptères.
Après tout l’Algérie était sous état d’urgence depuis 1992 et qu’elle était en guerre contre le terrorisme, la bavure devait être « naïve, naturelle et calculée » de la part du DRS, et aussi de peur de se faire découvrir et localiser, avec le temps, tous les groupes de la « toile active » à la solde des services algériens avec leurs kasmates dans les maquis, et aussi l‘essentiel, d’évacuer toutes traces de gestion du terrorisme par les services de renseignements algériens.
Pour ne courir aucun risque, l’opération réalisée et achevée globalement par le pouvoir avec le référendum sur la concorde civile lequel avait permis de faire redescendre, sous un statut de repenti-pardonné, plus de 400 agents-doubles du DRS infiltrés dans les groupes armées au maquis. Il parait que même parmi ces agents, quelques uns auraient menacés carrément Smain Lamari en personne, l’informant de commettre l’irréparable s’il ne presserait pas Bouteflika à l’adoption du pardon généralisé. Et dieu seul sait combien d’actes barbares ont été commis juste pour montre leurs humeurs fâcheuses vis à vis de leurs patrons lesquels temporisaient pour leurs comptes personnels dus surtout à l’équilibre des forces en jeu, en les oubliant dans une jungle inextricable de guérillas et « d’opérations tordues ».
D’après les propos crédibles de l’adjudant-chef Tigha du CTRI de Blida, il disait que pour remonter à la source de la preuve irréfutable que le DRS était bien impliqué dans ce rapt, il fallait déjà mettre la main sur Zitouni, hélas liquidé, certainement – malgré la rumeur du contraire – le même jour que les moines, et sur son officier traitant qui avait disparu depuis, un certain neveu du patron de l’époque de la DGSE algérienne.
Les chances sont minces de prouver quoi que ce soit contre la junte militaire algérienne laquelle avait pris ses précautions comme d’habitude sous la supervision directe du général Toufik, en doublant carrément les deux services pendant la circonstance « anormale » de l’époque de la présidence de Zéroual et de sa politique de rapprochement vis à vis de la frange islamiste. D’ailleurs, les plus grosses « boucheries humaines » – Bentalha, Beni-Messous, Rais etc…- ont été commises par les « terroristes » par hasard pendant son mandat avec « une assistance experte et confondue » de tous les « services » en question.
Toujours est-il que cet opération conjointe des services algériens et français avait été un échec, vu la perte des otages religieux, mais aurait été au demeurant quant même « un succès » par rapport à l’idée et à l’objectif qui auraient motivé depuis le début ce rapt et ses retombées médiatiques pour forger une opinion voulue et « mâtée » du publique français et occidental en général.
Mais les questions qui « blessent » actuellement le gouvernement français de Sarkozy, – comme un caillou dans la chaussure – par lesquelles rendent ce témoignage du général Buchwater seulement crédible, et suspect en même temps, juste sur un point : l’assassinat des moines par des hélicoptères de l’ANP !
Le reste ne tient pas la route. Pourquoi ce général aurait inventé cette histoire d’un frère militaire d’un pilote d’un de ces hélicoptères assassins pour assoir sa déclaration devant le juge d’instruction ?
S’il voulait soulager complètement sa conscience, pourquoi avoir caché que lui même et sa hiérarchie directe (DGSE et Alain Juppé et consorts) étaient aux premières loges quant à l’écoute et le « tracking in live » électronique de l’opération des moines au plus complet de ses épisodes ?
D’ailleurs, il n’y a aucun mal à le déclarer dans la circonstance actuelle de l’instruction, puisque la DGSE remplissait son rôle constitutionnel de l’espionnage à l’étranger. Pourquoi ce général essaye par tous les moyens d’escamoter le rôle flagrant joué par la DST dans cette opération, laquelle était en dehors de sa mission et de sa juridiction constitutionnelle ?
De l’avis de nombreux observateurs de ce qui avait motivé ce cas des moines à le classer secret-défense, inaccessible et ultraconfidentiel, est le fait de savoir qui aurait pu avoir l’idée de poursuivre et de donner l’ordre « d’exploiter inhumainement» jusqu’à l’horreur cette opération machiavélique qui avait atteint son « objectif macabre » de toutes les façons juste en opérant déjà le rapt, et malgré le cafouillis des services, bien que les moines achevés accidentellement et probablement par des balles d’armes lourdes, ce qui était tout de même , avant d’être irrécupérable, une bavure tragique certes, mais encore « humainement acceptable » aux yeux de l’opinion française.
Et qui voudrait soustraire cette vérité probable à l’opinion publique française, avec la pression permanente de ses services depuis le début, sur les parties civiles constituées légalement enfin depuis 2003, et l’élimination de tout intrus étranger à l’affaire, comme la chute inexpliquée d’un immeuble à Paris le 15 février 2004, du rédacteur en chef de l’agence Gamma, Didier Contant, alors qu’il enquêtait pour le Figaro Magazine sur l’assassinat des moines.
Si il y aurait eu un « Aval à l’Horreur » – et cela parait de plus en plus flagrant malgré les années passées – de la part d’une partie ou d’un clan du pouvoir français de l’époque, ce dernier même actuellement, se retrouverait responsable co-auteur et complice de la manipulation, du massacre et de la mutilation inhumaine de ses propres ressortissants, sans foi ni loi, avec le pouvoir du DRS algérien comme maitre d’œuvre et sous-traitant.
Est ce que ce général serait-il à ce point assez stupide pour mettre dans l’embarras tout l’establishment politique français ?
Ou bien est ce encore un coup de semonce de Sarkozy, avec un Bajolet en laisse, pour donner un coup de main au clan Bouteflika et à sa coqueluche montante, Saïd, pour « déboulonner » définitivement Toufik de son poste et de par ricochet, tous les réseaux impénétrables constitués jadis par Larbi Belkhir, le cerveau du régime depuis 30 ans désormais malade et hors jeu depuis 2005 ?
Une nouvelle ère de connivences entre de nouveaux acteurs de part et d’autre, devrait- elle commencer à voir le jour à l’aube des échéances électorales françaises et algériennes de 2012 ?
Autant de questions qu’il est bon de savoir un jour quel serait le consensus final général dégagé de la part tous les clans et « services » – en cours de préparation en ce moment – , sur ce qui pourrait être le choix du dauphin remplaçant de Toufik, d’autant plus que le président Bouteflika avait nommé dernièrement en catimini lors de la fête de l’indépendance, deux ou trois nouveaux généraux et quelques nouveaux colonels seulement dans le seul corps du DRS.
Logiquement, dans la conception de « chasse gardée » de la politique habituelle de la France vis à vis de l’Afrique et surtout du Maghreb, il serait fort douteux de croire que Sarkozy irait jusqu’au bout de sa quête de la découverte de la vérité. Toute la question est dans le changement de « pions » majeures dans l’échiquier du sérail des « mercenaires algériens ».
Toufik a dépassé le record du séjour au poste du tout puissant défunt kasdi Merbah et cela commence, depuis quelque temps, à peser lourd dans « l’osmose créatrice de ce pouvoir algérien ». Un changement « suggéré tacitement » de la part de la France de Sarkozy est entrain de s’imposer en quelque sorte par le biais de sa « justice ballotée » déjà par l’affaire Mécili.
D’après les fuites de coulisses, la décision avait été prise lors de la rencontre entre Sarkozy et Bouteflika en marge des travaux de la réunion du G8 au Japon, lorsque le président français se faisait le porte parole de Bouteflika, en annonçant sa visite et sa participation, « – longuement maintenu en suspens – », de la réunion de l’UPM en France, pendant les festivités du 14 Juillet et pendant la même période à peu près, du scoop médiatique de cette même affaire de moines de Tibhirine paru sur le journal italien, La Stampa. Un aveu du même général, mais de manière anonyme à ce moment là, et pas devant un juge d’instruction. C’était, à en crever les yeux, le premier avertissement à Toufik, l’un des derniers « pions puissants de la création belkhiresque » !
Si par exemple une justice impartiale réelle des hommes devait aller loin dans les dossiers « de coups tordus à complicité franco-algérienne », une secousse tellurique politique certaine se ferait sentir et provoquerait sans doute une garantie inéluctable de l’entrée de la France en sa sixième République et l’Algérie en sa deuxième. Le jour viendra tôt ou tard par la conséquence de la force majeure du vœu du peuple et du destin de la trajectoire naturelle politique algérienne, hélas déviée depuis 1962. Ce n’est qu’une question de temps.
A.By


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2 Commentaires sur cet article

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  • Tarik Ben Ziad
    3 août 2009 at 22 h 54 min - Reply

    Bonjour Monsieur,
    Je voudrais soulever un élément très important et de taille par rapport à la personne de Madienne dans la mesure où toute votre intervention est majoritairement basée sur sa personne. On lui donne des vertus et tous les pouvoirs sur l’Algérie tous comme nous sommes. C’est devenu une réalité collective algérienne. Qui est cet homme !? C’est quoi son parcours?!Pourquoi consent-il à la nomination de Boutaflika et l’avoir comme probable ennemi fatale. Si c’est vrai, Toufik n’est pas aussi puissant qu’on le croit. Par cette dernière phrase j’ai écrit Toufik tout court tout en sachant que tout le monde est familier à ce nom. Mais pourquoi est ‘il aussi présent dans nos mémoires ? Vous suggérez que Bouteflika aidée par Sarkozy veulent déboulonner Madienne . On en déduit que Boutaflika et Sarkozy veulent le bien de l’Algérie et ce coup va donner naissance à une deuxième république algérienne et une sixième Française. Tout d’abord c’est un système est Toufik n’est qu’un élément. Le déboulonner ne servirait à rien. Vous allez dire que ça repose sur lui. Mais alors SVP c’est qui lui et dans le sens large du mot?
    Bien à vous
    M.B




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  • taxi
    4 août 2009 at 14 h 01 min - Reply

    @ Tarik Ben Ziad

    Le général-major Mohamed Mediene est issu d’une famille kabyle originaire de Guenzet dans l’est algérien. Plus connu sous le surnom de «Toufik», il n’émarge pas au MALG – ancêtre des services de renseignements algériens – dans les années 50, à la différence de la plupart des patrons du renseignement algérien.

    À l’Indépendance M. Mediene fait partie de la promotion «tapis rouge» qui suit ses premières classes dans les écoles du KGB. Affecté, avec le grade de lieutenant, à la deuxième région militaire (Oran), dirigée depuis l’Indépendance par le colonel Chadli Bendjedid, Mohamed Mediene est nommé officier de sécurité de cette zone frontalière du Maroc. Sous le commandement du colonel Bendjedid, il effectue un long chemin de compagnonnage avec un capitaine influent, Larbi Belkheir, alors chef d’état-major de la deuxième région militaire.

    Sous la direction de Medjdoub Lakehal Ayat, patron de la Sécurité militaire (SM), qui le trouve encombrant, il est nommé attaché militaire à Tripoli en 1983. De retour de son «exil» diplomatique, il dirige brièvement la Direction centrale du génie militaire. En 1986, il devient chef du Département défense et sécurité à la présidence de la République, où Larbi Belkheir occupe la fonction de directeur de cabinet du président Chadli Bendjedid.

    Lorsque la Délégation militaire de prévention et de sécurité (DGPS) est créée en mai 1987, il y devient directeur de la Sécurité de l’armée (SA), la police politique de l’Armée nationale populaire. À la dissolution de la DGPS en septembre 1990, il prend la tête du Département de renseignement et de sécurité (DRS) qu’il dirige à ce jour.

    Sa carrière démarre réellement avec la destitution du président Chadli Bendjedid en janvier 1992 et la montée de la menace islamiste. Dirigeant à la fois la sécurité intérieure, les renseignements extérieurs et la sécurité de l’armée, Mohamed Mediene a un poids considérable dans le système politico-militaire algérien.

    Cet amateur de cigares qui apparaît rarement en public possède, par le biais de ses réseaux et de sa fonction, un puissant ascendant sur les médias, les partis politiques, les lobbies d’affaires et les différents courants de l’armée.




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  • Congrès du Changement Démocratique